L'édito de Marc Gilson (Fival) : "Fin d'un épisode mais pas de l'histoire"

le
0
Si les dirigeants de la zone euro ont décidé de frapper fort à Bruxelles, il convient de rester prudent. Les marchés ne pourraient être rassurés que provisoirement estime Marc Gilson, directeur général de Fival.

Le sommet de Bruxelles s'est terminé, comme toujours, par des communiqués et conférences de presse. De nos jours, il faut toujours recevoir une information courte, claire, rapide pour mieux la diffuser. Il est encore trop tôt pour analyser en profondeur les décisions annoncées.

Retenons tout de même que les dirigeants de la zone euro ont décidé de frapper fort avec un sauvetage d'un montant supérieur aux attentes : 158 milliards d'euros ! Et qu'après de nombreuses discussions, il a été décidé de faire 'participer' le secteur bancaire sur une base plus ou moins volontaire. Les marchés semblent, pour le moment, rassurés par les résultats du sommet.

Retenons aussi d'autres changements : la naissance possible d'un fonds monétaire européen, attendu et désiré par beaucoup mais dont nous pensons qu'il devra se mettre en place rapidement et sur des bases différentes de celle du FMI. Il faut arriver à lui donner des moyens d'intervention en liaison avec la BCE (ou un organisme proche) qui aurait, à l'instar de la Federal Reserve ou de la Bank of Japan, un vrai pouvoir d'émission. Le Quantitative Easing à l'européenne en quelque sorte, pour permettre aussi à l'euro de lutter contre la versatilité du dollar en attendant que le yuan rejoigne le club des monnaies de référence.

Le besoin de gouvernance et de convergence économique (pas encore politique) était évident et le couple franco-allemand semble très désireux de donner le ton et d'entraîner les autres pays dans leur sillage. L'euro ne peut se sauver que par plus d'Europe, ou alors il faudra détricoter à grands frais ce véhicule d'intégration et d'unité.

Reste un problème épineux et qui fera couler beaucoup d'encre et de salive : malgré toute l'imagination de 17 membres de la zone euro, le réaménagement de la dette grecque sera-t-il considéré comme un défaut, même qualifié de partiel ou sélectif, et les agences de notations vont-elles agir conformément à leurs déclarations antérieures en dégradant tout ou partie de la dette grecque en lui attribuant le D infâmant ?

Les indications prodiguées par les agences de notations sont un élément important mais pas suffisant pour décider d'acquérir une obligation. Mais pour la grande majorité des intervenants sur le marché, contraints de respecter des normes, des libellés de prospectus, des règles imposées par leurs autorités de tutelle, la note attribuée par les agences est incontournable. Le rebond boursier des derniers jours pourrait n'être qu'un feu de paille si les agences venaient à communiquer dans la précipitation ou sans discernement. Le stress des marchés n'est donc pas terminé.

Les membres de l'euro zone l'ont dit haut et fort : seule la Grèce sera sauvée de pareille manière, tous les autres pays s'engagent à ne pas faire défaut ! Serments d'ivrognes : si la croissance ne vient pas renflouer les caisses ou si la pression sociale empêche de prendre des mesures d'économies, il y aura d'autres Grèce. Et gageons que les analystes du monde entier surveilleront de près l'application des mesures annoncées par les Etats de manière à contrôler que les promesses deviennent réalité.

En résumé : l'incendie est éteint mais le feu couve encore : les pompiers ne doivent pas encore rentrer dans leurs foyers.

Pour que tout se termine en feu d'artifices, il ne manque qu'une bonne nouvelle au tableau : que Républicains et Démocrates s'entendent enfin pour relever (encore!) le plafond de la dette aux USA. A coup sûr, avec les annonces plutôt positives des résultats d'entreprises, on tiendrait là de quoi finir juillet confortablement.

L'anticyclone des Açores finira bien par revenir...

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant