L'élection de Donald Trump rebat les cartes sur les marchés financiers

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Si l'onde de choc attendue n'a pas eu lieu, l'élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis n'en a pas moins rebattu les cartes sur les marchés financiers, qui avaient été bercés avant le scrutin par les pronostics en faveur d'Hillary Clinton.

Voici un bref état des lieux sur les principaux marchés quelques jours après le scrutin du 8 novembre:

- Actions: la grande rotation

Il a fallu à peine deux jours à Wall Street pour se remettre de l'imprévu, qui a enchaîné les record dans les séances qui ont suivi l'élection. "Très rapidement", l'élection de Donal Trump "a fait monter les cours boursiers aux Etats-Unis", constate Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, qui ajoute que le scrutin "ne les a plus fait baisser dans la zone euro".

"La perception des investisseurs est donc que la nouvelle administration aux Etats-Unis sera +business friendly+ (favorable au monde des affaires, ndlr)", poursuit M. Artus.

Les marchés "sont tout de suite passés à l'analyse de son programme", opérant une "grosse rotation sectorielle", rappelle à l'AFP Ludovic Dufour, gérant allocataire d'actifs chez Mandarine Gestion.

Le secteur de la santé a par exemple profité de la défaite d'Hillary Clinton, en faveur d'une baisse des prix des médicaments. Le secteur de la construction a lui tiré partie de l'anticipation d'un programme budgétaire expansionniste.

- Obligations: attention à la surchauffe

Les taux d'emprunt sur le marché secondaire de la dette d'Etat, pour beaucoup d'entre eux à des niveaux extrêmement bas, remontent à un rythme parfois soutenu, dans le sillage du marché américain.

Les investisseurs anticipent une politique budgétaire expansionniste qui pourrait relancer l'inflation et encourager la Réserve fédérale (Fed) à relever ses taux d'intérêts rapidement, ce qui rend comparativement ces emprunts moins attractifs, en raison de leurs rendements encore faibles. Les investisseurs se séparent donc de cet actif, dont la vente fait mécaniquement monter les taux.

"Il ne faudrait pas non plus que cela monte encore beaucoup plus vite et beaucoup plus fort car cela créerait du stress", explique à l'AFP Bertrand Lamielle, directeur de la gestion chez B*Capital (Filiale de BNP Paribas).

- Changes: vers une parité euro/dollar?

Après un bref plongeon dans les premières heures suivant l'élection américaine, il y a eu "un mouvement énorme sur le dollar en quelques jours" depuis, observe M. Lamielle, pour qui le couple euro/dollar se rapproche de la parité. Vendredi dans la matinée, l'euro valait 1,0601 dollar. Il était monté à 1,1222 dollar dans la nuit de l'élection.

Le "Dollar Index", moyenne du cours du billet vert face à un panier de six grandes devises, a même atteint vendredi son niveau le plus élevé depuis avril 2003.

Les cambistes privilégient les ambitions de M. Trump en matière d'investissements, plutôt que les inquiétudes liées à son discours protectionniste.

La devise américaine profite en outre "d'une vente assez massive d'obligations" américaines, explique M. Lamielle, les investisseurs se reportant sur le billet vert.

- Des marchés émergents sous pression

"Les actifs des marchés émergents ont été soumis à une pression significative" après le scrutin, relève Kiran Kowshik, un stratégiste spécialisé dans les devises émergentes chez UniCredit.

Souvent endettés en billets verts, ils ont subi de plein fouet son envolée.

Une partie du programme du président élu, fondé sur un regain de protectionnisme, n'est pas de bon augure pour ces économies. Le Mexique, particulièrement exposé, a vu sa devise s'effondrer, contraignant la banque centrale a relever son taux directeur, à 5,25%.

"Tant les actions autres que les obligations" ont été touchées, selon la société de gestion américaine Legg Mason. L'indice boursier MSCI marchés émergents a reculé de 6,7% entre les 8 et 15 novembre, rappelle-t-elle.

- Les matières premières en ordre dispersé

Déjà favorisés par les mesures de soutien à l'économie chinoise, les cours des métaux ont grimpé après l'élection, avant de redescendre cette semaine. "La perspective d'une fièvre dépensière dans les deux plus grandes économies du monde a fait s'envoler le cours des métaux", résument les analystes de UniCredit.

En revanche, l'or s'est effondré jusqu'à atteindre son plus bas depuis plus de cinq mois vendredi, à 1.202,81 dollars l'once. "La force du dollar rend le métal jaune plus cher. La vigueur du marché action et l'optimisme depuis la victoire de Donald Trump rendent par ailleurs la valeur refuge moins attractive", a résumé Michael van Dulken, de Accendo Markets.

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