L'emplacement de la Lutèce gauloise fait toujours débat

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L'EMPLACEMENT DE LA LUTÈCE GAULOISE FAIT TOUJOURS DÉBAT
L'EMPLACEMENT DE LA LUTÈCE GAULOISE FAIT TOUJOURS DÉBAT

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - La Lutèce gauloise des Parisii lors de la conquête romaine se trouvait-elle au coeur du Paris actuel ou à Nanterre (Hauts-de-Seine), à une dizaine de kilomètres de la capitale, comme le pensent certains archéologues ?

Des fouilles menées depuis avril dans l'enceinte de la préfecture de police (PP), sur l'île de la Cité, permettront peut-être d'apporter de nouveaux éléments au débat, qui a surgi fin 2003.

Une équipe de quatre archéologues et d'une anthropologue de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a jusqu'au mois de septembre pour tenter de répondre à cet "enjeu historique majeur", selon la préfecture.

"La question est de savoir si l'oppidum des Parisii est ici ou pas", dit Xavier Peixoto, le responsable des fouilles, derrière une palissade cachant un trou béant qui atteint désormais quatre mètres de profondeur, place Louis Lépine.

Les fouilles se déroulent sur une superficie d'à peine 300 m2 mais Xavier Peixoto, le responsable de l'opération, émet déjà une hypothèse : "Nanterre est une possibilité. Mais je pense que quand César arrive, ils (les Gaulois) sont là", à Lutèce.

La question de l'emplacement exact de la capitale gauloise lors de la conquête romaine, qui ne faisait alors aucun doute, Paris recueillant tous les suffrages, est née fin 2003 à l'occasion des fouilles de sauvetage menées à Nanterre.

Les archéologues y ont en effet découvert une nécropole de la première moitié du IIIe siècle av. J.-C., ainsi que des quartiers d'habitat et d'artisanat plus récents formant un pôle urbanisé prospère.

NOUVEL ÉLÉMENT DU PUZZLE

Si César évoque la bataille de Lutetia (Lutèce) en 52 avant J.-C., il se contente de situer l'oppidum des Parisii dans une île de la Seine, sans préciser laquelle.

Or, "ni l'île de la Cité ni la rive gauche de Paris ne livrent de vestiges antérieurs à la conquête romaine", expliquait en 2004 l'archéologue Antide Viand dans la revue Archéologie.

Si les données jusqu'ici collectées ne permettent pas de conclure sur le statut de la cité de Nanterre, "il semble d'ores et déjà établi qu'elle jouait un rôle prépondérant chez les Parisii", ajoutait-il.

Disposant d'un port et de berges aménagées, ce centre était au contact direct des cargaisons transportant les produits importés d'Italie et de Gaule et la découverte de ratés de coulée laisse aussi supposer qu'on y battait monnaie.

L'Inrap espère donc que les fouilles de la "PP", qui seront ouvertes au public les 8 et 9 juin, apporteront un nouvel élément au puzzle malgré la modestie de la surface explorée.

Couche après couche, les archéologues se rapprochent de la période romaine et éventuellement gauloise.

Les fouilles ont surtout porté jusqu'à présent sur le dégagement de vestiges d'une église reconstruite en 1632 par l'ordre des Barnabites mais qui abritait dès 635 une abbaye de femmes consacrée à Saint-Eloi, sous la protection du roi Dagobert 1er.

"Il y avait une vingtaine d'églises sur l'île de la Cité et elles ont pratiquement toutes disparu à cause des réaménagements" de cette partie de la capitale, raconte Xavier Peixoto.

RELIGIEUSES CHASSÉES

Depuis la mi-avril, les archéologues ont mis au jour l'angle sud-est de la nef et une partie de son cloître, où une dizaine de sépultures médiévales ont été conservées. Certaines contiennent des vases à encens.

Les sépultures se rattachent à l'époque où les religieuses ont été chassées et supplantées par des moines sous prétexte d'inconduite, en 1107, explique l'archéologue.

Le niveau le plus ancien actuellement repéré se situe à quatre à cinq mètres sous le sol actuel. Il s'agit d'un dépôt de crue contenant de la céramique datant du début de notre ère.

"D'autres horizons plus anciens pourraient donc être présents", espère un autre responsable de l'Inrap, qui ne souhaite pas être cité. "On va aller le plus profond possible. D'ici septembre, il y aura peut-être un petit élément qui fera avancer le débat".

Au-delà de la recherche de vestiges éventuels des Parisii, le but est d'avoir une chronologie exacte de la fondation de l'île de la cité.

Sur un parking qui a fait l'objet de fouilles, dans le 13e arrondissement, un niveau gaulois a été retrouvé à quatre mètres sous le sol. "Ça montre qu'à l'époque gauloise, l'île est constituée et est hors d'eau", souligne Xavier Peixoto.

Edité par Yves Clarisse

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