L'édito : "L'abondance de liquidités dans le monde va t-elle susciter l'apparition de nouvelles bulles" (Bertrand Jacquillat)

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Pour Bertrand Jacquillat, président d'Associés en Finance et professeur à Sciences Po Paris, les conditions à l'apparition d'une nouvelle bulle sur les marchés ne sont pas réunies.

C'est ce que proclament les Cassandre de la prévision économique. La crise économique et financière serait loin d'être finie et le rallye général qui s'est manifesté depuis mars 2009 sur tous les marchés d'actifs serait allé trop vite et trop loin : les prix du pétrole et de l'énergie ont doublé, les marchés d'actions US et zone euro ont progressé de 50%, l'or est au plus haut, etc. Ce retournement du sentiment des investisseurs est particulièrement manifeste sur les émergents, les matières premières et les obligations.

Effectivement la liquidité est abondante, alimentée par la politique américaine de taux d'intérêt zéro, les méthodes peu orthodoxes des banques centrales pour fournir des liquidités et la faiblesse du dollar.

Ceci donne lieu à des opérations dites de « carry trade », massives, consistant à emprunter en dollars à taux quasi zéro pour investir dans des actifs plus risqués offrant davantage de rendement. Le renversement de ces « carry trade » (avec un dollar qui pourrait stopper sa chute et remonter) provoquerait certainement des remous sur les marchés.

Mais pour autant est ce que des bulles se sont déjà formées ou risquent d'apparaître ? Non à notre avis. En effet, pour qu'il y ait bulle il faut que deux conditions soient remplies :
- que les prix des actifs soient déconnectés de leur valeur, et dans le cas présents, soient nettement supérieurs à celles-ci ;
- que l'aversion au risque ait pratiquement disparu, c'est-à-dire que la cupidité se soit substituée à la peur.

On n'en est pas là !

Sur le premier point, rappelons que le prix du pétrole est encore de 50% inférieur à son plus haut d'août 2008, et les niveaux d'indices des actions de la zone euro ou américain, malgré leur récent rebond, ne sont qu'à 50% à 70% de ce qu'ils étaient il y a presque 10 ans. Par ailleurs, les cours des actifs financiers ne font actuellement que refléter le scénario de croissance molle que certains prédisent pour les dix prochaines années. Et les mêmes Cassandre évoqués plus haut reconnaissent que les prix des actifs financiers devraient progresser avec l'amélioration de l'activité économique dans le monde.

Sur le deuxième point, certes l'aversion au risque s'est beaucoup contractée. Mais ce n'est pas la manifestation d'une bulle puisqu'elle avait crevé tous les plafonds il y a un an seulement. Et ce n'est même pas encore un retour à la normale : l'aversion au risque est encore aujourd'hui élevée si l'on en juge par les niveaux des spreads de crédit, la prime de risque des acteurs de la zone euro ou encore les indices de volatilité. Elle est loin d'avoir rejoint ses niveaux d'il y a deux ans.

Bref, il y a un paradoxe : les liquidités sont abondantes, mais à part peut-être dans les émergents, aucune des conditions à la manifestation d'une bulle ne semblent être réunies. L'explication de cette contradiction réside sans doute dans les anticipations des restrictions à venir des politiques monétaires.

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