L'Egypte aux urnes, Abdel Fattah al Sissi grandissime favori

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L'EGYPTE AUX URNES, L'EXPLOSION D'UNE BOMBE DÉMENTIE
L'EGYPTE AUX URNES, L'EXPLOSION D'UNE BOMBE DÉMENTIE

par Tom Perry et Yasmine Saleh

LE CAIRE (Reuters) - Les Égyptiens ont commencé à voter lundi pour élire un nouveau président, scrutin qui devrait asseoir le pouvoir du maréchal Abdel Fattah al Sissi, l'ancien chef de l'armée à l'origine de la destitution en juillet dernier de l'islamiste Mohamed Morsi, premier chef de l'Etat élu démocratiquement en Egypte.

Plus de trois ans après la chute d'Hosni Moubarak, cette élection présidentielle marquera selon toute vraisemblance le retour d'un régime personnalisé autour d'un "homme fort", comme ce fut le cas entre la fin de la monarchie, il y a plus de soixante ans, et la "révolution du Nil" de janvier-février 2011.

Le scrutin a débuté à 09h00 (06h00 GMT) dans des bureaux de vote placés sous la surveillance de militaires cagoulés et armés de fusils d'assaut. Il doit s'étaler jusqu'à mardi.

Sissi n'a qu'un seul adversaire dans les urnes: le dirigeant de gauche Hamdine Sabahi, chef d'une coalition baptisée "Courant populaire" et "troisième homme" de la présidentielle en 2012, qui avait vu la victoire de Mohamed Morsi.

"L'Egypte aime les hommes forts", a déclaré en brandissant son poing un électeur âgé de 64 ans, Saber Habib, devant un bureau de vote de Suez, à l'est du Caire. "Nous voulons que le pays avance, que les gens aient du pain."

Les Frères musulmans, classés depuis décembre comme organisation terroriste et cibles d'une répression implacable depuis la destitution de Mohamed Morsi en juillet 2013, ont déclaré dans un communiqué que leur appel au boycottage du vote avait été largement entendu. Le ministère de l'Intérieur a fait état d'un bon taux de participation.

Le ministère a également démenti qu'une bombe ait explosé devant un bureau de vote quelques instants après le début de l'élection présidentielle, expliquant que l'explosion entendue par des témoins venait d'un moteur de voiture défectueux.

"ECRIRE L'HISTOIRE"

Onze partisans des Frères musulmans ont été arrêtés alors qu'ils manifestaient à Alexandrie, la deuxième ville d'Egypte, ont déclaré des responsables de la sécurité.

L'état-major de campagne de Hamdine Sabahi a dénoncé des "violations systématiques" du droit de vote commises par la police et l'armée.

Abdel Fattah al Sissi a voté au Caire, où ses partisans l'ont accueilli aux cris de "Président! Président!".

"Aujourd'hui, les Égyptiens vont écrire leur histoire", a déclaré le maréchal, qui espère un taux de participation élevé pour légitimer son mandat.

L'élection est le septième vote en Egypte depuis la "révolution du Nil" qui a mis fin au règne de Moubarak mais trois ans après les événements, beaucoup d'Égyptiens estiment que la stabilité passe avant les réformes démocratiques.

Le maréchal a remporté 95% des suffrages exprimés par avance par les Égyptiens de l'étranger, mais une étude de l'institut Pew Research Center brosse un portrait plus nuancé. Selon cette enquête, 54% des Égyptiens voient Sissi d'un oeil favorable, mais ils sont 45% à penser l'inverse.

Dans une file d'attente du Caire réservée aux hommes, un seul électeur sur une cinquantaine déclare qu'il votera Sabahi, "parce que l'Egypte a besoin d'un président civil pour bâtir une société démocratique comme dans les autres pays".

L'élection est surveillée par des observateurs de l'Unino européenne et d'une organisation financée par les Etats-Unis, Democracy International. Plus de 400.000 membres des forces de sécurité ont été déployés dans le pays pour protéger les bureaux de vote.

(Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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