L'Egypte devrait connaître dimanche son nouveau président

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L'Egypte devrait connaître dimanche son nouveau président
L'Egypte devrait connaître dimanche son nouveau président

par Tamim Elyan et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens devraient connaître dimanche le nom de leur nouveau président, le premier qu'ils auront choisi par eux-mêmes et qui sera soit un islamiste du mouvement des Frères musulmans, soit à nouveau un militaire.

Les résultats du second tour de l'élection présidentielle qui opposait le week-end dernier le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, à Ahmed Chafik, dernier chef de gouvernement de l'ex-président Hosni Moubarak, seront annoncés dimanche après-midi, a dit samedi à Reuters le secrétaire général de la commission de supervision du scrutin.

"La conférence de presse pour annoncer le résultat de l'élection présidentielle se tiendra à 15h00 (13h00 GMT) le 24 juin", a déclaré Hatem Bagato.

Les résultats, attendus normalement jeudi dernier, ont été retardés par l'examen de nombreux recours.

Les deux candidats ont chacun déjà annoncé leur victoire.

Les Frères musulmans, interdits mais tolérés sous Hosni Moubarak, et l'armée se livrent depuis des décennies une lutte d'influence pour le contrôle, même informel, de la société égyptienne.

Mohamed Morsi et Ahmed Chafik ont pourtant réuni à eux deux moins de la moitié des suffrages au premier tour de la présidentielle et de nombreux Egyptiens, notamment les jeunes révolutionnaires et les libéraux, rejettent aussi bien les islamistes que les héritiers de l'ancien régime.

Les partisans de Morsi, sûrs de leur victoire, sont rassemblés place Tahrir au Caire jour et nuit depuis l'appel lancé cette semaine par leurs dirigeants aux militaires pour qu'ils annulent les décrets visant notamment à réduire les pouvoirs du président.

Ils étaient plusieurs centaines samedi matin place Tahrir à scander : "la victoire à Morsi" et "Morsi, Morsi ! Dieu est le plus grand !"

NÉGOCIATIONS EN COULISSE

Parallèlement à la guerre des mots, de discrètes négociations se sont engagées en coulisse entre les généraux et les Frères musulmans.

Des membres importants des Frères musulmans et du Conseil supérieur des forces armées (CSFA), l'organe créé par les généraux après la mise à l'écart d'Hosni Moubarak, ont déclaré à Reuters que plusieurs rencontres avaient eu lieu au cours de la semaine écoulée.

Toutefois l'armée a bien fait comprendre à ses interlocuteurs qu'elle ne reviendrait pas sur ce que certains ont appelé un coup d'Etat en douceur.

Elle ne reviendra ni sur la dissolution du Parlement élu au cours de l'hiver et dominé par les Frères, ni sur le décret constitutionnel publié le 17 juin lui conférant des pouvoirs législatifs dans l'attente de l'entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution et qui amoindrit ceux du futur président.

Membre du CSFA, le général Mamdouh Chahine a confirmé l'existence de ces rendez-vous. Il a réitéré l'engagement de l'armée, qui a fourni tous ses présidents à l'Egypte depuis 1952, en faveur de la transition démocratique mais a rejeté la demande des Frères musulmans d'abrogation du décret.

"Le décret constitutionnel relève de l'autorité exclusive du conseil militaire", a déclaré Mamdouh Chahine à Reuters.

Dans les deux camps, comme parmi les responsables chargés du processus électoral, on affirme que le nom du vainqueur de l'élection présidentielle ne constitue pas un enjeu de ces discussions. Le report de l'annonce est seulement dû au nombre élevé de recours déposés de part et d'autre.

ÉQUILIBRE

Un responsable impliqué dans la supervision de la collecte des résultats, mais non membre de la commission électorale, a déclaré que ce report offrait tout de même aux deux camps du temps pour négocier.

"Il y a assurément la procédure consistant à collecter les suffrages avant d'annoncer les résultats", a dit ce responsable vendredi à Reuters. "Mais il y a aussi la politique en coulisse", qui permet aux deux camps de se jauger.

"Les Frères peuvent faire descendre dans les rues des millions de partisans disciplinés tandis que l'armée a pour mandat de garantir d'ordre."

Les négociations en cours entre l'armée et les Frères musulmans semblent toutefois prendre pour hypothèse une victoire de Mohamed Morsi. De sources militaires et proches de la commission électorale, on a constamment déclaré à Reuters depuis le vote que le candidat islamiste était en tête du comptage des voix.

Les discussions entre Frères et généraux portent essentiellement sur les limites que souhaite imposer l'armée aux prérogatives des différentes composantes de l'Etat dans la future Constitution.

Mamdouh Chahine, l'un des généraux les plus impliqués dans l'élaboration des lois provisoires, dit vouloir "garantir un processus politique équilibré".

En privé, un autre membre du CSFA exprime l'inquiétude des généraux face à des "civils inexpérimentés qui conduiraient l'Etat dans la mauvaise direction".

Cet argument irrite Khaïrat al Chater, qui fut initialement le candidat des Frères musulmans à la présidentielle avant de voir sa candidature invalidée: "Ils nous rencontrent, nous et d'autres. Ils disent ce qu'ils veulent bien dire. Ils écoutent un peu. Mais au bout du compte, ils font ce que bon leur semble."

Avec Marwa Awad; Bertrand Boucey, Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français

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