L'édito de Marc Gilson (Fuchs & Associés Finance) : "Chifoumi"

Boursorama le
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Les énormes injections de liquidités par les banques centrales commencent à épuiser leurs possibilités. Du coup, les marchés sont en balance constate Marc Gilson (Fuchs & Associés Finance).

Le sentiment de nombreux intervenants sur les marchés est qu’il n’y a rien à acheter et qu’il est encore trop tôt pour vendre. Les marchés sont en balance, hésitant entre prendre en compte les mauvaises nouvelles ou ignorer les bonnes nouvelles, ou vice versa... Regardez les dernières séances en dents de scie. Le dernier cycle haussier des marchés paraît tout de même bien s’essouffler. Alors qu’on nous dit que l’aversion au risque diminue (VIX), les volumes constatés en bourse sont pourtant en train de baisser. Les mouvements ressemblent à un jeu à somme nulle, comme le fameux chifoumi (l’autre nom de ce jeu à trois coups possibles symbolisés par la main : la pierre bat les ciseaux, les ciseaux battent la feuille, la feuille bat la pierre).

Les taux d’intérêt à 10 ans apparaissent comme le vrai juge de paix des marchés. Et là, il y a un mouvement clairement haussier. Ce revirement traduit une constatation : les politiques d’injection d’énormes quantités de liquidités par les banques centrales américaine et européenne arrivent à leur terme et ont épuisé leurs possibilités. Fin de l’argent facile et des dépôts collatéraux disparates pour les banques, pression pour recevoir de meilleurs rendements. Si les taux remontent ainsi, qu’en sera-t-il pour celui des obligations corporate dont on sait que les spreads sont déjà très faibles : une remontée en parallèle pourrait se produire et remettre en cause les positions sur ce segment du marché obligataire, chaudement recommandé depuis des mois et qui commence à manquer de ‘papiers’?

On tourne un peu en rond, non ? Et certains de se poser la question : les énormes quantités de monnaie qui ont été déversées sur les économies, tétanisées par la crise de l’endettement, auront un jour un impact sur la valeur des monnaies elles-mêmes et sur l’inflation. A la fin, il y a toujours quelqu’un qui paye ! La course aux investissements tangibles (immobilier, vin, bijoux, art, or, etc.) est un signe avant-coureur. Une preuve ? : les médias en font souvent leur une. Gare aux bulles et aux désillusions.

Il est plus que probable que les raisonnements à court-terme redonneront assez rapidement de l’optimisme aux opérateurs. Le bon maintien de l’euro permet d’absorber la hausse du prix du pétrole, par exemple ; ou bien la baisse du prix de l’or est interprétée comme un regain de confiance dans les monnaies fiduciaires et donc dans les Etats ; ou bien la prochaine vague de publication de résultats trimestriels renforcera l’idée que tout va bien pour le grand business ; ou bien les chartistes diront que les lignes de tendances haussières sont maintenues... A chacun sa vision courte, et optimiste. Ce n’est pas vraiment contestable mais on manque singulièrement de vues à long terme consistantes et cohérentes. Et il est bien humain d’occulter les mauvais souvenirs et de penser qu’ils ne se reproduiront pas. Il est surtout bien humain de vouloir encore et toujours gagner: le plus n’est jamais assez. Tant pis pour les conséquences puisque ce sont les autres qui paieront.

Tout au long de l'histoire, les cultures qui ont survécu sont toujours celles qui ont mis l'accent sur la planification à long terme, devançant les crises. Les sociétés ayant échoué sont celles dont les dirigeants se concentraient uniquement sur les questions susceptibles de faire tout sauter en cas de crise dans les prochains 90 jours.

Cloclo le chantait déjà : « Et quand ton souvenir revient me faire souffrir, très vite j'y pense et puis

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  • jevoq le lundi 2 avr 2012 à 11:06

    ____"Ce n’est pas vraiment contestable mais on manque singulièrement de vues à long terme consistantes et cohérentes"___ Et si vous en profitiez pour nous donner la votre, de vision à long terme, Mr "Chifoumi" ??????

  • corwin le lundi 2 avr 2012 à 11:03

    Bon le monsieur nous met en garde contre à peu près tout donc on retire nos billes et on met tout sous le matelas?

  • gennen le lundi 2 avr 2012 à 10:58

    +1

  • rouches le lundi 2 avr 2012 à 10:58

    On pourrait aussi épingler la propension à tellement de financiers à considérer que c'est le marché qui se trompent quand ils se plantent, la remise en question en faisant pas partie de leur vocabulaire.