L'édito de la semaine : "L'impact" (Jean-Hervé Lorenzi)

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Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, commente l'impact probable de la catastrophe japonaise sur l'économie mondiale et sur l'avenir de la filière nucléaire.

Tout va s'écrire sur les conséquences du tremblement de terre japonais. Les économistes vont s'en donner à coeur joie, comparant avec Kobé, imaginant des scénarios de reconstructions rapides qui dynamiseraient l'économie japonaise, traitant de l'impact que tout ceci pourrait avoir sur les marchés. L'expérience montre que c'est toujours une erreur de vouloir dresser un tableau quantifié trop rapidement. Souvenez-vous en août 2009, le montant estimé des créances bancaires douteuses était d'une cinquantaine de milliards d'euros, deux mois après pour l'OCDE et le FMI, quelques centaines de milliards d'euros et puis finalement on s'est accordé sur le chiffre de 4 milliards de dollars. L'idée était surement de calmer l'inquiétude et de ne pas créer de phénomène auto-réalisateur, mais chacun sait que cet exercice a ses propres limites. De plus, dans le cas nippon, il n'est pas sérieux de vouloir calculer les effets d'un blocage général de l'économie, même si celui-ci ne dure que quelques jours.

La seule chose que l'on peut évoquer, c'est le coût très approximatif et toujours sous-estimé d'une reconstruction et les pertes probables des assureurs ; 100 à 150 milliards pour le premier chiffre, 30 à 40 milliards pour le second. Alors ne pas s'avancer imprudemment sur les chiffres n'interdit pas de réfléchir aux effets qualitatifs de ce choc.

Première remarque, la Banque Centrale du Japon et le G7 ont été exceptionnels de rapidité, mais surtout de non conformisme puisque la première a réellement inondé les marchés de liquidités et le G7 a décidé de limiter la hausse du Yen. Cette position incroyable de lucidité tend à prouver que dans une conjoncture particulièrement agressive, on peut résoudre les problèmes qui habituellement paraissent inaccessibles.

Seconde remarque, le Japon connaitra une baisse significative de son PIB et cela au moins sur douze mois, dont les effets sur la conjoncture mondiale ou plus directement sur la zone asiatique, ne seront pas négligeables. Quelques dixièmes de pour cent d'impact sur la conjoncture. Mais surtout, là ou ce drame humain est beaucoup plus grave que ne fut par exemple la chute de Lehmann Brother, c'est le fait que les accidents nucléaires auront deux conséquences majeures. D'abord, le nucléaire ne se remettra pas rapidement de l'incertitude de sécurité dans lesquelles nous sommes aujourd'hui plongés, et ceci modifiera et les politiques énergétiques des différents pays et le coût de l'énergie à la hausse. Vraisemblablement durablement. Mais surtout, la logique à l'oeuvre de la croissance mondiale était celle du primat de l'homme sur la nature. C'est évidement l'inverse qui s'imposera, transformant pour le meilleur et pour le pire notre rapport à la science et par la même notre conception du développement, y compris ce qu'on appelait jusqu'à hier le développement durable.

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