L'EI principal suspect de la tuerie d'Ankara

le , mis à jour à 16:11
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(Obsèques des victimes, manifestations) par Daren Butler et Humeyra Pamuk ISTANBUL, 12 octobre (Reuters) - Le gouvernement turc considère le groupe djihadiste Etat islamique (EI) comme le principal suspect dans l'enquête sur le double attentat suicide qui a fait au moins 97 morts samedi à Ankara mais l'opposition a crié lundi sa colère contre le président Recep Tayyip Erdogan, notamment lors des obsèques des victimes. Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a déclaré que cet attentat, le plus meurtrier jamais commis sur le sol turc, visait à peser sur l'issue des élections législatives anticipées maintenues au 1er novembre. "C'est sans aucun doute un attentat suicide. Des tests ADN sont en cours. On a pu établir comment les kamikazes étaient arrivés là-bas. Nous sommes sur le point d'avoir un nom, qui désignera un groupe", a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision NTV. Les opposants à Erdogan et à son Parti de la justice et du développement (AKP) accusent depuis samedi le chef de l'Etat d'être responsable de la tuerie, soit par incompétence, soit comme complice des terroristes. Les mesures nécessaires seront prises s'il s'avère que des failles dans la sécurité ont permis l'attentat, a assuré quant à lui le Premier ministre. Dimanche, deux hauts responsables des services de sécurité ont déclaré à Reuters que la double explosion d'Ankara présentait de fortes similitudes avec l'attentat suicide qui a fait 34 morts le 20 juillet dernier à Suruç, près de la frontière syrienne, attribué à l'EI. ID:nL8N12B0GQ MANIFESTATIONS ANTI-ERDOGAN Lundi, des centaines de personnes scandant des slogans hostiles au gouvernement ont marché vers une mosquée d'un faubourg d'Istanbul où avaient lieu les funérailles de plusieurs des victimes. Selahattin Demirtas, dirigeant du parti prokurde HDP (Parti démocratique des peuples), était présent. Son parti estime qu'il était la cible de l'attentat de samedi et avance, lui, un bilan de 128 morts. La police anti-émeute était sur place, équipée de canons à eau et de véhicules blindés. Dans ce quartier populaire d'Umraniye, la foule criait "voleur, assassin, Erdogan !" en agitant des drapeaux du HDP. Plusieurs syndicats ont également appelé à des manifestations. Des centaines de personnes, dont de nombreux médecins, se sont rassemblées près de la gare principale d'Ankara, site des explosions de samedi. Les manifestants voulaient déposer des oeillets rouges mais la police les a empêchés de passer. Une manifestation a également eu lieu à l'intérieur d'un tribunal d'Istanbul, où des avocats ont scandé "L'assassin Erdogan devra rendre des comptes !". "CEUX D'ADIYAMAN" Selon le journal Haberturk, qui cite des sources policières, le type d'explosif utilisé samedi et le choix de la cible -- une manifestation pour la paix organisée notamment par les groupes prokurdes -- semble désigner comme responsable un groupe affilié à l'EI, "Ceux d'Adiyaman", en référence à la province d'Adiyaman, dans le sud-est de la Turquie. L'AKP a annoncé lundi l'annulation de toutes ces réunions électorales jusqu'à vendredi pour dénoncer le double attentat et rendre hommage aux victimes. Le HDP, qui envisage également de suspendre ses rassemblements pour des raisons de sécurité, est considéré par les autorités turques comme proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), groupe séparatiste armé qui figure sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne et des Etats-Unis. Le PKK a annoncé samedi un cessez-le-feu unilatéral jusqu'aux élections du 1er novembre mais l'aviation turque a poursuivi ses raids durant le week-end contre des positions des séparatistes dans le sud-est de la Turquie et dans le nord de l'Irak. ID:nL8N12B0H6 La Turquie a révisé en baisse ses prévisions de croissance pour les trois prochaines années et livré des perspectives plus moroses concernant l'évolution de l'inflation, l'incertitude politique et les troubles dans le sud-est du pays, à majorité kurde, pesant sur le sentiment des investisseurs. ID:nL8N12C1R1 (avec Gulsen Solaker et Orhan Coskun à Ankara; Danielle Rouquié et Guy Kerivel pour le service français)

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