L'Est ukrainien remet en cause la légitimité du parlement

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LA LÉGITIMITÉ DU PARLEMENT UKRAINIEN REMISE EN CAUSE PAR LES RÉGIONS DE L'EST
LA LÉGITIMITÉ DU PARLEMENT UKRAINIEN REMISE EN CAUSE PAR LES RÉGIONS DE L'EST

par Gabriela Baczynska

MOSCOU (Reuters) - Les dirigeants des régions majoritairement russophones de l'Est ukrainien, partisans du président Viktor Ianoukovitch, ont remis en cause samedi la légitimité du parlement de Kiev et déclaré qu'ils conservaient le seul contrôle de leurs territoires.

Depuis la signature vendredi d'un accord de sortie de crise négocié par les médiateurs européens, le Parlement ukrainien a adopté à Kiev une série de mesures réduisant les prérogatives du président et préparant la formation d'un gouvernement d'unité nationale et une élection présidentielle anticipée.

L'opposante Ioulia Timochenko, battue de justesse par Ianoukovitch à l'élection présidentielle d'avril 2010 et condamnée en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir, pourrait être libérée dans les prochaines heures.

"Nous ne nous préparons pas à disloquer le pays, nous voulons le préserver", a déclaré Mikhaïlo Dobkine, gouverneur de la région de Kharkiv, au cours d'une réunion des dirigeants de l'Est.

Mais la résolution adoptée lors de cette réunion à Kharkiv précise que "les décisions prises par le parlement ukrainien dans de telles circonstances font douter de leur légitimité et de leur légalité".

"Les organes de l'Etat central sont paralysés", poursuit le texte. "Tant que l'ordre constitutionnel et la légalité ne seront pas restaurés (...) nous avons décidé d'assumer la responsabilité de protéger l'ordre constitution, la légalité, les droits des citoyens et leur sécurité sur nos territoires."

Dans l'assistance, des "Russie ! Russie !" ont fusé, dépeignant une atmosphère bien différente des rues de Kiev où les manifestants réclament la démission du président Ianoukovitch, soutenu par Moscou.

Les régions représentées à la réunion - Kharkiv, Donetsk, Dnipropetrvsk, Lougansk et la Crimée - comptent au total 14,4 millions des 46 millions d'habitants de l'Ukraine. La plupart sont d'importants bassins industriels, la Crimée abrite la Flotte russe de la mer Noire, basée à Sevastopol.

En Crimée, certains ont réclamé que la péninsule redevienne territoire russe.

A la tribune, un des orateurs a appelé ses compatriotes à se constituer en patrouilles civiles pour rétablir l'ordre; un autre a prévenu les participants de la réunion de Kharkiv qu'ils devaient se préparer à être la cible de représailles si les manifestants de Kiev prennent le pouvoir sur l'ensemble du pays.

"FÉDÉRALISATION"

A Moscou, la télévision publique Rossiya 24, qui a retransmis en direct la réunion des gouverneurs des régions de l'Est, a souligné qu'il était tout à fait envisageable que la ville de Kharkiv se mette à déterminer ses propres politiques plutôt que d'appliquer les décisions prises dans la capitale.

"La révolution l'a emporté à Kiev, dans une partie de l'Ukraine mais pas dans toute l'Ukraine", souligne Volodimir Fesenko, directeur du centre d'études politiques Penta basé à Kiev.

"De nombreux risques nous menacent. Si Ianoukovitch apparaît en public et proclame une administration parallèle à Kharkiv ou à Donetsk, cela voudra dire que notre pays sera coupé en deux", ajoute-t-il. "La division possible de notre pays, c'est le principal risque. La crise n'est pas encore finie."

A Moscou, l'idée d'une évolution de type fédéral de l'Ukraine a été avancée ces derniers temps. A en croire Andreï Illarionov, ancien conseiller de Vladimir Poutine, certains responsables du Kremlin parient sur cette "fédéralisation" pour que Moscou accentue son contrôle sur les régions russophones de l'Est et du Sud.

L'idée d'une Ukraine fédérale a été présentée au début du mois par un conseiller du Kremlin, Sergueï Glaziev: donner plus de poids aux régions, explique-t-il, permettrait aux seuls Ukrainiens russophones de l'Est et du Sud de rejoindre l'union commerciale élaborée par Moscou.

"Aujourd'hui, les relations économiques, culturelles et humaines entre les régions de l'est et de l'ouest de l'Ukraine sont moins fortes que les liens qui existent entre l'Ukraine du sud-est et la Russie et entre les régions occidentales et l'UE", soulignait-il le 6 février dans les colonnes du quotidien Kommersant Ukraine.

Citant l'exemple du Groënland, qui jouit d'une large autonomie vis-à-vis du Danemark et n'appartient pas à l'Union européenne, Glaziev ajoutait que l'ouest et l'est de l'Ukraine pourraient avoir des relations économiques différentes avec l'Union européenne et la Russie.

A Lviv, dans l'Ouest ukrainophone du pays, le maire de la ville, Andriy Sadovi, s'est élevé par avance contre toute mesure qui impliquerait une possible scission du pays. "Nous ne céderons pas un centimètre de terre ukrainienne à qui que ce soit", a-t-il dit samedi.

Avec Alessandra Prentice et Matt Robinson à Kiev; Julien Dury et Henri-Pierre André pour le service français

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