L'Egypte, divisée, vote sur une nouvelle Constitution

le
0
LES ÉGYPTIENS AUX URNES
LES ÉGYPTIENS AUX URNES

par Tamim Elyan et Marwa Awad

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens ont afflué samedi dans les bureaux de vote pour le référendum sur un projet de Constitution vivement dénoncé par l'opposition, qui accuse les islamistes de vouloir imposer un carcan religieux au pays près de deux ans après la chute d'Hosni Moubarak.

Après les violences de la semaine dernière, qui ont fait huit morts devant le palais présidentiel au Caire, le scrutin s'est déroulé dans le calme.

Des groupes de défense des droits de l'homme ont fait état de quelques irrégularités mais rien d'assez grave pour remettre en cause la validité du vote, selon Gamal Eïd, responsable de l'Arab Network for Human Rights Information, une organisation qui surveille le bon déroulement des opérations.

En raison de l'affluence, les opérations de vote ont été prolongées par deux fois, et doivent désormais s'achever à 23h00 locales (21h00 GMT). Si cela ne suffit pas, les bureaux pourraient même rouvrir dimanche, a dit un responsable de la commission chargée de superviser le scrutin.

Le vote des Egyptiens installés à l'étranger, qui a débuté mercredi, a été étendu jusqu'à lundi, rapporte l'agence de presse Mena.

Une grande partie des juges ayant refusé de superviser les opérations de vote, ce référendum se déroule en deux temps, avec un deuxième jour de scrutin prévu samedi prochain dans d'autres régions du pays.

La première phase, ce samedi, concerne 26 des 51 millions d'électeurs.

Le président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, a été parmi les premiers à voter. Des images le montrant trempant son doigt dans l'encre, une procédure destinée à éviter qu'une même personne ne vote plusieurs fois, ont été diffusées à la télévision.

Le Front de salut national (FSN), principale coalition de l'opposition qui n'a pu empêcher la tenue de cette consultation mais a tout de même obtenu du chef de l'Etat le retrait d'un décret lui accordant provisoirement des pouvoirs étendus, a appelé à voter "non".

"L'adoption d'un projet de Constitution qui divise et qui viole les libertés et valeurs universelles est un moyen infaillible d'institutionnaliser l'instabilité et le trouble", écrit samedi l'opposant politique et prix Nobel de la paix, Mohamed ElBaradeï, sur son compte Twitter.

LES FRÈRES MUSULMANS CONFIANTS

Devant les bureaux de vote se trouvaient partisans et opposants du projet de Constitution.

"Les cheikhs nous ont dit de voter 'oui'. Et j'ai lu la Constitution et elle me plaît", dit Adel Imam, un homme de 53 ans patientant dans la file d'attente d'un bureau de la banlieue du Caire. "Les pouvoirs du président sont moins importants qu'auparavant. Il ne peut être un dictateur."

"J'ai voté 'oui' pour la stabilité, déclare de son côté Ahmed Abou Rabu, un commerçant de 39 ans. Je ne peux pas dire que tous les articles de la Constitution soient parfaits mais je vote pour aller de l'avant. Je ne veux pas que les Egyptiens tournent en rond, perdus à jamais dans cette transition."

Les chrétiens, qui représentent environ 10% des 83 millions d'Egyptiens, craignent de leur côté que les islamistes, longtemps réprimés sous le régime de Hosni Moubarak, ne rognent sur les libertés.

"J'ai voté 'non' par devoir patriotique. La Constitution ne représente pas tous les Egyptiens", explique Michael Nour, enseignant chrétien de 45 ans à Alexandrie.

Les Frères musulmans semblent confiants dans l'adoption de cette nouvelle Constitution. Bien que n'étant pas à l'origine de la révolution ayant abouti au renversement d'Hosni Moubarak, ils ont remporté tous les scrutins organisés depuis lors, grâce à leur forte implantation dans tout le pays.

La confrérie semble en outre miser sur la lassitude de la population face au chaos politique et économique persistant.

Coalition hétéroclite de libéraux, de laïcs, de chrétiens ou encore de partisans de l'ancien régime, l'opposition accuse les Frères musulmans de vouloir passer en force sur un texte élaboré par une assemblée dominée par les islamistes.

Si le texte est approuvé, des élections législatives devraient être organisées dans le courant de l'année 2013 pour former un nouveau parlement.

Les résultats officiels du référendum seront annoncés uniquement après le deuxième jour de vote mais des tendances devraient rapidement émerger après ce samedi.

Avec Ahmed Fahm, Tamim Elyan, Marwa Awad au Caire et Abdel rahman Youssef à Alexandrie; Bertrand Boucey, Agathe Machecourt et Guy Kerivel pour le service français, édité par Henri-Pierre André

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant