L'édito du lundi : Reprise - la route est escarpée et la pente sera faible

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Cette semaine, Nicolas Bouzou, directeur général d'Asterès, revient sur les perspectives de reprise des deux côtés de l'Atlantique et des conséquences à plus long terme des politiques de relance.

Depuis quelques jours, la thématique de la reprise est venue sur le devant de la scène. Alors qu'il y a encore un mois, la question communément posée était « Comment en est-on arrivé là ? », on se demande de plus en plus aujourd'hui « A quoi ressemblera l'économie après la crise ? ». Cet optimisme dans les anticipations est fondé sur un certain nombre de données objectives : les mises en chantier de logements aux Etats-Unis semblent avoir touché un point bas, les cours des matières premières et du fret maritime ne chutent plus, le multiplicateur bancaire fonctionne de nouveau. Néanmoins, la plupart des pays du monde demeurent encore dans un contexte fortement récessionniste.

Supposons toutefois que nos économies soient sur le point de s'engager sur une trajectoire de reprise (pour être tout à fait précis, la croissance du PIB pourrait repasser en territoire nettement positif aux Etats-Unis dès le quatrième trimestre 2009, et dans la zone euro au début du second semestre 2010). La récession dans laquelle nous sommes encore plongés a été traitée par des politiques keynésiennes incroyablement expansionnistes : déficits budgétaires colossaux essentiellement via des augmentations de dépenses publiques (on évite ainsi que des allègements fiscaux ne se transforment en épargne supplémentaire) et politiques monétaires résolument anti-déflationnistes (explosion de la base monétaire des banques centrales, et donc, chute des taux d'intérêt à court terme). Pour l'essentiel, ces politiques ont bien fonctionné. Le risque déflationniste est désormais très faible, et la demande publique s'est substituée de façon relativement efficace à la demande privée.

Pourtant, la question la plus inquiétante n'est pas tant « à quoi ressemblerons-nous après ? » que « comment va se passer la reprise ?». En effet, ces politiques économiques ne sont pas gratuites. L'explosion des déficits publics pose de vraies questions en termes de soutenabilité des finances publiques, questions déjà reflétées dans les taux obligataires (les taux à 10 ans français sont supérieurs aux taux allemands, les taux espagnols sont supérieurs aux taux français, les taux grecs sont supérieurs aux taux espagnols...). A quel moment les Etats vont-ils augmenter les impôts et/ou diminuer la dépense publique, pesant ainsi sur la demande globale ? Plus épineuse encore est la question de la politique monétaire. Prenons la Fed par exemple, qui a plus que doublé la taille de son bilan, rachetant tout un tas d'actifs pour émettre de la monnaie en contrepartie. Si l'on veut éviter l'enchaînement risque inflationniste -> hausse des taux longs, la Fed devra rapidement inverser la vapeur, en revendant ces mêmes actifs. Mais à quel moment ? Si elle le fait trop tôt, elle risque de refaire chuter les marchés actions et de faire retomber le PIB. Si elle le fait trop tard, de nouvelles bulles (sur les marchés de matières premières voire sur les marchés actions) pourront se reformer tranquillement, nous ramenant moins de 10 ans en arrière, lorsque la Fed, au sortir de la crise du début des années 2000, avait oublié de resserrer sa politique monétaire, mettant en place les conditions du désastre que nous venons de connaître. Autrement dit, le temps de la reprise va peut-être bientôt venir, mais le chemin à parcourir est extraordinairement chaotique, et semé de multiples embûches.




Les dialogues en direct de Boursorama

Mercredi 22 avril à 17h

Nous recevrons Matthieu Pigasse, vice-président de la banque d'affaires Lazard et auteur avec Gilles Finchelstein, le directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, du "Monde d'après - Une crise sans précédent" chez Plon.
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