L'édito de la semaine : « L'économie française comme avant » (Nicolas Bouzou)

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Malgré le retour de la croissance, l'économie française dispose d'un problème de compétitivité structurelle qui la rend très sensible à l'appréciation de l'euro estime Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

Les chiffres de l'économie française, pour 2010, s'annoncent médiocres. En même temps, ils s'inscrivent dans une tendance de moyen terme. Depuis 10 ans, notre croissance annuelle moyenne a été de 1%, soit quasiment la moitié de la moyenne des pays de l'OCDE. En économie, la méthode Coué ne sert à rien, et nulle part il n'a été montré que le volontarisme des mots engendrait l'optimisme puis la croissance. Au contraire, pour réussir, mieux vaut être conscient de ses faiblesses.

Commençons néanmoins par ce qui va bien (ou, plus exactement, ce qui va mieux). La croissance, déjà, est de retour. Cette année, le PIB progressera d'environ 1,7%, peut-être même un peu plus. Sur ce rythme là, en deux ans, on aura effacé la chute de PIB de 2,5% de 2009. Les entreprises ont commencé à restocker. Ce mouvement est par nature temporaire, mais il montre au moins que le secteur privé anticipe un peu plus de demande, notamment en provenance de l'étranger, et qu'il en tire des conclusions sur le niveau de produits finis dont il doit disposer. Cet effet, dit d'accélérateur, explique le chiffre correct de la croissance du deuxième trimestre. Ce faisant, l'emploi se reprend. Certes un tout petit peu. Les entreprises ont créé 60.000 emplois au 1er semestre (beaucoup dans l'intérim, ce qui est normal vu le niveau d'incertitude), là où la crise en a fait perdre 125.000. Mais disons que le chemin emprunté est le bon. La consommation des ménages résiste. Les données de biens manufacturés semblent montrer qu'elle a terminé l'été plus haut qu'elle ne l'avait commencé, seule l'automobile plongeant.

Mais c'est d'une certaine façon là que le bat blesse. Car si la consommation ne pose pas trop de problèmes, les entreprises, elles, restent plus que frileuses. L'investissement progresse à peine (et uniquement pour des motifs de renouvellement). Surtout, les exportations restent lentes alors même que le contexte est plutôt favorable. La croissance mondiale dépassera 4% cette année, et beaucoup de pays émergents tournent autour de 10%. Voilà bien la clé pour les pays riches : comment importer cette croissance ? De ce point de vue, l'Allemagne montre le bon chemin. Ses exportations à destination des pays émergents se situent aujourd'hui sur des rythmes de progression de l'ordre de 50%, avec des effets d'entraînement très visibles sur la croissance globale (quelle ironie au passage : c'est l'Allemagne à fort coût de main d'oeuvre qui équipe les usines des pays à faibles coûts de main d'oeuvre !). La France, elle, se satisfait d'un marché intérieur que les tensions sur les finances publiques finiront par endommager. Et à l'export, un manque structurel de compétitivité hors prix la rend très sensible à l'appréciation de l'euro. Finalement, une grande partie de l'agenda de la politique économique hexagonale est simple : comment faire de la rigueur budgétaire sans affecter la croissance potentielle et en augmentant notre compétitivité ? Plus dur : comment faire en sorte que l'euro ne soit plus le dindon mondial de la farce de la manipulation des taux de change ? De la réponse à ces deux questions dépend notre avenir.

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