L'édito de la semaine : L'emprunt et la relance

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Cette semaine, Bertrand Jacquillat, professeur à Sciences Po Paris et président d'Associés en Finance, revient sur la décision de Nicolas Sarkozy de lancer un grand emprunt en 2010.

On parle beaucoup de cet emprunt public que l'Etat français s'apprête à lancer à l'automne. Comme si cela était une première. Mais l'Etat français emprunte très régulièrement. Toutes les semaines, il émet des bons du Trésor, et tous les mois, il procède à une adjudication de BETAN (5 ans) et d'OAT (10 à 20 ans), ne serait-ce que pour se refinancer au fur et à mesure des tombées d'anciens emprunts arrivés à échéance, ce qui représente 250 milliards d'euros par an.

Alors quoi de neuf ? Il faut comparer la mise en scène faite autour ce cet emprunt à celle qui a présidé aux emprunts Pinay (rétablir les finances extérieures de la France), Giscard (plan de stabilisation de l'économie française), Balladur (accompagnement du programme de privatisations). Aujourd'hui, il s'agit d'orchestrer la relance et sortir de la récession en engageant des débats entre les corps constitués et l'opinion publique, en mobilisant celle-ci autour des priorités économiques auxquelles le produit de cet emprunt sera affecté avec la contribution financière des Français.

Il n'empêche que dans un premier temps, cet emprunt va encore alourdir un peu plus le taux d'endettement de la France. Selon une étude récente du FMI, celui-ci atteindra près de 110% du PNB en 2010 contre 70% en 2007. Du fait de la lenteur de la reprise économique, ce ratio pourrait atteindre 114% du PNB en 2014, voire même 150%, si les taux d'intérêt remontaient de manière significative. Mais après moi le déluge ! Cette dérive de l'endettement est un poids supplémentaire sur les jeunes générations dans un pays confronté au vieillissement de sa population et à un accroissement du taux de dépendance des inactifs aux actifs, avec pour conséquence une charge financière croissante des inactifs sur la population active. En 2050, plus du tiers de la population française, comme celle des pays riches, aura plus de 60 ans.

Alors autant que les affectations de cet emprunt public médiatisé profitent aux jeunes générations, diminuent le poids des transferts intergénérationnels, et que celui-ci fabrique du « bon » et non du « mauvais » déficit. A cet égard, l'OCDE vient de publier un rapport sur la part affectée à l'innovation dans les plans de relance mis en oeuvre pour faire face à la crise depuis l'automne dernier. La France est le mauvais élève de la classe - elle consacre 4.7 milliards d'euros aux ponts et chaussées - La France est le champion du monde des rond-points avec la plus forte densité par habitant ou au km²- et seulement 46 millions à la recherche-développement. Il ne faudrait surtout pas continuer dans cette voie et que l'avenir qu'est supposé préparer ce plan de relance aille à une mosaïque hétérogène : les écoles de la deuxième chance, la lutte contre l'exclusion, le salaire pendant un an des licenciés économique, les investissements du fond stratégique, le Grand Paris ou la desindustrialisation et autres veilles lunes des plans de relance du passé.

Il faut aller dans le sens des priorités évoquées par François Fillon lors du séminaire gouvernemental du dernier week-end : la matière grise, l'immatériel, l'innovation, la recherche, bref que l'emprunt public aille aux entreprises de demain, et que les jeunes générations bénéficient en priorité de ses retombées, elles qui auront à assumer son remboursement. Avec l'espoir que cet empilement d'endettements ne modifie pas les anticipations des agents économiques dans le sens d'une hausse future de la ponction fiscale, auquel cas l'effet immédiat de l'emprunt public serait la poursuite de l'anémie des investissements. Ce plan de relance conduirait alors à un environnement économique dépressif.

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