L'élection de Trump tombe au plus mal pour une UE en crise, minée par la poussée populiste

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Donald Trump s'adresse à la presse au Capitole à Washington, le 10 novembre 2016 ( AFP / NICHOLAS KAMM )
Donald Trump s'adresse à la presse au Capitole à Washington, le 10 novembre 2016 ( AFP / NICHOLAS KAMM )

L'élection de Donald Trump à la Maison Blanche ajoute à la tourmente d'une Union européenne en pleine crise de doute sur son avenir, confrontée à une montée en puissance des courants populistes et fragilisée par le séisme du Brexit.

Dimanche, les ministres des Affaires étrangères de 28 pays membres sont invités par la chef de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini à débattre des conséquences de cette victoire surprise lors d'un dîner à Bruxelles.

Car après les formules diplomatiques et autres invitations officielles lancées mercredi dès l'annonce du résultat, des inquiétudes s'expriment désormais ouvertement chez nombre de dirigeants européens face à l'ère qui s'ouvre dans les relations avec un partenaire historique.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker , et le président du Conseil, Donald Tusk,
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (d), et le président du Conseil, Donald Tusk, le 30 octobre 2016 à Bruxelles ( AFP/Archives / JOHN THYS )

"Il est vrai que l'élection de Donald Trump comporte le risque de voir les équilibres intercontinentaux être dérangés quant à leur fondement et quant à la structure", a admis vendredi le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors d'un débat à Luxembourg.

Celui qui mercredi, conjointement avec le président du Conseil européen Donald Tusk, avait convié le président élu des Etats-Unis à un sommet UE-USA en Europe dès que possible, a ensuite moins retenu ses mots.

- 'Deux années de temps perdu' -

Evoquant les lacunes en géographie de Donald Trump - qui en juin avait qualifié la Belgique de "ville magnifique" -, le chef de l'exécutif européen a lancé: "Il faudra que nous apprenions au président désigné ce en quoi consiste l'Europe. (...) Je crois que nous aurons deux années de temps perdu jusqu'à ce que M. Trump ait fait le tour du monde qu'il ne connaît pas".

L'irruption d'un novice en politique étrangère comme partenaire de travail obligé sur des dossiers ultra sensibles tels le conflit syrien, l'Ukraine ou le changement climatique, survient alors que l'UE traverse la période la plus tourmentée de ses 60 ans d'histoire.

Entre la crise migratoire aigüe, le terrorisme, l'endettement en zone euro, l'attitude jugée menaçante de la Russie à l'Est, puis le choc du Brexit en juin - sur fond de montée des populismes -, beaucoup craignent que les secousses ne s'arrêtent jamais.

Guy Verhofstadt, membre du Parlement européen, et ancien Premier ministre belge s'adresse à des journalist
Guy Verhofstadt, membre du Parlement européen, et ancien Premier ministre belge s'adresse à des journalistes après une rencontre avec le président français, au palais de l'Elysées à Paris le 29 septembre 2015 ( AFP/Archives / THOMAS SAMSON )

"La victoire de Trump est le signe que la démocratie libérale est en train rapidement de devenir un mouvement de résistance", s'est inquiété cette semaine le chef des libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt, exhortant les Européens à "se réveiller" pour défendre leurs valeurs.

Un écho des sombres propos de Donald Tusk avant le référendum britannique du 23 juin, avertissant que le Brexit pourrait conduire à la "destruction non seulement de l'Union européenne mais aussi de la civilisation politique occidentale".

- "Revenir à la vraie démocratie" -

Le rôle des Etats-Unis comme leader mondial des démocraties libérales occidentales depuis 1945 "se heurtait déjà à des vents contraires", rappelle Fabian Zuleeg, du think tank European Policy Centre (EPC) à Bruxelles.

"Mais une administration Trump va renforcer les tendances isolationnistes aux Etats-Unis, ce qui portera un coup supplémentaire à ce rôle de leader", prédit cet expert.

A l'approche de grands rendez-vous électoraux dans plusieurs Etats membres (Autriche début décembre, Pays-Bas, France puis Allemagne en 2017), les craintes des dirigeants européens portent aussi sur l'effet stimulant du vote américain sur des électeurs sensibles aux sirènes de l'extrême droite.

Marine Le Pen, Nigel Farage ou encore le Premier ministre hongrois Viktor Orban, honnis à Bruxelles pour leurs discours antimigrants, ont été parmi les premiers à se féliciter de l'élection de Donald Trump.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Bruxelles, le 21 octobre 2016
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Bruxelles, le 21 octobre 2016 ( AFP / THIERRY CHARLIER )

"Nous allons pouvoir revenir à la vraie démocratie, aux discussions honnêtes, loin des contraintes paralysantes du politiquement correct", s'est réjoui Viktor Orban, saluant ce "grand moment" où "la civilisation occidentale a réussi à se libérer de l'emprise d'une idéologie".

Pour certains experts en géopolitique, le tableau n'est toutefois pas complètement noir et l'arrivée d'un Trump imprévisible à la Maison Blanche devrait être l'occasion pour les Européens d'unir davantage leurs forces, par exemple sur la sécurité et la défense.

"C'est la première fois que les alliés européens de l'Otan font face à la dure réalité d'un engagement américain qui pourrait s'avérer plus faible sous Trump. Alors, on se demande ce qu'il faudrait de plus pour qu'ils se réveillent", a fait valoir cette semaine Judy Dempsey, de l'institut Carnegie Europe.

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  • gl060670 il y a 4 semaines

    la cause du populisme n'est il pas le communautarisme exacerbé. il y a pas de fumée sans feux.

  • gendrefr il y a 4 semaines

    le contraire de populiste est europeiste( dans la forme actuelle). de toute facon les partis francais traditionnelle vont chercher leur feuille de route à Bruxelle.

  • manu331 il y a 4 semaines

    Hollande s'est fait élire sur des idées populistes, pourquoi l'afp n'en parle pas ? Pourquoi l'afp ne qualifie pas la gauche et la droite de populiste étant donné l'écart entre leur programme et la réalité, les promesses démagogiques ? C'est étonnant de voir que ceux qui condamnent les populistes démontrent à chaque fois dans leur parti pris et leur partialité que ce sont les premiers à faire du populisme. La fracture est totale entre les fameuses "élites" et le peuple. La faute aux élites !

  • ppsoft il y a 4 semaines

    Il n'y a aucun mal à être "populiste", bien au contraire. Et ce n'est pas une fermeture sur soi,bon peut très bien veiller aux intérêts du peuple tout en concluant des accords avec les autres pays, comme ça s'est toujours fait dans l'Histoire.

  • 34flora il y a 4 semaines

    enfin un espoir de changement ! la voie est ouverte ! continuons !

  • b.renie il y a 4 semaines

    ref1929 vous oubliez que Sans l'union européenne la poussière de petits pays de ce continent sera colonisée par les grands que sont la Chine, le Brésil, les USA, la Russie qui prendront les commandes. A bruxelles nous avons notre mot à dire et les principes de gestion que la Commission défend sont ceux qui permettraient de faire de la France un pays riche si on libérait les énergies que quelques prescription du code du travail paralyse

  • b.renie il y a 4 semaines

    L'élection de Donald Trump comporte le risque de voir les équilibres intercontinentaux dérangés quant à leur fondement et quant à la structure Raison de plus pour reprendre la construction de l'Europe comme la voulait Jean MONNET et Robert SCHUMAN Ce n'est qu'une question de volonté politique Mais évidemment c'est difficile pour des dirigeants polarisés sur les difficultés nationales dont ils ne saisissent pas que leur solution passe par l'existence d'une europe puissante et solidaire

  • dupon666 il y a 4 semaines

    populiste est devenu un compliment pour tous ceux qui sont fiers de leur pays

  • ref1929 il y a 4 semaines

    qu'a fait le grande coalition de ce hold up depuis le vote...

  • ref1929 il y a 4 semaines

    le RPR emmenée notamment par Jacques Chirac et Édouard Balladur ont milite clairement en faveur du « oui » avec miterrand. 51% pour le "non" avec une participation de 69,7 %...