L'enquête "Panama Papers" lève le voile sur la finance offshore

le
1
L'ENQUÊTE "PANAMA PAPERS" LÈVE LE VOILE SUR LA FINANCE OFFSHORE
L'ENQUÊTE "PANAMA PAPERS" LÈVE LE VOILE SUR LA FINANCE OFFSHORE

PARIS/PANAMA (Reuters) - Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et une centaine de médias internationaux ont commencé dimanche soir à divulguer des informations sur des avoirs cachés dans des paradis fiscaux par des dirigeants politiques, des personnalités sportives, voire des organisations criminelles.

"Il s'agit de la plus grosse fuite d’informations jamais exploitée par des médias", peut-on lire sur le site internet du Monde, qui a participé à cette enquête pour la France.

Baptisée "Panama Papers", cette enquête menée pendant un an par 378 journalistes dans 77 pays a porté sur 11,5 millions de documents provenant de la firme panaméenne Mossack Fonseca, spécialisée dans le montage de sociétés offshore.

Ces documents, remis au journal allemand Süddeutzsche Zeitung par un lanceur d'alerte dont l'identité n'a pas été révélée, ont permis d'analyser dans le détail près de 214.500 entités offshore créées par ce cabinet entre 1977 et 2015 dans une vingtaine de paradis fiscaux, pour le compte de clients issus de plus de 200 pays.

L'analyse de ce que Le Monde décrit comme une "immense caverne d'Ali Baba de l'évasion fiscale" a révélé qu'un millier de ressortissants français auraient eu recours aux sociétés écrans mises en place par Mossack Fonseca.

Le directeur de cette société, Ramon Fonseca, a déclaré par téléphone à Reuters que son cabinet juridique avait été victime d'un piratage "limité".

"Nous pensons qu'il y a une campagne internationale contre le droit au secret", a-t-il dit. "Le secret est un droit humain sacré mais il y a des gens qui ne le comprennent pas. Nous croyons au secret et continuerons à oeuvrer pour qu'il soit protégé juridiquement."

Ramon Fonseca, qui est cofondateur du cabinet et était jusqu'au mois dernier un haut responsable du gouvernement panaméen, a affirmé que sa firme avait mis en place plus de 240.000 sociétés, dont "l'immense majorité" aurait été utilisée, selon lui, "à des fins légitimes".

PLUS D'UNE CENTAINE DE DIRIGEANTS POLITIQUES

"Nous nous consacrons à créer des structures juridiques que nous vendons à des intermédiaires tels que des banques, des avocats, des comptables et des trusts", a-t-il dit. "Ils ont leurs clients, que nous ne connaissons pas."

La liste des clients ayant eu recours à des montages financiers offshore pour dissimuler leurs actifs comprend également, selon les premières révélations parues dans la presse, les noms de 128 dirigeants politiques et douze chefs d'Etat ou de gouvernement, dont six encore en activité.

Le Guardian fait notamment référence à un réseau de transactions offshore et de prêts pour un montant total de 2 milliards de dollars (1,75 milliard d'euros) menant à des proches de Vladimir Poutine. Reuters n'a pu obtenir de confirmation de ces informations de source indépendante.

Figuraient également dans ces fichiers les noms de 33 personnes ou organisations figurant sur la liste noire des Etats-Unis pour avoir entretenu des relations commerciales avec des barons de la drogue mexicains, des pays alors sous le coup de sanctions l'Iran et la Corée du Nord et l'Iran ou encore avec le Hezbollah, considéré comme une organisation terroriste par Washington.

La détention d'une telle société-écran, "c'est en général pas très moral mais c'est pas toujours illégal", a expliqué Samuel Laurent, journaliste au Monde, sur iTELE, précisant qu'il s'agissait souvent de "joue(r) sur les failles du système et sur les failles internationales, notamment de la juridiction en matière de transparence financière, pour faire évader de l'argent de manière légale."

De son côté, Manon Aubry, responsable de l'organisation non-gouvernementale Oxfam France, estime dans un communiqué que "tous les gouvernements, riches et pauvres, doivent s'efforcer de mettre fin à l'utilisation abusive des paradis fiscaux".

Les conséquences de la publication de ces documents sont pour l'instant difficiles à mesure. L'administration fiscale australienne a donné une idée de leur possible ampleur en faisant savoir dès lundi qu'elle enquêtait déjà sur plus de 800 clients fortunés du cabinet panaméen.

(Myriam Rivet à Paris, avec Elida Moreno à Panama et Jane Wardell à Sydney, édité par Patrick Vignal et Marc Angrand)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • bordo il y a 10 mois

    Scoop ! Tout le monde fraude le fisc. Franchement je m'en doutais pas. Et puis on peut faire confiance aux journalistes, objectifs, honnêtes, désintéressés, bons fils, bons pères, bons maris, bons citoyens, de vraies consciences, quoi. Ah oui, indépendants du pouvoir politique, surtout en France. Des rosières, vous dis-je.