L'Espagne acculée après l'abaissement de note de crédit par S&P

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L'ESPAGNE SOUS PRESSION APRÈS L'ABAISSEMENT DE SA NOTE PAR S&P
L'ESPAGNE SOUS PRESSION APRÈS L'ABAISSEMENT DE SA NOTE PAR S&P

par Paul Day et Rodrigo De Miguel

MADRID (Reuters) - En ramenant la note souveraine de l'Espagne au dernier échelon avant la catégorie spéculative, Standard & Poor's accroît la pression exercée sur le gouvernement espagnol pour qu'il appelle à l'aide l'Union européenne et la Banque centrale européenne.

Dans son communiqué publié mercredi soir, l'agence de notation cite notamment une "aggravation de la récession qui limite les options du gouvernement" et indique qu'elle pourrait encore abaisser sa note si le soutien politique aux réformes en cours s'émousse ou si les mesures d'aide mises en place au niveau de la zone euro n'empêchent pas une remontée des coûts de financement du pays.

L'annonce de S&P s'est traduite jeudi par une remontée des rendements des emprunts espagnols sur le marché secondaire, inversant une tendance baissière observée depuis septembre alimentée par l'espoir de voir le pays réclamer une aide.

A 10h42 GMT, le rendement de l'emprunt espagnol à 10 ans s'élevait à 5,85% contre 1,48% pour son homologue allemand, après avoir atteint 5,96% en début de séance.

Le secrétaire d'Etat espagnol à l'Economie, Jimenez Latorre, a redit jeudi que Madrid réfléchissait à demander l'aide de ses partenaires européens, une condition indispensable au déclenchement du rachat de titres obligataires par la Banque centrale européenne.

Il a reconnu que la décision de S&P avait pris de court le gouvernement espagnol, soulignant les efforts entrepris pour assainir les finances publiques.

L'INFLATION, RISQUE MAJEUR

L'Espagne a déjà obtenu une ligne de crédit de 100 milliards d'euros de ses partenaires européens pour recapitaliser son secteur bancaire.

Mais, selon S&P, des doutes sur l'engagement de certains Etats de la zone euro à "mutualiser les coûts de la recapitalisation des banques espagnoles sont un facteur déstabilisant pour les perspectives du pays en termes de crédit".

Le pays est retombé en récession cette année, sa deuxième en trois ans, et le taux de chômage tourne autour de 25%, l'un des plus élevés en Europe.

Les ministres des Finances de la zone euro ont toutefois estimé lundi que l'Espagne prenait des mesures pour réformer son économie et se financer avec succès sur les marchés financiers, ajoutant que le pays n'avait pas besoin d'un sauvetage, pour le moment du moins.

Les difficultés du gouvernement de Mariano Rajoy risquent de s'accentuer avec l'annonce des chiffres de l'inflation en septembre. Publiés jeudi, ils montrent que les prix à la consommation ont progressé de 3,4% sur un an, à leur rythme le plus élevé en l'espace de 16 mois, faisant peser une nouvelle menace sur la demande des ménages.

La hausse des prix reflète le relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée décidée par le gouvernement Rajoy et l'abolition de régimes avantageux qui bénéficiaient à certains produits comme les billets de cinéma ou les fournitures scolaires.

L'Espagne doit ramener son déficit public de 8,9% du PIB cette année à 4,5% en 2013, mais de nombreux économistes craignent que l'objectif soit impossible à atteindre en raison notamment des répercussions de l'indexation des pensions de retraites sur l'inflation.

"L'indexation des pensions pourrait remettre les objectifs en question, mais ce n'est pas le seul risque. Nous nous inquiétons également du ralentissement de l'économie et de la détérioration de l'emploi", a dit un économiste de S&P dans un courriel adressé à Reuters.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Véronique Tison

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