L'Egypte offre d'entraîner les forces gouvernementales libyennes

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LE CAIRE, 1er octobre (Reuters) - L'Egypte a proposé d'assurer la formation des forces gouvernementales libyennes pour lutter contre les nombreux groupes armés qui se disputent le pouvoir dans une Libye en proie au chaos devenu sanctuaire pour les islamistes armés. Trois ans après la chute de Mouammar Kadhafi, l'Etat libyen n'existe pratiquement plus. Le gouvernement et le parlement libyens se sont réfugiés à Tobrouk, dans l'est du pays, tandis qu'un pouvoir rival créé par les islamistes de Misrata a été installé à Tripoli la capitale. Le Caire veut éradiquer ce qu'il considère comme une menace pour sa propre stabilité. D'autant que l'Occident est occupé à se battre en Syrie et en Irak contre l'Etat islamique. Le but de l'Egypte est double: rétablir son autorité dans la région et récupérer l'aide militaire des Etats-Unis qui n'ont pas apprécié la destitution du président islamiste élu Mohamed Morsi en juillet 2013 et la répression qui a suivi contre les Frères musulmans. L'aide militaire américaine, d'un montant de 1,3 milliard de dollars par an, n'a été qu'en partie rétablie. Selon des responsables de la sécurité égyptienne, des militaires égyptiens et des représentants des forces pro-gouvernementales libyennes se sont rencontrés plusieurs fois ces deux derniers mois au Caire et à Marsa Matrouh, une ville égyptienne sur les bords de la Méditerranée, "Renseignement et formation" figuraient au menu des discussions, selon un responsable du renseignement ayant requis l'anonymat. Le porte-parole du gouvernement égyptien s'est refusé à tout commentaire, mais un porte-parole de l'état-major libyen, Ahmad Bouzeyad al Missmari, a confirmé que l'Egypte avait proposé d'entraîner des soldats. LE GROUPE LE PLUS DANGEREUX L'Egypte accuse les islamistes libyens de s'infiltrer sur son territoire pour venir en aide à Ansar Baït al Makdis, particulièrement actif dans le désert du Sinaï et que Le Caire considère comme le groupe islamiste le plus dangereux du pays. "L'Egypte a plus de renseignements sur qui ils (les activistes basés en Libye) sont, combien ils sont, de quelles sortes d'armes ils disposent", commente le responsable du renseignement. Le président égyptien Abdel Fattah al Sissi, qui s'est prononcé pour les frappes aériennes contre l'Etat islamique mais n'y participe pas, avait dit le mois dernier que le but d'une coalition mondiale contre l'EI devait être aussi de lutter contre d'autres groupes extrémistes. D'ailleurs le mois dernier, des islamistes en Libye ayant des liens avec les Frères musulmans ont été visés par des frappes aériennes qui étaient, selon les Etats-Unis, le fait de l'Egypte et des Emirats arabes unis. L'Egypte a formellement démenti. Les EAU n'ont pas fait de commentaire. Outre un entraînement des forces libyennes, Le Caire souhaite aussi travailler avec l'ancien général libyen Khalifa Haftar, qui a créé son propre groupe armé pour lutter contre les islamistes, indique le responsable du renseignement. Il s'est récemment allié avec le gouvernement à Tobrouk. "L'Egypte a dit à Haftar qu'elle pourrait l'aider contre les activistes à Derna, qu'il pourrait être informé de leur localisation et que ses hommes pourraient être entraînés sur la manière de les combattre", dit le responsable du renseignement. Derna, bastion islamiste à quelques kilomètres de la frontière, inquiète particulièrement l'Egypte. CONTREBANDE En dépit de l'appel lancé la semaine dernière par le gouvernement libyen à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, L'Egypte ne livrera pour autant pas d'armes à la Libye, a déclaré un responsable de la sécurité nationale. Des armes se trouvant en Egypte passent la frontière en contrebande pour finir dans les mains des combattants d'Ansar, dit-on au sein des services de sécurité égyptiens. "Les forces de sécurité attrapent quotidiennement des trafiquants", souligne le responsable de la sécurité nationale. D'autres armes proviennent de trafiquants au Soudan qui les chargent sur des bateaux navigant sur le Nil. Elles sont ensuite déchargées dans différentes localités égyptiennes, disent les autorités. "Les activistes paient pour ces armes qu'ils financent notamment en s'attaquant aux fourgons blindés qui assurent la liaison entre Le Caire et les banques d'Alexandrie et Charm al Cheikh", dit le responsable de la sécurité nationale. LIENS IDÉOLOGIQUES Les responsables de la sécurité égyptienne estiment qu'il y a des liens entre les islamistes de Libye et d'Egypte et l'Etat islamique, qui contrôle de larges pans des territoires syrien et irakien. Selon eux, les activistes égyptiens basés en Libye rêvent de créer un califat du style Etat islamique dans leur propre pays. Un commandant d'Ansar a dit à Reuters le mois dernier que l'EI entraînait son groupe pour créer des cellules clandestines. "Il y a une relation entre les activistes de Libye, l'Etat islamique et les activistes dans le Sinaï. Ils ont des liens idéologiques et disent qu'ils sont ensemble", déclare le responsable du renseignement. Dans le contexte de montée en puissance de l'influence de l'EI au sein des groupes islamistes d'Afrique du Nord, l'Algérie, où les "Soldats du Califat" ont enlevé et assassiné le Français Hervé Gourdel, a elle aussi proposé d'entraîner les forces libyennes. La police algérienne prévoit d'assurer l'entraînement d'un premier groupe de 60 Libyens tandis que la gendarmerie algérienne participe elle aussi à l'entraînement des forces de sécurité libyennes, a-t-on déclaré à Reuters. Mais le programme connaît quelques difficultés en raison du manque d'interlocuteur en Libye, poursuit-on. Pour les autorités algériennes, seule une solution politique - l'Algérie a proposé d'accueillir une conférence de réconciliation - permettra de parvenir à stabiliser la Libye. (Le journaliste de Reuters auteur de cette dépêche reste anonyme pour des raisons de sécurité; Danielle Rouquié pour le service français, avec Lamine Chikhi à Alger et Ulf Laessing à Tobrouk; édité par Henri-Pierre André)

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