L'EI se rapproche du "croissant pétrolier" de la Libye

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    * Vague d'attaques contre Es Sider et Ras Lanouf depuis le 
début de l'année 
    * Une force spéciale protège les sites pétroliers 
    * L'EI cherche plus à détruire des installations qu'à en 
prendre le contrôle 
 
    par Aidan Lewis 
    TUNIS, 18 janvier (Reuters) - Le coeur du secteur pétrolier 
de Libye, autour des terminaux d'Es Sider et de Ras Lanouf, 
résiste toujours aux poussées des djihadistes de l'Etat 
islamique (EI) mais l'escalade des violences renforce la menace 
qui pèse sur ces installations. 
    Plus de quatre ans après la chute de Mouammar Kadhafi, alors 
que le pouvoir politique est divisé et que le chaos règne dans 
le pays, le "croissant pétrolier", sur les rivages du golfe de 
Syrte, fournit toujours des revenus cruciaux pour l'Etat.  
    Mais les exportations du pays nord-africain, membre de 
l'Opep, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, ont 
plongé à partir de 2013. Les ports pétroliers d'Es Sider et de 
Ras Lanouf sont fermés depuis décembre 2014, et les combats se 
rapprochent. 
    De 1,6 million de barils par jour (bpj) avant le soulèvement 
de 2011, la production pétrolière libyenne a été divisée par 
quatre, chutant sous les 400.000 bpj. 
    Partis de Syrte, dont ils ont fait leur voie d'entrée en 
Libye, les djihadistes de l'EI ont progressé le long de la côte, 
poussant jusqu'à Ben Jawad, une ville désormais sous leur 
contrôle à 30 km seulement à l'ouest d'Es Sider. Mais 
contrairement à la Syrie, les combattants de l'organisation 
d'Abou Bakr al Baghdadi n'ont pas encore pris la possession de 
sites pétroliers. 
    Les deux dernières semaines ont pourtant été intenses sur le 
front des tentatives armées, avec attentats suicide, 
bombardements, incendies de cuves de stockage et attaque contre 
un oléoduc. 
    "Je pense que le danger est très grave, notamment à Es 
Sider. Le secteur semble sécurisé, mais nul ne peut garantir 
quoi que ce soit", confirme Mohamed al Harari, porte-parole de 
la Compagnie pétrolière nationale (NOC) joint à Tripoli par 
téléphone. 
 
    BOULEVERSEMENTS SOCIAUX 
    La récente offensive a débuté le 4 janvier par un double 
attentat à la voiture piégée contre un poste avancé des gardes 
chargés de la protection des sites pétroliers.  
    Ce corps spécialisé de Petroleum Facilities Guards a été 
créé par la NOC en 2005, bien avant le mouvement des "printemps 
arabes". C'est la compagnie pétrolière qui règle la solde de ses 
quelque 12.000 membres, dont les allégeances, jugent des 
analystes, sont incertaines et les aptitudes au combat limitées. 
    Depuis le début de l'année, une vingtaine d'entre eux ont 
payé leur engagement de leur vie. Et le commandement des PFG 
s'attend à une nouvelle offensive djihadiste "à la première 
occasion", dit leur porte-parole, Ali al Hassi. 
    La direction de la NOC, qui a lancé un "appel au secours" 
pour repousser les assauts des djihadistes, a annoncé la semaine 
passée l'envoi d'un tanker pour évacuer le pétrole toujours 
stocké dans les terminaux. Il n'est pas certain, du fait des 
conditions de sécurité, que le transfert pourra avoir lieu. 
    A une centaine de kilomètres à l'est de Ras Lanouf, le 
terminal de Brega fonctionne toujours.  
    Mais Richard Mallinson, analyste chez Energy Aspects, une 
firme de consultant, souligne que les djihadistes, s'ils percent 
les défenses d'Es Sider et Ras Lanouf, pourraient passer à 
l'attaque très vite. Les gisements pétroliers terrestres de 
Sarir, Messla et Nafoura, qui concentrent 60% environ de la 
production libyenne, seraient également visés, ajoute-t-il. 
    A priori, l'objectif des djihadistes de l'EI ne semble pas 
être de prendre le contrôle mais de détruire les infrastructures 
pétrolières.  
    Toute neutralisation de sites réduit mécaniquement la manne 
pétrolière qui finance l'action de l'Etat. De quoi fragiliser le 
Gouvernement d'accord national qui doit, avec le soutien de 
l'Onu, prendre ses quartiers dans les semaines à venir et mettre 
un terme à la concurrence que se livrent deux gouvernements à la 
légitimité opposée, l'un à Tripoli, la capitale, l'autre, 
reconnu par la communauté internationale, réfugié dans l'est du 
pays.     
    "Ils veulent creuser les déficits des finances publiques et 
créer des bouleversements sociaux et économiques", analyse 
Claudia Guazzini, spécialiste reconnue de la Libye au sein de 
l'International Crisis Group (ICG). 
 
 (avec Ayman al-Warfalli à Benghazi; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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