L'édito : « Pour conserver notre AAA : de la rigueur pour l'interne, de la dévaluation pour l'externe » (Nicolas Bouzou)

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Réduire l'endettement public est indispensable à condition que le niveau de l'euro ne vienne pas casser la croissance qu'il faut aller chercher à l'extérieur de l'UE estime Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

La dégradation de la note de la France n'est peut-être pas d'actualité à très court terme. Aucune des trois grandes agences de notation occidentales n'a pour l'heure émis de critique forte sur la gestion de la dette publique en France (seule l'agence chinoise Dagon l'a fait). La question ne se pose donc qu'à moyen terme là où, presque par définition, tout est possible.

Mais le long terme se traite dès maintenant. Car ce sont nos déficits d'aujourd'hui qui font la dette de demain. Or, la France va terminer l'année avec un déficit public de l'ordre de 6% de son PIB. Le gouvernement vise 4,5% l'année prochaine. 1,5 point de baisse, c'est à la fois nécessaire et gigantesque.

Alors que faire ? La réponse est intellectuellement simple : augmenter nos recettes et diminuer nos dépenses. Mais, en étant plus concret, la question devient complexe. Car les recettes constituent le produit du taux de prélèvements obligatoires et de la croissance économique. Mais en augmentant sans discernement les impôts, on fait courir un risque à cette croissance, et donc aux recettes fiscales ! C'est pourquoi il faudrait, dès le budget 2012, une augmentation homéopathique, de quelques dixièmes de points, de nos deux impôts à très large base : la TVA et la CSG. Mais on ne peut guère faire plus. Supprimons quelques niches fiscales également, mais sans casser l'emploi.

Concernant les dépenses, les marges de manoeuvre sont plus importantes. Ce qui augmente le plus, et ce que nous contrôlons le moins, ce sont les dépenses sociales, c'est-à-dire essentiellement les retraites et la santé. L'âge légal de départ en retraite doit être rapidement allongé à 65 ans. La réforme du système de santé sera quant à elle longue et complexe et il faudra dissocier enfin ce qui relève de la solidarité (financé par l'impôt) de ce qui relève de l'assurance (couvert, donc, par l'assurance, publique ou non).

Enfin, la France, comme les autres pays de la zone euro, a besoin de croissance. Il est impératif d'aller cherchez à l'extérieur ce que nous n'aurons plus à l'intérieur, faute de quoi, le chômage augmentera et le risque social avec. C'est pourquoi je milite pour que les gouvernements français, espagnol et italien travaillent dans le cadre de l'Ecofin sur une proposition d'intervention de la BCE sur le marché des changes pour déprécier l'euro par rapport au dollar. C'est juridiquement et techniquement possible, mais les obstacles sont politiques. Une alliance franco-italo-espagnole sur ce sujet aurait certainement du poids et permettrait peut-être de convaincre les Allemands. Faire de la rigueur avec une monnaie surévaluée est simplement économiquement suicidaire.

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