L’édito de Nicolas Bouzou (Asterès): « QE, LTRO etc. : avantages à court terme, coûts à long terme »

Boursorama le 02/03/2012 à 12:40
Les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales permettent de circonscrire l’incendie à court terme mais elles envoient des signaux faussés aux marchés qui se paieront à long terme estime Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, la crise actuelle a très peu à voir avec celle des années 1930. Parmi toutes les différences, le comportement des politiques économiques, restrictives après 1929, incroyablement expansionnistes après 2008, tant du point de vue budgétaire que monétaire. Les banques centrales, qui devraient être en principe des temples de conservatisme, ont beaucoup innové, mettant au point quantitative easing et LTRO (refinancements à long terme des banques). Aux Etats-Unis, mais surtout au Royaume-Uni et encore plus au Japon, les banques centrales monétisent les dettes publiques dans les grandes largeurs. Résultat : les marchés sont inondés de liquidités, qui viennent s’investir là où elles le peuvent : matières premières, immobilier haut de gamme, actifs financiers (obligations publiques bien sûr mais aussi actions d’entreprises...).

Comme toujours en économie, pour juger du bien-fondé de ces politiques, il faut mettre dans la balance les coûts et les avantages, sachant que, comme souvent, les avantages se perçoivent à court terme, alors que les coûts s’exprimeront à long terme (pour les puristes de la politique économique, il faudrait introduire dans le raisonnement un « taux d’actualisation » qui permette de donner un « prix » au temps). Les avantages, on les voit clairement : les Etats peuvent se désendetter en douceur, les marchés ne plongent pas, les banques restent à peu près liquides, en tous cas suffisamment pour continuer leurs activités de base à peu près normalement. Des coûts en revanche on ne parle jamais. Et pourtant ils sont bien réels : trop de liquidité, ce sont des prix d’actifs qui envoient des signaux faussés (exemple : la délirante introduction boursière de Facebook ou la surévaluation de certains marchés immobiliers) et donc des investissements qui ne sont pas forcément au bon endroit (les anglo-saxons parlent de malinvestment). N’oublions pas que la crise de 2008 trouve justement ses racines dans les excès de liquidité hérités de l’ère Greenspan aux Etats-Unis.

L’idée, largement partagée par les acteurs financiers, selon laquelle il faut toujours plus de liquidité, est donc incroyablement dangereuse. Elle traduit l’incapacité du secteur à se projeter dans une logique de moyen et long terme, toujours au profit du court terme.

Nous recommandons

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • m.young le mercredi 2 mar 2012 à 15:01

    suite2) P.S. Votre exemple Twingo vs. Rolls est clair mais simpliste, et ne répond pas à mes questions, dont celle des taux d'imposition qui serait nécessaires pour votre taxe sur la consommation, sachant que la TVA actuelle ne constitue que 15,5% des prélèvements obligatoires en France (source : http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/fileadmin/medias/documents/ressources/PLF2012/RPO2012.pdf - annexe 3)

  • m.young le mercredi 2 mar 2012 à 14:59

    (suite1) Et puis les contrôles aux frontières seront stupéfiants car tout le monde va vouloir acheter des produits "luxueux" et "futiles" à l'étranger ou ils coûteront moitié prix compte tenu de l'énorme taxe sur la consommation que ce principe impose. Avez-vous fait les comptes détaillés ? Enfin pour le bilan écologique d'un produit, vous devez savoir que les plus grands spécialistes ne sont pas d'accord sur les paramètres et les évaluations. Bonjour le lobbying et l'arbitraire !

  • m.young le mercredi 2 mar 2012 à 14:58

    @LERINS : Jolie construction intellectuelle mais gare aux difficultés d'implémentation et effets pervers. "Ne plus imposer la création de richesses mais sa destruction par la consommation. Et ce, d'autant plus que cette consommation est futile, luxueuse et non écologique" - qui évalue la futilité ? Ex. un téléviseur ? Une tablette ? Une automobile pour un habitant de ville ? Une salle de cinéma ? HYPER SUBJECTIF !

  • c.tardo1 le mercredi 2 mar 2012 à 14:32

    Et oui la dette finance la dette pour éviter la catastrophe immédiate.

  • LERINS le mercredi 2 mar 2012 à 14:18

    Pour sortir de la logique de création de monnaie de singe à tout va, il faut réhabiliter l'autofinancement de la croissance. Pour ce faire, il faut adopter le principe fiscal décrit dans le blog intitulé : REMBOURSER LA DETTE PUBLIQUE SANS APPAUVRIR LES CITOYENS.

  • patydoc le mercredi 2 mar 2012 à 14:17

    TIENS LE REVOILA CELUI LA ? IL NA PLUS DE THUNES POUR PARTIR EN VACANCES ? FRANCHEMENT, QU EST CE QUE CA A APPORTE CE GENRE DE BLABLA ? IL FERAIT MIEUX D ALLER EN VACANCES AVEC MATHILDE LEMOINE ET NOUS LAISSER TRANQUILLE

  • M6162927 le mercredi 2 mar 2012 à 14:15

    un peu court surtout

  • odnaz le mercredi 2 mar 2012 à 14:00

    Je vous trouve très durs avec Bouzou et Touati, anormalement durs. Si vous pouviez l'être autant avec nos leaders politiques le monde se porterait p-ê mieux. Car si Bouzou blablate, alors que dire de nos candidats présidents dans les surenchères populistes et ridicules auxquelles ils se livrent devant les caméras. La conclusion de Bouzou leur convient bien : ils surfent sur le CT et se cassent immanquablement le nez (surtout le nôtre) sur le MT et LT.

  • blbryvsg le mercredi 2 mar 2012 à 13:56

    Depuis qu'on m'a glissé dans l'oreille cette phrase pleine de bon sens, je ne les écoute plus guère : "Dieu a inventé les économistes pour que les météorologues aient l'air moins bêtes".

  • kicker le mercredi 2 mar 2012 à 13:51

    En exclusivité je vous livre le prochain édito de Bouzou: la pluie ça mouille et le feu ça brûle.(Mais on vous expliquera pas pourquoi hein !)