L'édito de la semaine : "Plus les Etats empruntent, plus les agents privés épargnent et prêtent" (Michel Didier)

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Michel Didier, président de Coe-Rexecode et du Conseil d'orientation de UFG-LFP, revient sur les scénarios possibles à attendre des déséquilibres financiers présents.

Les Banques Centrales occidentales affichent leur intention de fournir de l'argent quasi-gratuit pendant une « période prolongée ». Cette configuration, historique et exceptionnelle, permet aux banques de reconstituer leurs marges grâce à l'écart entre le taux très faible qu'elles paient et les intérêts qu'elles encaissent quand elles prêtent à l'économie. Cet écart est actuellement de l'ordre de trois à quatre points. Malgré cet écart élevé entre taux du crédit et taux de financement des banques, le taux final pour les emprunteurs reste relativement bas. Quant aux taux d'intérêt des obligations d'Etat (les taux sans risque), actuellement à trois et demi pour cent, ils sont à des plus bas séculaires.

Comment les taux d'intérêt peuvent-ils rester si bas ? Les Etats empruntent et annoncent qu'ils vont encore emprunter des sommes considérables pour financer des déficits publics (7% du PIB en moyenne dans la zone euro, 8,5% pour la France, 12% aux Etats-Unis). Avec de tels besoins de financements publics, on pourrait s'attendre à des difficultés pour lever de l'argent. Or il n'en est rien. Les taux de marché à long terme sont bas et stables dans la plupart des pays.

Si les taux longs ne montent pas, c'est parce que face à une demande considérable de capitaux venant des Etats, il y a aussi une offre mondiale de capitaux considérable. Plus les Etats empruntent, plus les agents privés épargnent et prêtent. Depuis la crise économique et financière, les ménages ont fortement augmenté leur taux épargne (aux Etats-Unis, au Royaume-Uni mais aussi en France). Les entreprises ont réduit leurs investissements et leurs stocks, donc aussi leurs besoins de financement. C'est une situation classique en période récessive mais normalement transitoire.

Cette spirale pernicieuse, dans laquelle les agents privés viennent alimenter les besoins des administrations publiques au détriment de l'investissement privé, peut déboucher sur des scénarios très divers.

Premier scénario : la situation actuelle persiste durablement. Les agents privés maintiennent un bas niveau de dépenses d'investissement et de consommation. L'économie stagne. Ce ne serait pas un bon scénario pour les marchés boursiers.

Deuxième scénario : les agents privés se remettent à investir et à consommer alors que les Etats restent trop longtemps déficitaires. Seule une hausse des taux longs pourrait alors équilibrer l'offre et la demande sur le marché obligataire. Les Banques centrales seraient obligées de suivre les marchés dans la précipitation. Ce ne serait pas non plus un très bon scénario pour les marchés boursiers.

Reste le scénario favorable. Les Etats se désengagent pendant que les agents privés libèrent leurs dépenses. Le rebond d'activité actuel se consolide progressivement. Les banques centrales remettent les taux en ligne avec la croissance tendancielle ni trop tôt, ni trop tard. Les taux longs peuvent alors rester au voisinage de 4 %. Les cours des actions s'inscrivent sur une trajectoire de hausse modérée, plus modeste que depuis un an. Ce scénario nous semble le plus vraisemblable. Mais comme l'opinion hésitera entre les trois scénarios au gré des nouvelles, les marchés connaîtront des hauts et des bas.

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