L'édito de Marc Touati : "Réforme des retraites en France, de Madoff à l'Arlésienne"

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Les mesures prises par le gouvernement pour réformer les retraites ne seront pas suffisantes. Il faut responsabiliser davantage les Français s'alarme Marc Touati, économiste et président du cabinet ACDEFI.

La scène se passe en février 2009 dans le bureau du juge Denny Chin chargé de l'affaire Madoff : le premier demande au second : « Mais tout de même monsieur Madoff, quelle mouche vous a piqué ? Qui vous a donné l'idée de réaliser une telle carambouille : faire payer les anciens cotisants par les nouveaux arrivants ? » Bernard Madoff reste calme et répond : « C'est très simple, j'ai observé le système de retraite par répartition en France et j'ai fait pareil... » S'il s'agit évidemment d'une blague que l'on raconte sur les marchés financiers depuis le début de la triste affaire du nom du plus grand arnaqueur financier de l'Histoire (du moins, parmi ceux qui se sont fait attraper...), elle prend aujourd'hui une acuité cuisante dans le cadre du retour du débat sur le financement des retraites en France et de l'annonce gouvernementale d'une réforme a minima. Cette question n'est effectivement pas nouvelle puisque le premier livre blanc sur les retraites françaises date de 1974. A l'époque, on comptait 3,14 actifs pour un retraité. Le financement du système de retraite par répartition consistant à faire payer les retraités par les actifs ne posait donc aucun problème. Pourtant, on savait déjà que ce « système Ponzi » finirait forcément par exploser à partir du moment où les effets du baby-boom de l'après-guerre s'inverseraient. « Dans les années 2010 », disait-on à l'époque, et cela paraissait bien loin.

Jusqu'en 2000, une vingtaine de rapports gouvernementaux sur ce sujet furent rédigés, mais avec quasiment les mêmes conséquences, c'est-à-dire le statu quo. Ensuite, il y eut (enfin !) la « loi Fillon » de 2003 et celle de Sarkozy en 2010. Pourtant, alors qu'elles étaient censées régler définitivement le problème, ces deux « réformes » furent hautement insuffisantes. Et ce notamment parce que, pour boucler leur modèle de financement, elles tablaient sur deux hypothèses hasardeuses : une croissance économique de 2 % à 3 % par an et un taux de chômage stabilisé entre 4,5 % et 7 %...

Face à ces carences économiques, le problème du financement de la retraite par répartition n'a donc absolument pas été résolu par ces deux lois. Or, la réalité actuelle est sans appel : on ne recense plus que 1,51 actif pour un retraité. À l'instar du système Madoff qui s'est effondré lorsque les nouveaux cotisants n'étaient plus suffisamment nombreux par rapport aux anciens, le système de retraite par répartition à la française est voué à l'explosion. Souligner une telle réalité ne relève pas de la politique, ni même de l'économie, mais tout simplement de la mathématique. Pourtant, en dépit d'une telle évidence, les dirigeants français continuent de vouloir maintenir le statu quo, à quelques artifices près. Chacun y va de son argument. Pour les uns, la retraite à soixante ans est un acquis social qu'il est impensable de préserver ; pour d'autres il suffit de créer un nouvel impôt pour tout résoudre (encore un...).

Toujours est-il que la réformette annoncée par le gouvernement Ayrault est loin d'assurer le financement des retraites pour les années à venir. En effet, elle se contente d'établir des prévisions de croissance et de chômage irréalistes, avec des colmatages de brèches en tous genres, des saupoudrages de mesurettes et une augmentation des impôts qui pèsera principalement sur les entreprises. Autrement dit, beaucoup de bruit et de marketing pour pas grand-chose et surtout pour beaucoup d'inefficacités.

En d'autres termes, les déficits annuels des retraites prévus par le COR (40 milliards à partir de 2015, 60 milliards à partir de 2020 et 115 milliards en 2050) sont loin d'être des plafonds, constituant au contraire des planchers. En outre, il ne faut pas oublier qu'il s'agit là de déficits annuels qui se cumuleront dans le temps et pourront avoisiner les 2 600 milliards d'ici 2050. Or, la dette publique atteint déjà plus de 1 800 milliards d'euros et va encore augmenter, indépendamment des déficits des retraites.

En fait, pour résoudre définitivement le problème du financement de ces dernières, il faut d'abord restaurer durablement la croissance. Or, pour y arriver, il est indispensable de réduire la pression fiscale qui pèse sur les entreprises et les ménages, tout en diminuant les dépenses publiques de fonctionnement. Parallèlement, la solution devra passer par une plus grande responsabilisation des Français face à leur retraite et par une harmonisation de l'ensemble des systèmes. Ensuite, chacun pourra choisir : partir tard ou tôt à la retraite et, en fonction de son choix, recevoir plus ou moins de pensions. Dans le même temps, il faudra forcément soutenir le système par répartition avec une retraite par capitalisation qui permettra aux retraités de toucher l'ensemble des sommes collectées pendant leur vie active, soit d'un seul coup, soit sous forme de rente.

Les deux mots clés du sauvetage de la retraite française sont donc « responsabilité » et « liberté ». Il n'est plus possible de continuer à entretenir la déresponsabilisation des Français à l'égard de l'économie en général et des systèmes sociaux en particulier, en trouvant constamment des boucs émissaires à nos problèmes, et en défendant qu'il suffit d'augmenter les impôts pour résoudre les questions difficiles. Chaque individu est capable de comprendre que s'il vit plus longtemps (et c'est tant mieux), il doit forcément cotiser plus pour garder le même niveau de prestations retraites qu'avant. En revanche, il doit aussi avoir la certitude que ces cotisations supplémentaires ne serviront pas simplement à entretenir le « mammouth » ou à payer des personnes qui ont beaucoup moins cotisé que lui. Les Allemands, les Belges, les Anglais, les Italiens et beaucoup d'autres à travers le monde l'ont compris, il n'y a pas de raison que les Français n'y parviennent pas.

Malheureusement, comme les pouvoirs publics n'ont pas choisi ce chemin, il faut se préparer à une nouvelle dégradation de la note de la dette publique française dans les prochains mois. D'où une augmentation des taux d'intérêt, impliquant moins de croissance, plus de déficits, plus de trous des retraites et de la sécu. Finalement, la distance entre Paris et Athènes sera subitement raccourcie...

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  • unknown9 le mercredi 4 sept 2013 à 15:02

    avant de se lancer dans ses propres affaires (en faillite d'ailleurs) cet individu était le Chef Economiste de NATEXIS, il a quitté la banque juste avant qu'un trou de +30Mds€ n'apparaisse !!! no comment, les conseilleurs ne sont pas les payeurs...Et merci à BOURSO de censurer, on appelle cela La démocratie

  • titide le mercredi 4 sept 2013 à 15:02

    taxer plus la spéculation financière qui détruit la VRAIE économie,par exmple une taxe de 10% sur toutes les opérations de VAD !!!

  • titide le mercredi 4 sept 2013 à 14:58

    ce Touati est vraiment un économiste de médias avec des propos toujours à coté de la plaque pour faire le buzz !!!

  • titide le mercredi 4 sept 2013 à 14:56

    certaines retraites sont trop importantes;il faut les plafonner à 2500 euros par personne et à 3500 euros pour un couple;çà permet de vivre tres correctement!!!

  • jbany le mercredi 4 sept 2013 à 14:32

    dgui2 Je croyais que l'AV n'était pas fiscalisée. Les pensions de retraites, elles, le sont.

  • M802641 le mercredi 4 sept 2013 à 13:35

    JBANY - il y a un système de retraite par capitalisation en France - le PREFON. C'est pour les fonctionnaires !! En plus, c'est déductible des impôts !!! Un comble !!!! Lire https://www.prefon-retraite.fr/

  • M6606722 le mercredi 4 sept 2013 à 13:32

    Marc Touati a publié le livre "Le retour du plein emploi" en 2000. Je cite : "cet ouvrage présente (...) le processus du retour au plein-emploi dans lequel s'engage notre pays." Sans commentaires.

  • M3155433 le mercredi 4 sept 2013 à 12:35

    apres toutes ces réformettes sans discontinuer , inefficaces, prenantes , lunatiques ,dangereuses, apres tous ces tres nombreux rapports et commissions , La Vraie Réforme serait de réformer le métier de politicien décideur, QUI FAIT TOUT, SAUF SON METIER , sauf le role pour lequel il est là et payé avec largesses(gratuités et indemnités de toutes sortes), QUI EST DE BIEN GERER .

  • T20 le mercredi 4 sept 2013 à 10:52

    Retraite par répartition ? DES NEFLES , OUI!!!!

  • LongR le mercredi 4 sept 2013 à 10:52

    Touati est une nullité en terme de prévisions ( l'or était surrévalué à 1000 $ l'once, le cac allait monter en 2008 au dela de 6000 ..). Mais ici il a raison.