L'Egypte retient son souffle avant les manifestations

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L?ÉGYPTE SOUS TENSION
L?ÉGYPTE SOUS TENSION

par Maggie Fick et Abdelrahman Youssef

LE CAIRE/ALEXANDRIE (Reuters) - Après la mort de trois personnes vendredi, dont un étudiant américain à Alexandrie, l'Egypte a retrouvé le calme samedi mais la tension est à son comble à la veille de manifestations de l'opposition, qui réclame la démission du président Mohamed Morsi, et des partisans du chef de l'Etat qui défendent la légitimité de son élection il y a juste un an.

L'armée s'est déployée massivement dans les rues des grandes villes et a prévenu qu'elle ne resterait pas les bras croisés si la confrontation entre libéraux et islamistes devait dégénérer.

Vendredi, plusieurs permanences des Frères musulmans, le mouvement dont est issu Mohamed Morsi, ont été attaquées à travers le pays. A Alexandrie, les affrontements ont fait deux morts, dont un étudiant américain, poignardé alors qu'il filmait la manifestation, selon des témoins.

Un troisième homme est mort et quinze autres personnes ont été blessées par l'explosion d'une grenade artisanale au cours d'une manifestation à Port Saïd, à l'entrée du canal de Suez, ont indiqué samedi des sources sécuritaires.

L'ambassade des Etats-Unis au Caire a annoncé l'évacuation de son personnel non essentiel ainsi que celle des membres des familles des diplomates. Elle a renouvelé son appel aux Américains à ne pas se rendre en Egypte sauf en cas de nécessité.

A Pretoria, le président Barack Obama a appelé au dialogue adversaires et partisans du chef de l'Etat égyptien pour éviter que la situation ne s'envenime encore.

"A l'évidence, nous suivons la situation avec inquiétude", a déclaré Barack Obama au cours d'une conférence de presse avec son homologue sud-africain.

SITUATION ÉCONOMIQUE DÉSASTREUSE

Au Caire, plusieurs centaines de partisans des deux camps ont établi des campements à différents endroits de la capitale.

Les islamistes sont rassemblés devant une mosquée du quartier périphérique de Nasr City, leur point de ralliement ces dernières semaines, tandis que les libéraux ont repris le chemin de la place Tahrir, lieu emblématique du soulèvement contre Hosni Moubarak en janvier 2011.

Les opposants espèrent rassembler des millions de personnes dimanche pour demander la démission du président Morsi. Ils dénoncent la dérive autoritaire du chef de l'Etat, la volonté qu'ils prêtent aux Frères musulmans d'accaparer tous les pouvoirs et la trahison par ces derniers des idéaux de la "révolution du Nil", en particulier la justice sociale.

Le chef de l'Etat leur a proposé mercredi soir, dans un discours télévisé, de réviser la Constitution et de promouvoir la réconciliation nationale mais ces propositions ont été jugées trop vagues par ses adversaires.

Accablés par les coupures d'électricité et les pénuries d'essence et d'eau de plus en plus régulières, par la hausse du chômage et du coût de la vie, de nombreux Egyptiens ont exprimé leur intention de manifester dimanche.

Leur détermination fait craindre une confrontation violente avec les islamistes, qui ont promis de leur côté de défendre le premier président démocratiquement élu d'Egypte contre ce qu'ils présentent comme un coup de force manipulé en sous-main par les "felouls", un terme péjoratif désignant les partisans du régime Moubarak.

CRAINTE DE "GUERRE CIVILE"

La tension est telle que les dignitaires d'Al Azhar, la grande institution sunnite du Caire et la principale autorité de l'islam dans le pays, ont évoqué vendredi un risque de "guerre civile".

"La vigilance est de mise si l'on veut éviter de basculer dans une guerre civile", a prévenu Al Azhar. Dans un communiqué globalement favorable au président Morsi, elle accuse les responsables politiques libéraux, dont l'ancien diplomate et ex-directeur général de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) Mohamed ElBaradei, d'inciter personnellement à la violence.

L'institution impute à des "bandes criminelles" faisant le siège de mosquées les violences qui se sont soldées, selon les Frères musulmans, par la mort d'une demi-douzaine de leurs partisans en une semaine.

Au Caire, où des dizaines de milliers de personnes ont participé vendredi à des rassemblements rivaux, aucun incident majeur n'a cependant été signalé.

Il n'en a pas été de même à Alexandrie, où plusieurs milliers de manifestants anti-Morsi ont défilé vendredi sur le front de mer. Plusieurs centaines de jeunes ont ensuite attaqué une permanence des Frères musulmans qu'ils ont mise à sac et incendiée.

Dans la confusion, deux personnes ont été tuées, un Egyptien abattu par balles et un étudiant américain de 21 ans, Andrew Pochter, originaire de l'Ohio.

Selon un message apparemment laissé par sa famille sur Facebook, le jeune homme s'était rendu en Egypte pour donner des cours particuliers d'anglais à deux enfants âgés de 7 à 8 ans, et pour perfectionner son arabe.

"Il avait pour projet de vivre et de travailler (en Egypte) pour oeuvrer pour la paix et la compréhension mutuelle", dit le message. "D'après ce que nous comprenons, il assistait à la manifestation en tant que spectateur et a été poignardé par un manifestant."

Des dizaines de personnes ont par ailleurs été blessées par des tirs de grenaille.

Avec le Bureau du Caire et Yusri Mohamed à Ismaïlia; Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André, Jean-Loup Fiévet et Eric Faye et Tangi Salaün pour le service français

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