L'espoir d'une coalition pro-austérité en Grèce ne rassure pas

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L'espoir d'une coalition pro-austérité en Grèce ne rassure pas
L'espoir d'une coalition pro-austérité en Grèce ne rassure pas

par Dina Kyriakidou et Stephen Brown

ATHENES/BERLIN (Reuters) - La perspective d'un gouvernement favorable aux mesures d'austérité en échange d'une aide internationale en Grèce n'a apporté qu'un bref soulagement sur les marchés financiers, les partenaires européens d'Athènes la saluant avec prudence et l'Allemagne posant les limites à d'éventuelles concessions.

Les partis politiques grecs soutenant le plan d'aide internationale se sont attelés lundi à la tâche de former un gouvernement majoritaire au parlement au lendemain de leur victoire aux élections législatives.

Après le blocage institutionnel provoqué par le précédent scrutin du 6 mai, le succès des conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) sur la Coalition de la gauche radicale (Syriza), hostile à l'austérité mais arrivée deuxième, écarte à court terme le risque d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

Antonis Samaras, chef de file de ND, s'est vu confier par le président Karolos Papoulias la tâche de mener les négociations en vue de former un gouvernement.

Il a appelé à la formation d'une large coalition et s'est dit prêt à essayer de négocier un allègement des mesures d'austérité, décriées par de nombreux Grecs, confrontés depuis cinq ans à une profonde récession.

Après dépouillement de 99% des bulletins de vote, les conservateurs de Nouvelle Démocratie sortent vainqueurs des urnes avec 29,7% des voix, devant Syriza (26,9%), les socialistes du Pasok arrivant loin derrière en troisième position.

En raison de la prime de 50 élus accordée au vainqueur du scrutin, Nouvelle Démocratie devrait, avec le Pasok, disposer d'une majorité de 162 élus à la Vouli, le parlement monocaméral de 300 sièges.

BAILLEURS DE FONDS PRUDENTS, FERMETÉ DE BERLIN

Lui aussi favorable à l'aide financière internationale, le Pasok souhaite une large coalition incluant Syriza mais juge plus important de former un gouvernement pour mettre un terme à l'incertitude politique.

Syriza, qui a reconnu sa défaite, a promis de poursuivre sa bataille contre l'austérité demandé par la troïka des bailleurs de fonds (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne), en échange d'une aide totalisant 240 milliards d'euros et d'un effacement de dette de 107 milliards.

La direction du Pasok doit se réunir lundi pour décider de la forme à donner au soutien aux conservateurs, soit par une participation au gouvernement, soit par une simple alliance au parlement.

Les partenaires européens de la Grèce ont fait part de leur volonté de continuer à l'aider, rappelant toutefois que le programme d'ajustement restait la base de leur engagement et se montrant très prudents sur d'éventuelles concessions.

Le secrétaire d'Etat allemand aux Finances, Steffan Kampeter, a estimé qu'il ne fallait pas pressurer Athènes outre-mesure. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, lui a emboité le pas jugeant qu'un aménagement du calendrier des réformes constituait "sans doute une solution" pour la Grèce.

La veille, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, avait déclaré que Berlin pourrait discuter avec Athènes d'un délai supplémentaire dans le programme des réformes. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait lui aussi évoqué la possibilité de concessions tout en rejetant tout "chèque en blanc".

Un porte-parole du gouvernement allemand a toutefois coupé court à ces ouvertures déclarant que ce n'était pas le moment d'accorder une quelconque remise à la Grèce et que le calendrier convenu devait rester en l'état.

PAS D'EUPHORIE SUR LES MARCHÉS

Le soulagement sur les marchés financiers après le vote grec a fait long feu, la fermeté de Berlin rappelant aux investisseurs que l'hypothèque grecque n'est pas définitivement levée et que la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro ne s'arrête pas à Athènes.

La situation financière de l'Espagne et de son secteur bancaire ainsi que les risques de contagion à l'Italie continuent d'inquiéter.

Après une ouverture en forte hausse, emmenée par un bond plus de 6% de la Bourse grecque, les places financières européennes ont effacé leurs gains, l'indice Eurostoxx 50 reculant de 0,40% à 11h45 GMT.

La devise européenne, qui avait touché un plus haut d'un mois à 1,2748 dollar, après l'annonce des résultats provisoires du scrutin grec, est revenue sous le seuil de 1,27 dollar.

Après une ouverture en baisse, les coût d'emprunt de l'Italie et de l'Espagne sont repartis en nette hausse. Le rendement des obligations italiennes à dix ans a repris 15 points de base à plus de 6,07% et celui de l'emprunt espagnol de même échéance a bondi de 22 points de base, repassant la barre des 7%.

Dans le même temps, le prix des obligations allemandes à 10 ans, considéré comme une valeur refuge par les investisseurs, est reparti à la hausse, leur rendement repassant sous le seuil de 1,40% alors les opérateurs de marché restent dans l'attente d'une véritable réponse coordonnée à la crise de l'euro.

Les dirigeants des grandes puissances économiques mondiales réunis lundi et mardi dans le cadre d'un sommet du G20, à Los Cabos, au Mexique, devraient renouveler leur pression sur l'Europe pour qu'elle trouve une issue rapide à ses difficultés.

Marc Joanny pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M7210200 le lundi 18 juin 2012 à 14:49

    lol ce matin j'ai lu le contraire !

  • rj99 le lundi 18 juin 2012 à 14:46

    Les marchés à la différence des dirigeants européens ont compris que seule la sortie de la Grèce de l'euro sauverait la situation et de l'euro et de la Grèce dont l'économie, l'agriculture et le tourisme redeviendraient compétitif et qui pourrait emprunter à sa propre banque centrale à un taux de 1%