L'édito de la semaine : "Le premier pas" (Jean-Hervé Lorenzi)

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Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, revient sur les modalités du grand emprunt de 35 milliards d'euros annoncées par Nicolas Sarkozy.

Finalement, cette affaire du grand emprunt ne s'est pas si mal terminée que cela. Rappelez-vous, il y a quelques semaines, le débat était englué dans une bataille de chiffres, largement incompréhensible. En effet, au lieu de s'interroger sur l'efficacité d'investissements à long terme, favorables à l'augmentation de la croissance potentielle française, on ne parlait plus que du montant d'endettement en faisant porter sur ce malheureux emprunt le poids de toutes nos dérives budgétaires des vingt dernières années.

A l'époque, avec quelques économistes dont je faisais partie, nous nous interrogions sur les secteurs porteurs de l'économie mondiale pour lesquels des investissements supplémentaires pourraient apparaître comme vitaux à notre compétitivité. Au fond, nous disions simplement qu'il fallait d'abord déterminer les priorités, évaluer les projets qui pouvaient apparaître rentable à terme et en déduire alors le montant d'investissements souhaitable. Nous avions rajouté qu'il fallait d'une part, concentrer les efforts, d'autre part et trouver un financement et une gouvernance qui associent les démarches publiques et privées. Mais malheureusement, comme dans tous les pays où la dette publique est peu maitrisée depuis longtemps, son objet devient un préalable à toute discussion. Et c'est ainsi que tous les chiffres ont été évoqués : 28 ; 30 ou même 100...

Et puis, la sagesse est revenue et l'on a commencé à s'intéresser au fond. Le choix final de cinq domaines d'activités est à priori judicieux, adapté à nos problèmes spécifiques. L'accent mis sur la faiblesse de notre enseignement supérieur et de notre recherche ainsi que les besoins de financement du secteur industriel qui a trop souffert dans les dernières années d'un sous investissement chronique, est évident. On a échappé au saupoudrage politique, et finalement les multiples lobbies qui se sont déchaînés n'ont pas obtenu gain de cause. En un mot cela mérite 20/20.

Maintenant, demeure une question non résolue, à laquelle doit être apporté une réponse dépassant très largement le cadre de cet emprunt. Pourquoi diable faut-il que l'Etat finance de manière quasi exclusive des dépenses qui ont vocation à être rentabilisées ? Il y a là une révolution culturelle à faire, celle qui conduit à donner à l'Etat le double rôle d'éclairage prospectif c'est-à-dire de cadrage de notre trajectoire macro-économique, et d'impulsion financière. Double rôle mais pas plus. Car, ces investissements ont vocation à être financés dans des circuits traditionnels de financement privés, même si l'Etat joue à la fois le rôle de premier apporteur mais surtout s'il garantit l'épargne ainsi collectée dans la mesure où il s'agit d'opération à moyen et long terme, donc à risque accru. Même chose pour le management, il faut évidemment que l'Etat apporte son savoir faire, mais dans le cadre d'une organisation où les décisions sont prises en fonction des apports financiers respectifs.

Tout cela nous rassure sur le fait que, certes, les projets sont ambitieux, mais qu'ils ont une vocation qui a été rentable. C'est donc cette double paternité publique et privée qui permet de penser que l'on va augmenter significativement compétitivité et croissance. Mais, surtout si l'on est dans cette conception nouvelle, très différente de partenariat public - privé tel qu'on les conçoit aujourd'hui, on peut penser que les 35 Milliards ne représentent qu'un premier pas.

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