"L'entraide": le récit du déclassement ouvrier

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"Qu'est-ce qu'on va devenir ?". Licenciées de l'usine Levi's en 1999, deux ex-ouvrières du textile racontent leur déclassement et leur plongée dans le "précariat" dans "L'entraide", paru aux éditions Riveneuve.

Le journaliste de l'Agence France-Presse Emmanuel Defouloy réunit en un même ouvrage l'histoire de ces deux couturières de la région lensoise, écrite de leur propre plume, et un essai, fruit de ses réflexions, sur le "piège" de la mondialisation.

Pendant dix ans, Nadine Jurdeczka et Michèle Sevrette ont écrit leur vie, après avoir participé à un atelier d'écriture. Leurs récits croisés, rédigés dans un style vivant - souvent sous forme de dialogues - démarrent, après de brefs flash-back, en 1999, à l'annonce de la fermeture de leur usine fabriquant des jeans Levi's, suite à une délocalisation.

Un véritable séisme. "Qu'est-ce qu'on va devenir ?", s'affole Michèle, après 18 ans de travail en usine dont elle était si "fière". S'en suit un combat sans relâche pour retrouver du travail, avec l'aide d'une cellule de reclassement qui s'avère peu efficace, faute de débouchés dans une région sinistrée, et de qualification, malgré les formations suivies.

Plus de dix ans de lutte, sans jamais retrouver ni emploi stable ni revenu équivalent. Et l'angoisse continue des fins de mois, des allocations chômage qui baissent... Elles s'en sortent vaille que vaille en enchaînant des contrats d'intérim ultra-courts notamment dans la sous-traitance automobile, qui leur permettent de ne pas tomber dans la grande pauvreté.

"L'entraide" raconte ce déclassement, un "deuil long et douloureux de l'entreprise et de la stabilité de l'emploi", la fierté perdue. C'est aussi l'histoire d'une amitié entre deux femmes qui décident d'affronter ensemble la précarité pour ne pas sombrer dans l'isolement.

"Leur histoire m'a fait comprendre le fonctionnement du libre-échange. Je me suis rendu compte comment leur destin est représentatif du sort des classes populaires depuis 20 ans", explique à l'AFP Emmanuel Defouloy.

Selon lui, "l'idée de transformer les +vieilles industries de main d'oeuvre+ en +services à haute qualification+ se heurte à l'humain" puisque "les ouvriers, quand leur usine ferme, ne deviennent pas techniciens, cadres ou ingénieurs dans les télécoms ou l'internet".

Dans la seconde partie de son livre, il fait un "rêve citoyen": qu'il y ait davantage "d'entraide" entre catégories populaires et les classes plus aisées "qui ne vivent pas dans le même monde".

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  • ostrevan il y a 5 jours

    Et pourtant; le peuple ne vote quand même pas pour des éléments venant du peuple ??? ...il faudra encore 100 ans de crise et plus ..... et peut-être ..