L'Espagne devra se soumettre à la supervision de la "troïka"

le
3
L'Espagne devra se soumettre à la supervision de la "troïka"
L'Espagne devra se soumettre à la supervision de la "troïka"

par Sonya Dowsett et Gareth Jones

MADRID/BERLIN (Reuters) - Le renflouement des banques espagnoles par des capitaux extérieurs obligera Madrid à se soumettre à la surveillance de ses bailleurs de fonds et du FMI, ont prévenu lundi des responsables allemands et de l'Union européenne, contredisant le président du gouvernement Mariano Rajoy.

Ce dernier s'était félicité dimanche d'avoir obtenu de ses partenaires européens la promesse d'une enveloppe de 100 milliards d'euros pour recapitaliser les banques en difficulté sans conditions en termes d'austérité budgétaire.

L'accord conclu samedi a été accueilli par un soulagement notable sur les marchés lundi matin mais la hausse des Bourses européennes et de l'euro s'est réduite en début d'après-midi: à Madrid, l'indice Ibex, qui gagnait près de 6% en début de séance, ne progressait plus que de 1,6% vers 14h30, tandis que les rendements de la dette espagnole à 10 ans repartaient à la hausse, à 6,43%.

Ce type de réaction est désormais familier: le soulagement initial provoqué par l'annonce d'une avancée apparente vers la résolution de la crise de la zone euro laisse rapidement place à la crainte de nouveaux développements défavorables.

Les élections législatives de dimanche prochain en Grèce pourraient ainsi inquiéter les investisseurs si elles donnent la victoire à la gauche radicale hostile à l'accord conclu par Athènes avec l'UE et le FMI.

Dimanche, Mariano Rajoy a déclaré que Madrid avait emporté une victoire en s'assurant l'aide de la zone euro sans avoir à se plier à un programme d'ajustement budgétaire, soulignant que cet accord n'avait "rien à voir" avec les procédures imposées à la Grèce, à l'Irlande ou au Portugal.

Mais le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, et le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, ont déclaré lundi que, comme dans les autres plans d'aide, une "troïka" composée du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne (CE) et de la Banque centrale européenne (BCE) superviserait l'aide financière.

UNE TROÏKA, COMME EN GRÈCE

"Bien sûr, il y aura des conditions", a dit Joaquin Almunia à la radio espagnole Cadena Ser. "Quel que soit celui qui donne de l'argent, il ne le donne jamais pour rien."

Le FMI sera pleinement impliqué dans la supervision de ce plan bien qu'il ne contribue pas à son financement, a-t-il ajouté, et les banques qui recevront des capitaux dans ce cadre devront présenter un projet de restructuration.

A la radio Deutschlandfunk, Wolfgang Schäuble a déclaré: "C'est l'Etat espagnol qui recevra des prêts, c'est l'Espagne qui en sera responsable (...) Il y aura probablement une troïka. Il y aura bien sûr une supervision pour faire en sorte que le programme soit respecté, mais cela ne concerne que la restructuration des banques."

Les finances publiques espagnoles sont déjà placées sous la surveillance étroite de la Commission européenne dans le cadre d'une procédure pour déficit excessif.

Le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager, a indiqué dans une lettre au parlement de son pays que les prêts consentis à Madrid viendraient gonfler la dette publique espagnole et a insisté sur l'implication du FMI.

"Il était essentiel pour les Pays-Bas que le FMI soit impliqué dans l'ensemble du processus: l'examen de la demande formelle de soutien, la fixation des conditions et la surveillance des progrès", a-t-il précisé.

Le plan d'aide aux banques pourrait ainsi augmenter de dix points le ratio dette publique/PIB de l'Espagne, qui approcherait ainsi du seuil de 90%.

Certains économistes estiment qu'au-delà des banques, l'Etat espagnol lui-même finira par avoir besoin d'un plan d'aide international et que l'Italie pourrait être le suivant sur la liste des pays à secourir.

Une éventualité rejetée par le ministre italien de l'Industrie, Corrado Passera, ancien dirigeant de banque.

"L'Italie a fait ce qu'il fallait pour se sauver au cours des derniers mois", a-t-il dit à des journalistes à Milan, ajoutant que les mesures d'austérité adoptées situaient l'Italie "parmi les pays les mieux placés pour faire face aux tourments financiers dans lesquels l'Europe est plongée".

Marc Angrand pour le service français, édité par Gilles Guillaume

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M741450 le lundi 11 juin 2012 à 16:23

    le plan PIGSIF se déroule exactement comme prévu : Portugal; Irlande; Gréce; Spain ; Italie (sept 2012) ; France (21/12/12)

  • zoila5 le lundi 11 juin 2012 à 16:01

    la perte de souveraineté est la conséquence de mauvais choix économiques des politiciens!ils ne veulent pas perdre leur souveraineté, alors, qu'ils assument leur dette seuls!!! et sans nous!

  • abacchia le lundi 11 juin 2012 à 15:59

    C'était à prévoir. Il n'était pas possible de créer un précédent d'injection de Milliards d'€ sans contrepartie, au risque de voir rappliquer le Portugal, la Grèce et l'Irlande qui, à juste titre, auraient pu demander le même "traitement de faveur". Et après les banques de l’État, ce sera effectivement à l’État lui même d'être sauvé, et cette partie là ne sera pas une partie de plaisir !