L'édito de la semaine : "Qu'est-ce que la reprise? Un décryptage"

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Cette semaine, Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management, revient sur les signaux -enquêtes, activité et emploi- qui permettent de suivre le retournement de la conjoncture.

La conjoncture fait, actuellement, l'objet de deux lectures a priori opposées. Certains sont toujours très inquiets en raison du niveau d'activité qui reste très bas. D'autres plus enthousiastes observent des signaux d'une sortie de récession et d'une reprise qui se dessine.

Ces deux points de vue sont réconciliables lorsque l'on regarde précisément l'évolution des données et les logiques qui prévalent lors des périodes de sortie de récession.

La vision plutôt statique de l'économie est d'observer, par exemple, que la production industrielle française est, en juillet 2009, 16 % plus bas que le point haut constaté en avril 2008. Ce repli ne peut caractériser une reprise. Le niveau d'activité est aujourd'hui, sur de très nombreux indicateurs, beaucoup plus bas que celui constaté en 2007 ou 2008. Cette mesure reflète l'ampleur de la crise qui a affecté l'ensemble des économies. De ce point de vue, l'inquiétude reste de mise.

C'est cependant une vision dynamique qu'il faut prendre en compte pour comprendre les économistes qui parlent de reprise. Au cours des derniers mois, les conjoncturistes ont traqué les signaux montrant d'abord une stabilisation de l'activité économique puis ceux indiquant une amélioration de celle-ci. L'analyse s'interprète alors en termes de changement de régime de l'activité. Le niveau de cette activité est toujours très bas mais l'évolution de court terme est beaucoup plus favorable.

Ce nouveau régime n'est cependant validé que si les informations disponibles suggèrent que ce changement de tendance va se poursuivre. C'est le cas s'il est constaté que les commandes des entreprises s'accroissent rapidement alors que les stocks sont bas. C'est ce qui est observable aujourd'hui aux Etats-Unis et aussi, dans une moindre mesure, en Europe.

Fort de ces premières remarques, on perçoit la séquence qui se dessine pour appréhender la conjoncture.

La première étape est une amélioration des perspectives dans les enquêtes auprès des chefs d'entreprise. Cela peut provenir d'un changement de tendance sur les commandes (avec ici un impact des politiques économiques, par exemple). Celles-ci sont toujours en contraction mais à un rythme beaucoup plus réduit. L'augmentation continue des perspectives et finalement l'amélioration des commandes se traduisent progressivement par une amélioration d'indicateur réel de l'activité, comme la production industrielle. En France, cette production industrielle a progressé de +6.5 % en taux annuel sur les mois de mai, juin et juillet par rapport à février, mars et avril. Cela indique que le point bas du cycle a été touché et que la dynamique de l'activité se renforce et devient moins fragile. Actuellement on est dans cette phase aux Etats-Unis, en Allemagne mais aussi en France. Les perspectives sont meilleures et les indicateurs réels commencent à s'améliorer tout en restant à un niveau bas.

La troisième étape est le changement de tendance sur l'emploi. La hausse de l'activité provoque, à terme, une hausse de l'emploi. Pour l'instant, nous ne sommes pas à ce stade du cycle. Les destructions d'emplois restent importantes même si elles sont moins brutales qu'en début d'année 2009. Des signaux plus positifs apparaissent sur les inscriptions au chômage aux Etats-Unis ou sur le travail temporaire mais ne sont pas encore suffisants pour observer un véritable retournement du marché du travail.

En raison de l'ampleur spectaculaire du repli de l'activité à partir de l'automne 2008, il y aura un délai significatif entre le changement de tendance sur l'activité et sur l'emploi. Au regard du choc profond subi, les chefs d'entreprise vont attendre que la tendance soit bien affirmée avant d'embaucher à nouveau de façon significative. De ce point de vue, une tâche importante pour les autorités sera de limiter l'incertitude sur leur action afin de conforter le changement de tendance.

Ces trois étapes, enquête - activité - emploi, et les délais qui y sont associées s'observent lors des retournements de tendance. Nous sommes, au sein des pays industrialisés, à cette deuxième étape. C'est pourquoi les politiques accommodantes ne doivent pas être inversées trop rapidement pour faciliter l'ajustement du marché du travail.

L'économie sort de récession, la reprise est là mais il faut la conforter pour éviter les chocs négatifs qui la feraient replonger. De ce point de vue, les politiques économiques ont encore un rôle majeur à jouer.

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