"L'enfant grec", flânerie au coeur de la littérature et du Luxembourg

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Couverture 'L'enfant grec' All rights reserved
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(AFP) - Avec "L'enfant grec", en lice pour le Goncourt et le Renaudot, Vassilis Alexakis "rend hommage" aux héros de la littérature, au gré d'une flânerie dans le jardin parisien du Luxembourg, qui est aussi un voyage dans son enfance et la Grèce en crise d'aujourd'hui, dit-il à l'AFP.

"Je voulais depuis très longtemps, depuis que j'écris, rendre hommage aux auteurs et aux personnages de la littérature que j'ai découverts quand j'étais enfant, adolescent, parce que ce sont eux, au fond, qui m'ont donné envie de raconter des histoires", explique l'écrivain grec de 68 ans, lors d'un entretien au jardin du Luxembourg.

C'est là que se passe la majeure partie du roman, fortement autobiographique. Dans "L'enfant grec" (Stock), le narrateur se retrouve en convalescence dans un hôtel voisin du jardin. C'est en s'y promenant que, transformé en guide, il part à la rencontre de personnages pittoresques : une dame pipi, un ancien bibliothécaire du Sénat, la patronne du théâtre de marionnettes et sa soeur costumière, un ancien violoniste devenu SDF, un jeune poète grec...

Les souvenirs littéraires qui hantent le jardin font aussi revivre les héros imaginaires qui ont baigné son enfance, de Don Quichotte aux Trois mousquetaires, de Jean Valjean à Robinson Crusoé.

Au fil des anecdotes, des digressions, des rencontres, Vassilis Alexakis entraîne son lecteur du Luxembourg au jardin de son enfance en Grèce ou à la place de la Constitution à Athènes, où la jeunesse manifeste contre les politiques d'austérité... Peu à peu, le réel et l'imaginaire se mêlent, et la littérature devient le personnage central.

"C'est la littérature qui est au coeur du livre, la littérature des autres et la mienne. Les personnages de mon propre roman ne sont pas des héros de livres. Mais plus on avance, plus ils ressemblent aussi à des héros de roman, c'est-à-dire qu'on arrive à douter de leur réalité", souligne Vassilis Alexakis.

Crise grecque

Ecrivain de langue française et grecque, il a écrit "L'enfant grec" en français "parce que ça se passe ici", mais le traduit lui-même en grec.

"J'écris tous mes livres depuis maintenant 25 ans deux fois, dans les deux langues. Je commence par la langue de mes personnages, parce que j'ai besoin que l'histoire soit crédible à mes propres yeux", détaille l'auteur de "La langue maternelle", arrivé en France à l'âge de 17 ans.

"L'équilibre que j'ai trouvé consiste à perdre l'équilibre tantôt d'un côté, tantôt de l'autre", ajoute celui qui dit "faire l'aller-retour entre Paris et Athènes, dans ses écrits comme dans sa vie".

"L'enfant grec", qui se passe en 2010 et dont le titre évoque sa propre enfance mais aussi la jeunesse grecque en colère, convoque également l'actualité.

"J'ai fait un peu l'éloge de l'imaginaire, mais je voulais dire en même temps que ces personnages imaginaires ne m'éloignent pas des réalités", souligne le romancier, avouant que la crise économique grecque "lui fait très peur".

"Elle me blesse, la crise en Grèce. J'ai des amis qui ont mon âge et qui n'ont plus d'argent pour prendre un café. Je vois le nombre de suicides augmenter de façon spectaculaire en Grèce. J'évoque tout ça dans mon roman, mais toujours à travers des personnages", insiste-t-il.

Pour lui, "la situation grecque mérite réflexion, non seulement en Grèce, mais dans toute l'Europe, une réflexion sur le genre de vie que nous voulons mener".

"Ce n'est pas parce que certains pays ont des budgets très équilibrés qu'on a envie de mener le genre de vie qui s'est généralisé chez eux. L'argent ne peut pas être le seul critère pour nos sociétés", lance-t-il.

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