L'élection de Trump ajoute aux incertitudes des rebelles syriens

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    par Tom Perry et Suleiman Al-Khalidi 
    BEYROUTH/AMMAN, 18 novembre (Reuters) - A la veille de la 
victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, des 
émissaires de la rébellion syrienne ont rencontré des 
représentants américains pour s'enquérir des perspectives des 
programmes de livraisons d'armes. 
    Il leur a été répondu qu'ils se poursuivraient jusqu'à la 
fin de l'année mais que leurs suites dépendraient avant tout de 
l'identité du futur président. 
    Tout au long de sa campagne, Donald Trump n'a pas caché son 
hostilité envers le soutien apporté à certains groupes rebelles 
par l'administration Obama et s'est engagé à rebattre les cartes 
de la politique syrienne américaine. De fait, les livraisons 
américaines pourraient tout simplement cesser. 
    Supervisé par la CIA, le programme de soutien a permis de 
fournir des équipements et d'entraîner la rébellion modérée en 
coordination avec la Turquie, l'Arabie saoudite, le Qatar ou 
encore la Jordanie. 
    L'élection de Donald Trump pourrait aboutir à la fin de 
l'appui américain à l'Armée syrienne libre (ASL), une nébuleuse 
de groupes rebelles, au profit de la seule lutte contre l'Etat 
islamique qui contrôle toujours de vastes territoires dans l'est 
et le centre de la Syrie. 
    Ce combat contre les djihadistes pourrait même s'organiser 
en étroite coopération avec la Russie, alliée du régime de 
Bachar al Assad, qui bombarde de son côté indifféremment les 
composantes modérées de la rébellion et les djihadistes du Front 
Fateh al Cham, l'ex-Front al Nosra. 
    Bachar al Assad s'est d'ailleurs dit prêt mardi à coopérer 
avec le futur président américain dans sa lutte contre les 
islamistes, tout en disant attendre de connaître la teneur de sa 
politique syrienne.   
     
    UNE CHANCE ? 
    Chez les rebelles, on tente de se convaincre que l'élection 
de Donald Trump n'est pas forcément une mauvaise nouvelle.  
    Certains déplorent depuis longtemps que Washington encadre 
trop strictement les livraisons d'armes en provenance d'Arabie 
saoudite et se demandent si l'élection de l'homme d'affaires ne 
permettra pas à Ryad de livrer enfin les armes puissantes qu'ils 
réclament, des missiles sol-air notamment. 
    Selon un représentant des rebelles, aucun contact n'a été 
établi avec les Etats-Unis depuis la victoire de Donald Trump et 
la fin du soutien américain accompagné d'une levée du "veto" de 
Washington sur les livraisons d'armes lourdes serait une bonne 
nouvelle. 
    "Tout le monde se livre à des spéculations. Il y a des 
perspectives positives et des perspectives négatives, mais rien 
n'est sûr", a-t-il déclaré. 
    De nombreux analystes soulignent toutefois qu'il est encore 
trop tôt pour esquisser les contours de la politique syrienne du 
futur président américain qui pourrait devoir composer avec 
l'hostilité historique des républicains à l'égard de la Russie, 
mais aussi de l'Iran et du Hezbollah libanais, qui ont envoyé 
des dizaines de milliers de miliciens chiites combattre au côté 
des forces de Bachar al Assad. 
     
    DISSENSIONS 
    L'autre grande question entourant la politique syrienne de 
Donald Trump est celle de savoir s'il s'alignera sur la position 
défendue par les Occidentaux qui jugent qu'il n'existe aucune 
perspective de paix tant que Bachar al Assad sera au pouvoir. 
    Ils estiment également que l'émergence d'une force politique 
sunnite est indispensable dans un pays où les alaouites, la 
minorité religieuse à laquelle appartient le dirigeant syrien, 
accaparent le pouvoir depuis des décennies alors qu'ils sont 
extrêmement minoritaires. 
    Ce souhait se heurte cependant aux dissensions qui 
rejaillissent régulièrement au sein de l'opposition et au poids 
des djihadistes au sein de la rébellion. Un diplomate américain 
fait d'ailleurs remarquer que tourner le dos à l'ASL ferait le 
jeu des groupes islamistes les plus radicaux. 
    Si les rebelles modérés étaient abandonnés par les 
Etats-Unis, leur sort dépendrait des Saoudiens, des Qataris et 
des Turcs, mais le récent rapprochement observé entre Moscou et 
Ankara vient là encore brouiller les cartes. 
    Adversaire déclaré du régime syrien, la Turquie semble 
toutefois privilégier la lutte contre l'Etat islamique et contre 
les forces kurdes qui opèrent dans le nord de la Syrie et dont 
les succès irritent le pouvoir turc. 
    Selon Mohamed Aboud, un ancien commandant rebelle désormais 
membre au Haut conseil des négociations, l'engagement turc en 
Syrie pourrait toutefois bénéficier à la rébellion et inciter 
les Etats-Unis à adopter une ligne claire en Syrie, ce qui n'a 
pas été le cas sous la présidence Obama. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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