L’édito de Nicolas Bouzou : « Ramener la crise des marchés à celle de la zone euro est réducteur »

Boursorama le
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La théorie financière autour du concept de valorisation boursière est sérieusement malmenée. La crise de la dette en zone euro n'est pas seule en cause selon Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

Depuis plusieurs années maintenant, quasiment tous les gérants soulignent ce qu’ils appellent la sous-évaluation des marchés actions. Autrement-dit, la valeur courante des titres serait, selon eux, inférieure à leur valeur fondamentale, c’est-à-dire à la somme des dividendes présents et futurs, évidemment actualisés. D’une certaine façon, c’est l’ensemble de la théorie financière qui est construite sur cette équation, formellement juste. En effet, sur des marchés qui fonctionnent à peu près bien, c’est-à-dire liquides, transparents, sans manipulations importantes, la valeur des titres doit être égale au rendement qu’ils peuvent délivrer dans le futur. On comprend bien que le plus délicat dans cette histoire est d’estimer les perspectives de profits à venir des entreprises. L’affaire n’est pas simple. Elle n’est pas simple en Europe, car la crise des finances publiques couplée à la crise de la gouvernance européenne complique les estimations de profits futurs pour bien des secteurs, la banque en particulier. Combien vaut aujourd’hui une créance sur l’Etat espagnol ? Bien malin qui le sait. Quels impacts ont eu les opérations récentes du type LTRO sur les profits espérés ? Impossible à dire également. Car la BCE a rendu les banques plus liquides mais, en les incitant à « avaler » de la dette souveraine de qualité inégale, elle a aussi dégradé leur solvabilité !

Ceci-dit, abstraction faite de la zone euro, l’évaluation des profits futurs des entreprises est à peine simplifiée. Chacun sent bien que le barycentre du monde se déplace de l’ouest vers l’est, observant un mouvement symétrique de celui observé durant l’ensemble du 19ème siècle. Comment, dans ces conditions, évaluer la valorisation d’un secteur comme celui du transport aérien, pris en étau entre la montée des compagnies des pays émergents (où l’Etat subventionne en outre parfois le carburant) et celle des low cost quasi-apatrides ?

Enfin, l’évaluation des profits est rendue très compliquée par les mutations technologiques, que l’on observe dans de nombreux domaines (nanotechnologies, intelligence artificielle, génétique, biologie moléculaire etc.), mais qui génèrent des phénomènes de destruction créatrice violents, tuant littéralement certaines activités pour en faire émerger d’autres. Le malaise autour de l’introduction en bourse de Facebook vient en partie de là. Et, de ce point de vue, l’histoire des entreprises ne nous est pas d’un grand secours. En période de mutation technologique, les marchés ont une très grande capacité, soit à surestimer largement les profits, soit à ne pas arriver à percevoir une mutation technologique radicale.

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  • M8743521 le lundi 18 juin 2012 à 18:24

    En plus,pour la France,la haine des actionnaires, devenu une doctrine d'état,ne peut que tenir un peu plus ceux-ci à l'écart de l'investissement dans les enreprises et compliquer leur financement.

  • price77 le lundi 18 juin 2012 à 11:00

    oui ... d'accord... mais alors?

  • rj99 le lundi 18 juin 2012 à 10:20

    Et l'euro se porterait bien mieux si on virait la Grèce (Ce qui faciliterait son redressement son agriculture ey son tourisme redeviendraient compétitifs et sa banque centrale lui préterait à 1% etc.)et Si on remplaçait la fichue règle d'or par l'exclusion comme la Grèce de tous les pays laissant filer leur dette de façon excessive (critères =%du PINB + trajectoire prévisible)

  • M5651058 le lundi 18 juin 2012 à 09:34

    L'article est intéressant mais vous oubliez à mon sens un paramètre essentiel à savoir la prime de risque qui est aujourd'hui au maximum et traduit l'absence d'intérêt des investisseurs pour les titres risqués. L'Allemagne emprunte à 0% les dividendes sont au maximum mais personne ne veut entendre parler d'actions.

  • lqueinne le lundi 18 juin 2012 à 09:09

    Cela ne justifie en rien les PER autour de 10 de grandes sociétés relativement à l'abri des mutations technologiques, au moins à moyen terme. Il y a bien une sous-évaluation manifeste, et les "fondamentaux" devraient prendre le dessus. Mais quand ?

  • slecleve le lundi 18 juin 2012 à 08:42

    Et alors ?

  • Kaoklai le lundi 18 juin 2012 à 07:58

    On va rester dans le flou un moment ...

  • berco51 le lundi 18 juin 2012 à 07:43

    Donc?