L'édito de Marc Gilson : « Plus je sais ce que je veux, moins je veux ce que je sais (Philippe Geluk) »

Boursorama le
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L'introduction en Bourse de Facebook est l'aboutissement d’une success story qui amène de nombreuses questions. Au fait, Facebook est-elle une entreprise socialement responsable s’interroge Marc Gilson (Fuchs & Associés Finance).

Nous sommes supposés être responsables de nos actes, et bien que l’économie comportementale ait largement démontré que nous ne posons pas systématiquement des actes rationnels, cela ne doit pas nous déresponsabiliser pour autant.

Parlons des actions. Au-delà des analyses chiffrées, des projections de bénéfices futurs ou de parts de marché, il convient aussi de se poser la question de l’impact que peut avoir l’entreprise dont nous achetons un morceau sur notre société ou notre environnement. Les fonds investissant dans les titres ‘socialement responsables’ ont établi de nombreux critères objectifs faciles à contrôler et que vous pouvez aisément trouver. Mais il existe des points de vue bien difficiles à quantifier. Et Facebook en est un exemple.

Cette entreprise, qui a fait d’une idée un vrai produit, est un modèle de réussite pour plusieurs raisons : un focus permanent sur le produit et pas sur le business, un apprentissage raisonné du management et un rejet de tout ce qui n’est pas important pour le produit, une course en avant permanente sans jamais se reposer sur ses lauriers, une gestion des hommes sans état d’âme et un contrôle total sur les capacités techniques, une force d’innovation permanente (le client ne sait pas ce qu’il veut, c’est à l’entreprise de lui dire) et une imperméabilité aux sirènes du capitalisme de base, ce qui a empêché sa revente anticipée et a retardé l’entrée en bourse.

Magnifique, la success story par excellence et dont on aimerait faire partie. Il reste toutefois de vraies questions derrière le rideau de fumée. Les revenus de l’entreprise viennent de la publicité, des jeux... et de l’exploitation des données collectées. Et c’est là que le bât peut blesser.

L’internet est une invention magnifique dont nous ne pouvons plus nous passer. En contrepartie nous sommes prêts (volontairement ou non) à laisser se stocker une quantité incroyable de données qui nous concernent. En plus de nos identités, nos goûts, nos centres d’intérêt, nos comportements d’acheteurs, nos mouvements peuvent être empilés, triés, exploités et revendus. L’utilisation des services de la toile sont donc à ce prix ? Le don d’organe est réputé être gratuit, le don d’identité doit-il l’être aussi ?

D’une manière générale nous sommes en droit de nous demander quel contrepouvoir peut être mis en place devant ce phénomène et par qui et comment ? Quel organisme ou organisation peut vraiment traquer, trouver et démanteler les bases de données qui se constituent dans les entreprises ou sur le ‘cloud’ ? Et le veut-on ou le peut-on vraiment ?

Les associations qui défendent les handicapés sont créées, animées, surtout par des parents qui sont directement concernés parce que ça n’arrive pas toujours que chez les autres... Verra-t-on se créer de telles associations regroupant des personnes victimes de harcèlement marketing, d’abus de carte bancaire ou de substitution d’identité ?

De la même manière que les grandes entreprises transnationales trouvent en face d’elles un nouveau contrepouvoir, les ONG, il semble nécessaire d’inventer un pendant efficace aux nouveaux impérialismes que crée l’exploitation du Net.

Investir son épargne en achetant une action n’est pas seulement un pari sur l’avenir de l’entreprise, c’est aussi un acte responsable, loin d’être anodin : voir plus loin que le bout de... ses économies.


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  • zunski le mardi 22 mai 2012 à 15:44

    Ah , cela devait arriver..un fasho_economo , persuadé que l'homme nouveau est issu de la génétique économique..c'est sûr , ce que l'on vit depuis x années , nous démontre bien qu'un monde dirigé par des fachos-economo n'est que du chaos et de l'irresponsabilité , avec une prise de risque suicidaire m1084720

  • M1084720 le mardi 22 mai 2012 à 08:42

    Autant que possible, je n'achète pas du vent...mais ce phénomène FB m'interpelle pour autre chose : l'Université Américaine fabrique des Entrepreneurs, la notre des Fonctionnaires, c'est toute la différence devant l'Avenir...

  • zunski le lundi 21 mai 2012 à 17:10

    OUI , du vent , de la médiocrité , du cynisme...mais cela rapporte dans un monde sans scupules..je lui laisse au boutonnneux son fric , il pue..c'est sûr avec ce genre d'innovation"on ajamais été aussi proche"..de la schizophrénie oui ..pauvre de nous de favoriser celà..

  • louravi le lundi 21 mai 2012 à 11:59

    Félicitations !Bel article, belle lucidité, qui ont toute leur place ici !

  • vouscost le lundi 21 mai 2012 à 10:19

    Investir en bourse est toujours un risque ,on prend un pari sur quelque chose que l'on ne maîtrise pas et dont la valeur ne repose que sur ce que le marché veut bien lui donner à un moment donné ;il vaut mieux être actionnaire d'une société qui n'est pas côté et dont on suit constamment son activité et donc sa rentabilité.

  • c.tardo1 le lundi 21 mai 2012 à 10:03

    excellent, j'aime. A nous d'être vigilants mais, n'est-il pas trop tard?

  • papymujo le lundi 21 mai 2012 à 08:21

    "Au fait, Facebook est-elle une entreprise socialement responsable"...Pour moi la réponse est NON....

  • M4189758 le lundi 21 mai 2012 à 08:18

    JPi - Il y a toujours des personnes, des systèmes qui détournent, à leur avantage, ce que d'autres ont créé. Si, par une utilisation non respectueuse de tous ces renseignements donnés librement, des abus surviennent ceux qui les ont ainsi publiés n'auront qu'à se mordre les doigts. Donc, attention et retenue seront les meilleurs garants de ces systèmes de réseaux et éviteront le nouvel impérialisme du net. C'est net?.