L'EI prend ses quartiers à Ramadi, Bagdad prépare la contre-offensive

le , mis à jour à 18:14
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(Actualisé avec déploiement des forces gouvernementales § 15-16-17) BAGDAD, 19 mai (Reuters) - Les djihadistes de l'Etat islamique qui se sont emparés dimanche de Ramadi, chef lieu de la province irakienne d'Anbar, cherchent désormais à s'attirer les faveurs de la population, tandis que Bagdad prépare la contre-offensive. Trois mille miliciens chiites pro-gouvernementaux ont pris position lundi sur une base située à une trentaine de kilomètres de la ville d'un demi-million d'habitants, qui se trouve elle-même à 110 km à l'ouest de la capitale. Les nouveaux maîtres de Ramadi ont miné certains secteurs et en ont fortifié d'autres, rapportent des témoins. Ils ont en outre commencé à fouiller les maisons à la recherche de membres des forces de l'ordre ou de l'armée qu'ils disent vouloir déférer devant des tribunaux islamiques et ont remis une centaine de détenus en liberté. Les djihadistes "ont invité par haut-parleurs les gens ayant des proches en prison à venir les récupérer à la mosquée du centre-ville. J'ai vu des hommes s'y ruer pour aller chercher des prisonniers", a déclaré Saïd Hamad al Doulaïmi, un enseignant joint sur place. Selon certains habitants, les arrestations extrajudiciaires étaient monnaie courante avant la prise de la ville. D'après un restaurateur local, les djihadistes ont découvert 30 femmes et 71 hommes à la prison. Pour les empêcher de s'échapper, leurs geôliers leur auraient tiré une balle dans le pied avant de s'enfuir. Le drapeau noir de l'Etat islamique, qui flottait dès vendredi sur le gouvernorat, a été hissé sur les toits de la mosquée centrale et de tous les bâtiments administratifs. Les miliciens ont en outre entrepris de veiller au respect de la charia. "J'ai dû retirer les mannequins et trouver d'autres moyens de présenter les vêtements", dit un marchand de prêt-à-porter féminin qui a reçu la visite de l'un d'entre eux. "Il m'a dit que je ne devais pas vendre de sous-vêtements, parce que c'est interdit", ajoute-t-il. ENTRE DEUX FEUX Les hommes de l'EI ont par ailleurs promis des vivres, des médicaments et des soins. "Je pense qu'ils essayent de gagner la sympathie de la population de Ramadi, et de leur apporter un peu de paix et de liberté, mais nous sommes sûrs que ça ne durera pas, que le pire reste à venir et que nous allons être pris entre deux feux quand les Hachid lanceront leur offensive pour reprendre la ville", s'inquiète Saïd Hamad al Doulaïmi. Le recours aux paramilitaires chiites d'Hachid Chaabi, nom qui signifie "mobilisation populaire", risque d'attiser des tensions communautaires toujours vives, en particulier dans cette ville à dominante sunnite très marquée par les violences interreligieuses. Le gouvernement d'Haïdar al Abadi, lui-même membre de la majorité chiite, s'est engagé à former et à équiper des milices sunnites, comme les troupes américaines l'ont fait avec succès en 2006 et 2007 dans le même secteur pour faire face aux extrémistes d'Al Qaïda. Les dignitaires sunnites de la région doutent toutefois de cet engagement et disent n'avoir pour le moment reçu qu'un soutien symbolique. A Bagdad, on craint que les armes fournies aux miliciens sunnites ne finissent entre les mains des combattants de l'Etat islamique. Le mouvement d'Abou Bakr al Baghdadi tente quant à lui d'empêcher les tribus locales de se soulever contre lui en tuant leurs chefs et en faisant le nécessaire pour les affaiblir. Plusieurs membres du gouvernement ont souligné mardi la nécessité d'armer les forces de l'ordre et les milices populaires. Le Premier ministre a quant à lui lancé un appel à la mobilisation. L'Etat islamique, a-t-il assuré, "ne peut pas conserver les territoires dont il s'est emparés face à la détermination et au courage des Irakiens". Selon un porte-parole militaire, les forces gouvernementales tiennent le secteur situé entre Ramadi et la base d'Habbaniya, où les miliciens chiites attendent l'ordre de passer à l'action. "Les services de sécurité renforcent leurs positions et constituent trois lignes de défense autour de Ramadi pour empêcher les terroristes de lancer de nouvelles offensives. Toutes ces lignes de défense vont devenir offensive quand nous déciderons que le moment est venu de libérer Ramadi", a-t-il déclaré. Selon l'Organisation internationale pour les migrations, 40.000 personnes ont fui la ville au cours des trois derniers jours. D'après les autorités locales, les combats y ont fait une demi-millier de morts. (Rédaction de Bagdad; Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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