L'édito de Philippe Waechter (Natixis AM) : « La zone Euro en plein bouleversement ? »

Boursorama le 12/03/2012 à 10:00
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La zone euro doit poursuivre sa transformation déjà bien entamée depuis le mois de décembre pour continuer à infléchir les affaires du monde explique Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM.

La perception de la situation en zone Euro a, depuis le début de l'année 2012, changé de façon radicale . De l'été 2011 jusqu'à la fin de l'automne, le jeu était de savoir qui serait le plus pessimiste sur l'avenir de la zone monétaire européenne. Toutes les solutions étaient évoquées. De la sortie de la Grèce à l'éclatement de la zone en passant par la mise en place d'une zone à deux vitesses, toutes les solutions ont été envisagées.

Cette vision a changé. Trois ruptures ont eu lieu depuis le mois de décembre. Elles permettent de percevoir la zone Euro sous un angle très différent.

La première rupture est un transfert de risque de grande ampleur. Lors de deux opérations, le 21 décembre et le 29 février, la Banque Centrale Européenne a pris à sa charge une grande partie du risque porté jusqu'alors par le secteur bancaire et financier. Cela a éloigné les incertitudes et réduit de façon très significative le risque de rupture et de faillite sur ce secteur.

La deuxième rupture est institutionnelle et porte deux pans distincts. La signature du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance au sein de l'Union Economique et Monétaire veut garantir que tous les acteurs utiliseront les mêmes règles de fonctionnement, notamment sur la politique budgétaire. Il y a bien sûr des sanctions automatiques pour l'Etat qui ne les respectera pas. C'est une grande différence avec les règles associées au pacte de stabilité et de croissance. L'autre grande nouveauté est la création du Mécanisme Européen de Stabilité qui donne à la zone Euro les moyens d'intervenir en cas de déséquilibre majeur dans l'un des Etats. Ce mécanisme fait jouer la solidarité entre les Etats puisque chacun devra contribuer au financement du MES pour que celui-ci intervienne dans un pays de la zone Pour éviter ce coût il y aura forcément une surveillance accrue des situations de chacun pour éviter l'apparition de déséquilibres non contrôlables.

La troisième rupture s'observe à travers les mesures radicales que les gouvernements italien et espagnol commencent à mettre en oeuvre pour redonner à chacun de ces pays la capacité de retrouver une trajectoire de croissance plus forte.

Ainsi, le risque qui paralysait la dynamique européenne a-t-il été pris en charge et sera réparti dans le temps afin de ne pas contraindre de façon excessive la période de conjoncture fragile traversée actuellement. Les interrogations sur la gouvernance et la capacité de la zone Euro à faire face à ses engagements ont été levées en grande partie, réduisant ainsi l'incertitude sur la construction européenne. Le doute perçu sur la capacité de l'Europe à retrouver de la croissance a trouvé un début de réponse avec les réformes annoncées en Espagne et en Italie. Ne doutons pas que dans d'autres pays des réformes du même ordre se mettent en place pour améliorer les conditions concurrentielles et le fonctionnement du marché du travail.

Ce qui transparait à travers ces trois ruptures est la volonté de donner à la zone Euro une plus grande homogénéité et la capacité à être autonome dans son fonctionnement, première étape vers la création d'une autonomie politique plus grande.

Car c'est bien de cela qu'il doit s'agir. La zone Euro doit se transformer. Dans un monde qui change, si elle veut continuer à infléchir les affaires du monde elle doit montrer son autonomie par des composantes politique et économique robustes. Les ruptures vont dans ce sens. Elle doit cependant montrer encore davantage d'unité et mettre en oeuvre toutes les avancées, acquises, qui facilitent la circulation des personnes, des biens et des capitaux afin d'aboutir à cette construction politique. Le challenge est majeur pour les quelques années à venir. Ce sera le défi à relever par le nouveau président français .

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  • chapeli2 le dimanche 8 avr 2012 à 21:44

    Philippe Waechter, 49 ans, est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management. Auparavant il a été chef économiste chez Natexis Asset Management et à la Bred Banque Populaire. Les thèmes de prédilection de ce diplômé de 3e cycle de l'Université de Paris I sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux

  • anakin56 le mercredi 28 mar 2012 à 08:44

    Philippe Waechter est bien optimiste de penser que la dérégulation du marché du travail permettra à l'Europe de retrouver la croissance. L'exemple de la Grèce, qui n'en finit pas de s'enfoncer dans la récession, témoigne du contraire. En accroissant la précarité et en comprimant les salaires, on tue la consommation et le crédit, pas le contraire. Allez, encore un petit effort, quand ses salaires seront revenus au niveau de ceux de la Chine, l'Europe sera sauvée. Morte mais sauvée.

  • rfce le mardi 13 mar 2012 à 10:56

    Je crois qu'il convient d'être prudent car la France risque d'être très rapidement menacée (Mai 2012)sur sa dette. Que direz vous à ce moment là ?

  • jmfossen le lundi 12 mar 2012 à 14:06

    C'est merveilleux, maintenant que M.WAETCHER a apporté les solutions pour poursuivre l'amélioration de la zone Euro, il va pouvoir se pencher sur sa propre entreprise et nous montrer par sa capacité d'analyse, qu'il est capable de faire remonter le cours de l'action NATIXIS (vers 19,50€) si possible.

  • marshaka le lundi 12 mar 2012 à 13:40

    Oui, elle est belle la rupture, le marché est passé du mode déprime au mode lunettes roses, les riques ne sont plus dans les banques mais la bce c'est à dire nous à travers les Etats, le rupture c'est juste que les banquiers vont toucher leur bonus en fin d'année et que la peuple aura de plus en plus d'impôts à payer

  • M4189758 le lundi 12 mar 2012 à 12:03

    JPi - la dette France en euros est de En 2005 : 1147,6 Mrds soit 66,8% du PIB soit 638 euros par habitant. En 2011 : 1646,1 Mrds soit 84,5% du PIB soit 25175 euros par habitant. (INSEE) Les seuls intérêts de la dette de l'Etat En 2005 représente près de 40 Mrds d'euros de dépenses (source PLF). En 2011 par interpolation près de 57 Mrds de dépenses par an.Nous on commence quand?

  • quigong le lundi 12 mar 2012 à 11:46

    "elle doit montrer son autonomie par des composantes politique et économique robustes."rien que ça ,ça vaut son pesant de cacahuètes...autonomie par rapport à quoi??aux marchés financiers?^^^^par rapport à qui?? aux US?^^^^

  • nervall le lundi 12 mar 2012 à 11:36

    1 euro grec = 1 euro teutonentre tous ces pays membres tout se dilateavec la meme monnaieil est confiant et plein d`espoir ce monsieur....

  • C.LASNIE le lundi 12 mar 2012 à 11:30

    Creux, plein de poncifs et autres bêtises...en accord avec la plupart des commentaires, ce n'est pas avec des gens comme ça que l'on va avancer, c'est même tout le contraire, le MES ce n'est qu'un moyen de socialiser les pertes. Et puis un jour faudra qu'on nous explique la croissance... la croissance de quoi au juste?

  • chatnour le lundi 12 mar 2012 à 11:01

    "une surveillance accruE", "sur la capacité de l'Europe à retrouvER de la croissance" ..., article pertinent peut-être mais truffé de fautes d'orthographe, ce n'est pas acceptable sur de tels sites.