L'édito de Philippe Waechter (Natixis AM) : Trois rapports sur l'économie française...

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Le rapport Gallois, celui du FMI et le dossier de The Economist dénoncent les dysfonctionnement de l’économie française. Sans proposer les mêmes remèdes explique Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM.

En l'espace de deux semaines, trois rapports ont été publiés sur l'économie française. Le rapport Gallois et celui du FMI le 5 novembre, le dossier de The Economist dans le numéro du 16 novembre. Tirer la sonnette d'alarme est le point commun aux trois productions. Le thème est alors : comment remettre la France sur de bons rails pour lui permettre de retrouver de la croissance, de l'emploi et un rôle majeur dans la construction européenne.

La comparaison des trois rapports est intéressante...

Le rapport Gallois a une approche très industrielle et donne à penser que l'on pourra remettre au gout du jour les recettes du passé pour retrouver un lustre. Il imagine ainsi la création d'un Commissariat à la Prospective (proposition 3) qui ressemble diablement au Commissariat Général du Plan.

Le rapport Gallois est un rapport qui, dans la lignée française dont se moque un peu The Economist, considère que le retour vers une dynamique de croissance plus vertueuse passe forcément par un rôle accru et renouvelé de l'Etat que ce soit par la sanctuarisation du budget de la recherche publique ou par le rôle majeur de la Banque Publique d'Investissement. En d'autres termes, on retourne implicitement à une politique de grands travaux qui ont abouti au TGV, au Minitel mais aussi au Concorde et au Plan Calcul. Comme il faut donner un coup de fouet à l'activité la baisse des charges des entreprises doit permettre d'améliorer les marges des entreprises et éventuellement leur permettre de retrouver une trajectoire plus robuste et plus productive. C'est un moyen de modifier la structure de coût du système mais pas son niveau de coût. Cela n'accroit pas nécessairement son efficacité si aucune réforme visant à améliorer la productivité de l'ensemble n'est mise en oeuvre. S'il est perçu que les coûts sont trop élevés au sein de l'économie, les transférer à Pierre, Paul ou Jacques ne change rien si l'ensemble du système ne gagne pas en efficacité.

En d'autres termes, selon le rapport Gallois, le système s'est arrêté de fonctionner correctement, il faut donc le relancer et retrouver les recettes qui avaient permis le succès de l'économie française dans les années 60. Rien n'est énoncé dans les 22 propositions sur des dysfonctionnements de marché qu'il serait souhaitable de corriger (c'est évoqué cependant dans le texte). Il y a d'ailleurs une 21ème proposition qui se méfie des décisions européennes concernant la concurrence.

Le rapport du FMI suggère que les coûts de fonctionnement de l'économie française sont trop élevés et qu'il faut trouver un moyen de les réduire. Il insiste beaucoup sur la réforme du marché du travail afin d'aligner le cout du travail sur la productivité mais aussi pour réduire les incertitudes existant sur ce marché tant du côté de l'employeur que de l'employé. Le but de la réforme est de permettre aux entreprises de réagir plus facilement en cas de changement de conjoncture mais tout en simplifiant les procédures pour que le coût de séparation ne soit pas trop élevé améliorant ainsi l'incitation à réembaucher lorsque la conjoncture s'améliore. Cela passe aussi par des politiques actives sur le marché du travail pour améliorer les qualifications de ceux qui se retrouvent sans emploi. La baisse de charges telle qu'elle est envisagée dans le rapport Gallois n'a alors de sens que si elle s'accompagne d'une réforme de fonctionnement du marché du travail.

Le FMI insiste aussi sur la nécessaire amélioration des conditions de la concurrence notamment dans les services afin de gagner en efficacité.

Le rapport de The Economist est moins précis dans les mesures à prendre que le rapport du FMI mais il est plus critique sur la situation actuelle de l'économie française. Il s'interroge sur le niveau des dépenses publiques (57% du PIB), l'accumulation de dette publique alors que le taux de chômage est au-delà de 10%. L'hebdomadaire britannique ne fait pas du changement politique de mai dernier le facteur de la dégradation récente de ces indicateurs même s'il est critique sur les premières mesures prises par le gouvernement Hollande. En effet, il considère que celles-ci ne permettent pas une hausse de l'efficacité de l'économie française (hausse du SMIC, création de la tranche d'imposition à 75%, abaissement sous certaines conditions de l'âge de départ à la retraite). Il considère qu'il faut mettre en place des réformes susceptibles de rendre l'économie française plus efficace sous peine de pénaliser l'Europe et d'être pointée du doigt comme le mauvais élève parmi les grands pays de l'Europe. C'est ce point qui fâche. Que finalement la France parce qu'elle ne fonctionne pas très bien soit potentiellement responsable d'un échec européen. Le rapport de The Economist indique clairement la responsabilité de la France en Europe et la nécessité de celle-ci à mettre en oeuvre une stratégie qui s'inscrive dans la dynamique européenne en ne la freinant pas.


Il y a quelques mois, l'agence de notation Moody's s'interrogeait sur le mode de fonctionnement de l'économie française. Celle-ci avait une dynamique très dépendante de la consommation des ménages. L'agence s'interrogeait sur la façon dont elle allait pouvoir s'adapter dans le cadre d'une économie mondialisée. Elle ne pourrait pas rester durablement accrochée à la consommation comme la bernicle sur son rocher. Celle-ci doit rester importante dans la dynamique conjoncturelle en raison de sa dynamique démographique mais il lui faut prendre en compte un cadre plus large. Cela doit obliger l'économie française à renforcer son efficacité. La France n'a plus une capacité spontanée à tirer l'activité globale vers le haut. Le risque souligné par tous est qu'elle la pénalise.

C'est cette question qui est posée dans ces trois rapports. Le rapport Gallois fait référence aux succès du passé alors que les rapports du FMI et de The Economist s'interrogent davantage sur la façon dont l'économie française va pouvoir retrouver de l'autonomie et de l'efficacité dans une économie globalisée.

Les trois rapports dénoncent des dysfonctionnements forts auxquels il faut pallier. Soit l'on considère que l'Etat est au coeur de la transformation, soit elle n'est qu'un medium dont l'objectif doit être de faciliter l'adaptation de l'économie française dans une économie mondialisée. Dans ce dernier choix, il faut davantage de souplesse et de capacité d'adaptation donc probablement des règles de fonctionnement qui suivront des modes plus concurrentiels afin d'allouer au mieux les ressources de l'économie française.

Dans une économie complexe, The Economist et le FMI considèrent que le marché est le bon outil pour donner le bon signal alors que le rapport Gallois suggère que c'est l'Etat qui oriente et transmet le signal.

Dans cet environnement, les mesures d'allègement de charges prises par le gouvernement Ayrault n'auront d'efficacité à long terme que si cela se traduit aussi par des réformes qui renforcent la capacité d'autonomie et de croissance de l'économie française. Prenons acte des engagements qui ont été pris sur ce point par le gouvernement pour les prochains mois afin d'améliorer à terme les perspectives sur la croissance et l'emploi.


Pour en savoir plus :

- Lire le rapport Gallois

- Lire le rapport du FMI

 

 

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  • kael2348 le lundi 19 nov 2012 à 13:22

    tous avec des compétences qui se recoupent plus ou moins mais avec leurs objectifs proches et qui sont souvent en compétition entre elles...

  • kael2348 le lundi 19 nov 2012 à 13:21

    Un des gros problèmes est le mille-feuille des collectivités locales dont les compétences se recoupent avec des doublons de postes dans tous les sens. Mon père, président d'association dans l'environnement, se retrouve face à une multitude d'interlocuteurs publics assez ubuesque:la Diren (direction régionnale de l'environnement dépendant de l'état) les services environnements de la région, du conseil général, d'une grande communauté de commune et de plusieurs municiaplités la composant...

  • velka le lundi 19 nov 2012 à 13:20

    Il faudrait déjà faire le bon diagnostic. Le contexte privilégié des 50 glorieuses est fini, comme la croissance en Europe, sauf à être performant à l’export. Il y a récession durable si l’on continue ces politiques de rigueur. L'accroissement des inégalités, tue tout espoir de reprise de consommation. La City a tout misé sur du dumping financier. Pari risqué, car il est encore plus facile de délocaliser la finance en Asie, qu’une usine…

  • frgillon le lundi 19 nov 2012 à 12:42

    Bien sûr chacun à sa manière pointe le doigt là où le bas blesse mais à mon avis il manque deux remarques: la fraude et le manque d'autocritique. Les prélèvements obligatoires tellement plus élevés qu'ailleurs laissent penser que les finances publiques sont ponctionnées par des fraudeurs ou des hackers. Par ailleurs les services publics devraient imiter les entreprises privées qui procèdent régulièrement par internet à des enquêtes de staisfaction auprès de leurs clients.

  • gass12 le lundi 19 nov 2012 à 11:33

    bla,bla