L'édito de Michel Portier (Agritel) : « La contractualisation passe par une négociation entre les acteurs économiques de la filière ».

Boursorama le 15/10/2012 à 10:00
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Figer les prix des matières premières agricoles n'est pas une réponse à la volatilité forte des prix. La négociation entre les acteurs de la filière doit en revanche permettre d'atténuer à court terme les trop fortes variations explique Michel Portier, directeur général de la société Agritel, société de conseil indépendante experte dans les marchés européens de l’agri-industrie.

Face à la volatilité des prix, les politiques ont une solution miracle : la contractualisation. En effet face à des mouvements de marchés violents, rien de mieux que de figer les prix, selon eux. Pourtant dans un monde en perpétuel mouvement, il est aisé de comprendre que lorsque la demande en produits agricoles est structurellement à la hausse, et que l’offre est aléatoire, la seule variable d’ajustement soit le prix.

Pour figer les prix, il faut être capable d’ajuster l’offre à la demande ou vice versa. Sur des biens matériels comme le parc automobile, il semble relativement aisé de ne produire que ce qui est demandé, ce qui se traduit par la mise en production d’une voiture, que lorsque celle-ci est commandée. A ce titre, il est aisé de constater que chez votre concessionnaire, le bon de commande fait de plus en plus office de bon de mise en production.

Cela ne peut être appliqué aux produits agricoles, puisque l’offre est aléatoire et largement dépendante des facteurs climatiques.

Puisque l’on ne peut ajuster l’offre à la demande, peut-on ajuster la demande à l’offre ? Cela est quasiment impossible sur les biens alimentaires, puisque la fonction de nutrition est vitale, ce quelque soit l’offre. Certains clameront alors que la demande en biocarburants est un facteur d’ajustement entre l’offre et la demande. C’est faire abstraction des investissements nécessaires à la mise en place d’une filière industrielle, celle de l’éthanol. Demander aux Etats-Unis de fermer ou de mettre en sommeil du jour au lendemain plus de 200 usines est utopique. L’autre solution consiste donc à augmenter l’offre. Cela ne peut également se faire du jour au lendemain, puisque les ressources en terres cultivables sont limitées, et que les friches encore disponibles sont par définition moins productives. Les coûts de logistique, à l’image des terres encore disponibles au nord du Brésil, sont élevés et renchérissent les coûts alimentaires.

On comprend dès lors que la volatilité des prix soit directement liée à la volatilité de l’offre, elle même liée à l’augmentation de la fréquence des incidents climatiques. Conséquence de ce déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, les prix fluctuent de manière très importante.

Pour faire face à cette volatilité, les politiques mettent en avant une solution, la contractualisation. Figer les choses n’a jamais permis de résoudre un problème. En effet imaginons un contrat entre un producteur et un acheteur industriel qui fixe un prix sur une durée relativement longue, par exemple un prix du blé compris entre 180 et 200 €/T. Cela peut sembler à un instant T acceptable par les deux contreparties, puisque le plancher de 180 €/t est au dessus du coût de production et que le prix de 200 €/T est acceptable par l’industriel. Que se passe-t-il si le prix de marché descend sur un niveau de 120 €/T ? Le producteur sera satisfait car il aura malgré la crise un prix rémunérateur. L’industriel quant à lui se trouvera, même s’il peut payer plus cher son assurance « input », face à un manque de compétitivité vis-à-vis de ses concurrents. Ces derniers pourraient à terme, si cela perdurait, être beaucoup plus agressifs sur le marché, acquérir des parts de marché, voire être absorbé.

A l’inverse dans le cas où les prix seraient durablement élevés, à 250 €/T, le producteur se déconnecterait du marché et aurait inévitablement à faire face à une augmentation de ses charges, engrais, produits phytosanitaires, matériels, ces coûts étant plus ou moins corrélés aux prix de vente.

On le voit, il est difficile de piloter une entreprise en dehors du contexte de marché. Même les avions ont des ailes semis flexibles. Figez les ailes sur la carlingue et votre avion explosera. Contractualisez de manière rigide vos prix entre acheteurs et vendeurs, et il en sera de même pour votre contractualisation.

Il faut de manière intelligente atténuer les effets court terme d’une volatilité excessive entre acheteurs et vendeurs, tout en restant connecté à la tendance de fond, au trend.

Une contractualisation ne peut se faire par décret, elle ne peut que se bâtir par négociation entre les différents acteurs économiques. Ces derniers devront alors inclure une clause de révision permettant de rester connectés au marché. Le monde évolue et la terre tourne. Il serait utopique de vouloir figer les choses.

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  • M6437502 le lundi 15 oct 2012 à 10:15

    C'est parfaitement logique.Mais le principal problème,ce sont les manipulations faites par les financiers qui utilisent les marchés dérivés pour spéculer.Là pourrait-on trouver un moyen de les contrarier?