"L'épargne au secours de la relance ? Vive la nouvelle assurance-vie" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Hervé Lorenzi)

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Réorienter 100 milliards d'euros de l'abondante épargne des Français vers le financement des entreprises d'ici 2017. C'est ce que propose un rapport rédigé par deux députés. Selon Jean-Hervé Lorenzi, cette initiative est une excellente aubaine pour les leviers de croissance que sont les PME.

Bonne nouvelle, le rapport Berger-Lefebvre va dans le bon sens en évoquant le sujet majeur qui nous manque tant en ces temps de croissance morose : l'investissement. En France, nous avons un atout formidable qui est celui d'une épargne abondante, mais nous avons aussi le vrai défaut de ne pas savoir l'utiliser à bon escient. La conséquence est sévère et la croissance française en pâtit depuis plus de dix ans. S'il est vrai que nous subissons en Europe une crise de l'investissement (-15% depuis 2007), la France, elle, sous-investit depuis le début des années 90.

A titre d'exemple, en 2011, on peut ainsi chiffrer le manque à investir à 30 milliards d'euros. Il faut donc que notre épargne, si fructueuse, ose prendre des risques d'investissement.

Aujourd'hui, les trois paramètres de l'épargne - risque, rendement, liquidité - sont mal calibrés. Si l'on prend l'exemple de l'assurance-vie, on s'aperçoit que l'équilibre est le suivant : risque nul, rendement faible et liquidité totale. Les assureurs doivent pouvoir en permanence être capable de rembourser le capital investi, empêchant alors les prises de risque. Du coup, 85% des encours de l'assurance-vie restent sur des fonds euros et le fléchage de l'épargne vers les secteurs en besoins de financement, et notamment les PME/ETI, est en panne.

C'est à cet équilibre que le rapport Berger-Lefebvre souhaite s'attaquer. Le fond de la proposition consiste à définir un nouveau contrat d'assurance-vie qui vise à modifier les trois paramètres. L'idée phare est la suivante : garantir le capital accumulé à une échéance fixée par le contrat uniquement, et non tout au long du contrat, ce qui accorderait de fait une plus grande liberté aux compagnies d'assurance dans leur allocation de capitaux ; espérant donc un meilleur rendement.

Rappelons que l'objectif de nos auteurs est de transférer 100 milliards d'euros sur 5 ans pour financer l'économie, et notamment les PME/ETI. Bonne nouvelle donc, pour de tels leviers de croissance actuellement asphyxiés par un manque cruel de financement. Même si cela semble vraisemblablement insuffisant par rapport au diagnostic de sous-investissement en France, c'est au moins un début. Pour une fois, un rapport fait converger les intérêts des uns et des autres : celui de l'assureur qui peut trouver un rendement plus favorable à ses investissements, celui de l'assuré à avoir de meilleurs résultats sans risque supplémentaire, et surtout, celui de l'économie française. Vive la nouvelle assurance-vie !

Jean-Hervé Lorenzi


Pour poser vos questions à Jean-Hervé Lorenzi, cliquez ici. Il vous répondra mercredi 10 avril à 16h30.

Jean-Hervé Lorenzi est professeur d'économie à l'Université Paris Dauphine et titulaire de la Chaire Transition démographique, Transition économique. Président du Cercle des économistes, il est également conseiller du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild. Il est administrateur indépendant du Conseil de surveillance d'Euler Hermès, du C.A du Crédit foncier et de BNP Paribas Cardif. Il est membre du Comité éditorial de la revue Risque et préside l'Observatoire des délais de paiements.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • launor le vendredi 12 avr 2013 à 13:48

    C'est vrai que le retour sur investissement de l'Avie n'est pas brillant , mais celui des PEA ? est il meilleur en moyenne ?

  • jimi le mercredi 10 avr 2013 à 17:32

    Et bien, proposons un rapatriement des fonds cachés à l'étranger contre un prélèvement de 15% et une amnisitie fiscale si investissements à 100% auprès des PME et PMI

  • gstorti le mercredi 10 avr 2013 à 17:32

    Depuis 1985, les PME souffre d'un sous investissement. Depuis que le transfert des capitaux s'est faits au profits des emprunts d'état..., cela ne s'arranger as pas, car on ne peux pas critiquer l'investisseur, le sur taxe, le rendre complètement parano, l'e s CR OQ uer, et demander à çe qu'il prennent de nouveaux risques.

  • gnapi le mercredi 10 avr 2013 à 17:04

    En résumé : investir AILLEURS.

  • surfer1 le mercredi 10 avr 2013 à 13:53

    Faites comme Marisol Touraine spéculez dans l'immobilier, les actions, les entreprises c'est sale, c'est pas beau. Mieux vaut laisser la propriété des entreprises françaises aux étrangers, ils pourront alors licencier, brader l'appareil productif, les brevets puis revendre le portefeuille clients au plus offrant.

  • Jules.M le mercredi 10 avr 2013 à 12:08

    Pret d'Union et son produit obligataire est un très bon compromis pour financer l'économie réelle, le crowfunding également permet ce ré-orienter l'épargne, et il est grand temps de se pencher sur la question, car els banques ont fait preuve de leur capacité orienter l'épargne vers les Paradis fiscaux, mais en aucun cas ne soutiennent de façon dynamique les TPE/PME!

  • mcaplain le mercredi 10 avr 2013 à 09:49

    L'assurance-vie qui était un vrai petit paradis fiscal est devenue un piège à c..s: réduction des avantages fiscaux, augmentation des durées d'immobilisation avec effet rétroactif.Pas étonnant que ceux qui le peuvent aillent voir ailleurs, discrètement.La première condition pour que les françqis reprennent le risque d'investir ne serait-elle pas que l'état respecte ses engagements à leur égard?

  • mcaplain le mercredi 10 avr 2013 à 09:36

    Dividendes et plus-values taxés comme les salaires?Ce n'est sûrement pas une incitation à prendre des risques.

  • rswyer le mercredi 10 avr 2013 à 09:34

    De grâce, oubliez les produits compliqués, surtout conçus pour occuper des inspecteurs des finances désoeuvrés et profiter aux gestionnaires de fonds ! Le jour où l'épargnant sentira que les risques pris seront correctement rémunérés, il (ou elle) aura peut-être envie de s'y lancer -- à condition de ne pas être obligé de mobiliser d'urgence des sommes importantes pour régler encore un impôt (lequel? combien? on ne sait plus).

  • mcaplain le mercredi 10 avr 2013 à 09:33

    Risque nul et liquidité totale des fonds euros? J'y crois de moins en moins.