L'Espagne émet peu, paye cher, mais garde accès au marché

le
0
L'Espagne émet peu, paye cher, mais garde accès au marché
L'Espagne émet peu, paye cher, mais garde accès au marché

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - L'Espagne a démontré jeudi qu'elle pouvait encore faire appel au marché pour couvrir ses besoins de financement mais à un coût sensiblement plus élevé et en offrant des montants modestes.

Le ministre espagnol du Trésor, Cristobal Montoro, avait déclaré mardi que le niveau atteint par les taux d'intérêt exigés de l'Espagne lui fermait de fait les portes du marché primaire de la dette.

De son côté, la France a bénéficié du très fort engouement pour sa dette constaté ces dernières semaines et a émis pour 7,8 milliards d'euros d'obligations assimilable du Trésor (OAT) dans de bien meilleures conditions que le mois dernier, les taux moyens des OAT 2022, 2026 et 2060 étant ressorti à des niveaux historiquement bas lors d'une adjudication.

L'Espagne a adjugé pour sa part 2,07 milliards d'euros de dette à deux, quatre et 10 ans, soit un peu plus que l'objectif maximum de 2,0 milliards annoncé, la demande ayant été forte pour toutes les lignes offertes.

Les taux servis ont été bien plus élevés que lors des précédentes adjudications réalisées par Madrid, mais ils restent inférieurs à ceux du marché secondaire, sur lequel ils s'étaient fortement tendus ces dernières semaines en raison des craintes de contagion de la crise grecque à l'Espagne.

Ainsi, le taux moyen pondéré du Bonos 5,85% 2022 est ressorti à 6,04% contre 5,74% en avril, mais en-dessous de son niveau sur le marché secondaire, où il se traitait autour de 6,15% avant l'adjudication. Le ratio de couverture (rapport entre le montant demandé et le montant servi) est ressorti à 3,3.

FORTE DEMANDE

"C'est une solide adjudication, certainement du fait de sa taille relativement petite (...) Toutefois, elle n'est pas de nature à renverser la tendance haussière des rendements espagnols. Ce qu'elle illustre en réalité c'est une forte demande", commente Peter Chatwell, stratégiste taux chez Crédit agricole à Londres.

La France quant à elle, a placé sans difficulté ses OAT, dont les taux étaient tombés depuis quelques semaines à des plus bas record sur le marché secondaire (2,23% vendredi dernier pour l'OAT de référence à 10 ans), bénéficiant, à l'instar des Bunds allemands, de la fuite vers les actifs à faible risque.

La demande globale a atteint 16,54 milliards d'euros, ce qui, une fois encore, assure à l'émetteur un ratio de couverture confortable de 2,1.

Le taux moyen pondéré de l'OAT 3,0% avril 2022, est ressorti à 2,46%, soit 50 points de base de moins que lors de l'adjudication du mois dernier. Le taux moyen de la ligne 3,5% 2026 s'est établi à 2,9% contre 3,46% en avril et celui de l'OAT à 50 ans, 4,0% 2060, à 3,27%.

"Les adjudications françaises se passent toujours bien, les ratios de couverture sont confortables (...) Cela conforte ce que nous savons : la demande est bonne pour la dette française et ça devrait continuer", estime Achilleas Georgolopoulos, stratégiste taux chez Lloyds Bank.

Avec le bureau de Madrid, édité par Marc Angrand

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant