L'EI fait la chasse aux décodeurs avant la bataille de Mossoul

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    par Stephen Kalin 
    MAKHMOUR, Irak, 4 mai (Reuters) - Pour les habitants de 
Mossoul, la métropole du nord de l'Irak tenue par l'Etat 
islamique, les nouvelles au sujet des préparatifs de l'offensive 
gouvernementale qui se dessine se sont font de plus en plus 
rares.  
    Dès février, lorsque l'armée a pris position dans le secteur 
de Makhmour, 60 km plus au sud, les djihadistes ont commencé à 
limiter l'accès aux chaînes de télévision par satellite, qui 
sont la première source d'informations du million de Mossouli, 
en l'absence de connexions internet et téléphoniques fiables.  
    Pour les observateurs, les dirigeants du mouvement cherchent 
à isoler la ville du monde extérieur pour éviter un soulèvement 
ou un exode, qui le priverait de "boucliers humains", et pour 
préserver le moral de leurs hommes.  
    "Ils ont peur des chaînes satellitaires, parce qu'elles 
donnent un bon aperçu de la situation", affirme ainsi Hassan al 
Sabaoui, membre de l'administration de la province de Ninive, 
dont Mossoul est le chef-lieu.  
    Selon cinq habitants joints par Reuters, L'EI a confisqué 
les décodeurs utilisés dans les cafés ou les marchés et aucun ne 
sera plus toléré d'ici un mois dans les lieux publics. La vente 
et la réparation sont par ailleurs interdites depuis début avril 
pour les particuliers.  
    Le mouvement cherche en outre à contraindre les habitants à 
se débarrasser de leurs appareils. L'un d'eux dit avoir dû 
remettre le sien pour faire libérer un frère, arrêté pour avoir 
fumé en public. Une veuve raconte avoir dû faire de même pour 
obtenir le versement de sa pension.  
    L'EI aurait même menacé d'arrêter les groupes électrogènes 
qui alimentent 80% des foyers pour contraindre les habitants à 
se séparer de leurs décodeurs.  
    Pour Omar Doulaimi, membre du Stabilisation Network de 
Washington et spécialiste des médias dans les zones tenues par 
les djihadistes, l'EI craint que les autorités irakiennes 
n'utilisent les chaînes satellitaires pour mettre la population 
de Mossoul en sécurité pendant l'assaut, comme elles l'ont fait 
à Ramadi, chef lieu de la province d'Anbar repris en décembre.  
    "Ils savaient que ce serait difficile d'interdire la télé 
par satellite, ils ont donc procédé par étapes. Ils ne peuvent 
pas passer dans toutes les maisons pour détruire (les 
décodeurs), ils veulent donc convaincre les gens de le faire 
eux-mêmes. Mais, comme les habitants ne veulent pas renoncer à 
leur dernier lien avec le monde extérieur, l'Etat islamique se 
montre de plus en plus agressif", explique-t-il.  
 
 (Jean-Philippe Lefief pour le service français) 
 
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