L'Etat d'urgence décrété dans trois villes égyptiennes

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ÉTAT D'URGENCE DE TRENTE JOURS DÉCRÉTÉ DANS TROIS VILLES ÉGYPTIENNES
ÉTAT D'URGENCE DE TRENTE JOURS DÉCRÉTÉ DANS TROIS VILLES ÉGYPTIENNES

par Edmund Blair et Yasmine Saleh

LE CAIRE (Reuters) - Le président égyptien Mohamed Morsi a décrété l'état d'urgence pour trente jours dans trois villes le long du canal de Suez, où les violences de ces quatre derniers jours ont fait plusieurs dizaines de morts.

Sept personnes ont été tuées dimanche à Port-Saïd et des centaines d'autres blessées, lors des obsèques des 33 victimes des violentes émeutes survenues la veille après la condamnation à mort de 21 accusés, pour la plupart des habitants de Port-Saïd, pour une bousculade meurtrière survenue en février 2012 dans le stade de football de la ville. Soixante-quatorze personnes avaient trouvé la mort.

Lundi au Caire, des manifestants ont de nouveau lancé des pierres sur la police qui a répliqué par des tirs de grenades lacrymogène, près de la place Tahrir, épicentre de la révolution de 2011, sur laquelle des opposants au président Mohamed Morsi campent depuis plusieurs jours.

"Nous voulons renverser le régime et mettre fin à un Etat contrôlé par les Frères musulmans", a déclaré Ibrahim Eissa, âgé de 26 ans, protégeant son visage du gaz lacrymogène.

Au total, 49 personnes ont été tuées depuis jeudi en Egypte. Les opposants au président Mohamed Morsi, qui accusent les Frères musulmans dont il est issu d'avoir trahi la révolution de 2011, ont appelé à de nouvelles manifestations lundi.

"A bas, à bas Morsi ! à bas, à bas le régime qui nous a tués et nous a torturés !", scandaient la foule dans les rues de Port-Saïd au passage des cercueils des victimes de samedi.

Lors d'une intervention télévisée, le président, qui est par ailleurs aux prises avec une grave crise économique, a déclaré qu'un couvre-feu serait en vigueur à Port-Saïd, à Ismaïlia et à Suez à partir de lundi entre 21h00 (19h00 GMT) et 06h00 du matin.

Cette annonce, couplée à un appel au dialogue, a provoqué de nouvelles manifestations importantes dans les trois villes, où des centaines de manifestants ont cherché à braver le couvre-feu pour protester contre cette décision.

"A bas Morsi ! à bas l'état d'urgence !", ont scandé les manifestants.

"La protection de la nation relève de la responsabilité de tout un chacun. Nous ferons face à toute menace contre sa sécurité avec force et fermeté, dans le cadre de la loi", a déclaré Mohamed Morsi, en présentant ses condoléances aux familles des victimes.

Au Caire, le nouveau ministre de l'intérieur, Mohamed Ibrahim, a été expulsé des obsèques de l'un des policiers décédé samedi durant les heurts à Port-Saïd, ont rapporté des témoins et la police.

Un policier présent à la cérémonie, signale que ses collègues sont nombreux à imputer au ministre la mort d'au moins deux d'entre eux durant les affrontements de samedi parce qu'il avait interdit le port d'armes aux forces de l'ordre qui ne disposaient que de gaz lacrymogènes.

INVITATION AU DIALOGUE

Les libéraux et d'autres opposants accusent le président Morsi de ne tenir ni ses engagements économiques ni sa promesse de représenter tous les Egyptiens, tandis que ses partisans estiment que l'opposition cherche à renverser le premier président librement élu en Egypte.

Prenant ses distances avec les dernières violences, le principal rassemblement de l'opposition, le Front de salut national (FSN), a salué dimanche les mesures prises par Mohamed Morsi pour restaurer la sécurité, estimant qu'il aurait dû agir plus tôt pour faire cesser les violences.

"Bien sûr, nous pensons que le président passe à côté du vrai problème sur le terrain qui est sa propre politique", a déclaré Khaled Daoud, porte-parole du FSN à Reuters. "Son appel à l'état d'urgence est une bonne décision étant donné ce qui se passe, à savoir les violences et les actes criminels".

Mohamed Morsi a invité onze partis politiques et notamment les islamistes, les libéraux et les groupes de gauche, ainsi que quatre figures politiques de premier plan, à une réunion lundi à 18h00 (16h00 GMT) pour établir la base d'un futur dialogue susceptible de résoudre la crise, selon un communiqué de son bureau.

Le FSN a fait savoir qu'il se réunirait dans la journée pour discuter de cette invitation, mais certains au sein du mouvement ont déjà fait connaître leur position.

Le chef de la gauche nassérienne et ex-candidat à la présidentielle Hamdine Sabahi a décliné l'invitation "à moins que cesse le bain de sang et que les revendications du peuple soient satisfaites."

Mohamed Elbaradeï, qui appartient également au FSN, a estimé sur son compte Twitter que le dialogue proposé était "une perte de temps".

Les Frères musulmans accusaient régulièrement l'ancien président Hosni Moubarak d'utiliser l'état d'urgence pour étouffer l'opposition et emprisonner les membres de la confrérie sans procès équitable.

Hélène Duvigneau, Danielle Rouquié et Julien Dury pour le service français

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