L'Egypte devrait connaître dimanche son nouveau président

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L'Egypte devrait connaître dimanche son nouveau président
L'Egypte devrait connaître dimanche son nouveau président

par Tamim Elyan et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens devraient connaître dimanche le nom de leur nouveau président, le premier qu'ils auront choisi par eux-mêmes et qui sera soit un islamiste du mouvement des Frères musulmans, soit de nouveau un militaire.

Les résultats du second tour de l'élection présidentielle qui opposait le week-end dernier le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, à Ahmed Chafik, dernier chef de gouvernement de l'ex-président Hosni Moubarak, seront annoncés dimanche après-midi, a dit samedi à Reuters le secrétaire général de la commission de supervision du scrutin.

La conférence de presse pour annoncer le résultat se tiendra à 15h00 (13h00 GMT), a précisé Hatem Bagato.

Les résultats, qui devaient être publiés jeudi dernier, ont été retardés par l'examen de nombreux recours.

Les deux candidats ont chacun déjà annoncé leur victoire.

Les Frères musulmans, interdits mais tolérés sous Hosni Moubarak, et l'armée se livrent depuis des décennies une lutte d'influence pour le contrôle, même informel, de la société égyptienne.

Mohamed Morsi et Ahmed Chafik ont pourtant réuni à eux deux moins de la moitié des suffrages au premier tour de la présidentielle et de nombreux Egyptiens, notamment les jeunes révolutionnaires et les libéraux, rejettent aussi bien les islamistes que les héritiers de l'ancien régime.

Les partisans de Mohamed Morsi, sûrs de leur victoire, sont rassemblés place Tahrir au Caire jour et nuit depuis l'appel lancé cette semaine par leurs dirigeants aux militaires pour qu'ils annulent les décrets visant notamment à réduire les pouvoirs du président.

Ils étaient plusieurs centaines samedi matin place Tahrir à scander : "la victoire à Morsi" et "Morsi, Morsi ! Dieu est le plus grand !", avant l'annonce de la date de publication des résultats.

L'ambiance qui règne place Tahrir anticipe ce qui pourrait être l'un des événements les plus importants au Proche-Orient depuis des décennies : l'arrivée au pouvoir d'un président islamiste dans le pays arabe le plus peuplé.

"Nous voulons que le conseil militaire annonce les vrais résultats sans falsification", lance Hassan Eissa, un comptable de 43 ans en train de manifester sur la place.

CRÉATION D'UN "FRONT CIVIL"

Une victoire de Mohamed Morsi ravira les tenants d'un Etat islamiste mais d'autres, et notamment beaucoup de ceux qui ont manifesté sur la place Tahrir pour mettre fin à la dictature, s'inquiètent des répercussions de ce nouveau leadership islamiste sur les minorités, les femmes, les partisans de la laïcité, et sur les relations de l'Egypte avec l'Occident.

Samedi, des libéraux et des groupes de gauche ont annoncé la formation d'un "front civil" qui regrouperait ceux qui ne veulent ni d'un président militaire, ni d'un Etat islamiste.

Le réformiste Mohamed ElBaradeï, prix Nobel de la paix 2005, a dit avoir été en contact avec les militaires et avec le camp de Mohamed Morsi pour éviter une épreuve de force. Mais l'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a aussi fait part de son inquiétude dans le cas où Ahmed Chafik serait déclaré vainqueur. "Nous sommes partis pour beaucoup d'instabilité et de violence (...) un soulèvement majeur", a-t-il déclaré selon le site internet de CNN.

Les négociations en cours entre l'armée et les Frères musulmans semblent toutefois prendre pour hypothèse une victoire de Mohamed Morsi. De sources militaires et proches de la commission électorale, on a constamment déclaré à Reuters depuis le vote que le candidat islamiste était en tête du comptage des voix.

Des membres importants des Frères musulmans et du Conseil supérieur des forces armées (CSFA), l'organe créé par les généraux après la mise à l'écart d'Hosni Moubarak, ont déclaré à Reuters que plusieurs rencontres avaient eu lieu au cours de la semaine écoulée.

Membre du CSFA, le général Mamdouh Chahine a confirmé l'existence de ces rendez-vous. Il a réitéré l'engagement de l'armée, qui a fourni tous ses présidents à l'Egypte depuis 1952, en faveur d'une transition démocratique mais a rejeté la demande des Frères musulmans d'abrogation du décret.

Toutefois l'armée a bien fait comprendre à ses interlocuteurs qu'elle ne reviendrait pas sur ce que certains ont appelé un coup d'Etat en douceur.

Elle ne reviendra ni sur la dissolution du Parlement élu au cours de l'hiver et dominé par les Frères, ni sur le décret constitutionnel publié le 17 juin lui conférant des pouvoirs législatifs dans l'attente de l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution et qui amoindrit ceux du futur président.

Avec Marwa Awad; Bertrand Boucey, Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français

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