L'édito de la semaine : "L'économie a-t-elle besoin qu'on lui dise la vérité ?"

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L'économie mondiale est entrée dans une zone de haute turbulence. Il ne sert à rien de cacher la vérité explique Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès, qui ne croit pas à une croissance en France supérieure l'an prochain à celle de 2010.

L'économie mondiale est entrée dans une zone de haute turbulence, une sorte de pot au noir dont la traversée risque de durer un sacré bout de temps. Pour une raison simple, la planète subit trois chocs majeurs (le boom des pays émergents, la crise des matières premières, le choc technologique) sous trois contraintes prégnantes (la crise des finances publiques dans les pays riches, la guerre des changes, une demande de réglementation croissante de la part des opinions publiques). La tectonique qui en résulte est porteuse de fantastiques opportunités pour les entreprises et les marchés, mais aussi de risques majeurs. Ainsi, les agents économiques sont plus que jamais déboussolés.

Face à cet environnement complexe en apparence mais dont les grandes lignes se discernent néanmoins assez bien, les gouvernements et les grandes institutions internationales ont deux stratégies possibles : dire la vérité (au risque d'inquiéter à court terme) ou pratiquer la méthode Coué (au risque de décrédibiliser la parole publique à terme, et donc de faire chuter son efficacité). C'est malheureusement la seconde solution qui est généralement choisie. Exemples : quand le gouverneur de la Banque de France évoque des « tensions » et se refuse de parler de « guerre des monnaies », il s'agit d'une précaution de langage qui pénètre de plain-pied dans le domaine de l'absurdité. Car à peu près toutes les grandes zones économiques souhaitent aujourd'hui exporter dans une monnaie faible. Comme c'est par définition impossible, les monnaies les plus faibles sont globalement celles qui sont le plus manipulées (soit directement, soit indirectement via les politiques macroéconomiques). On notera d'ailleurs l'heureuse exception du directeur général du FMI qui, sur ce sujet, n'a pas eu peur de son ombre.

Quand le Premier Ministre français assure qu'une croissance de 2% est l'année prochaine à portée de main, il joue sur les mots. Car beaucoup de taux de croissance sont à portés de main. Ce n'est pas le problème. Ce qui importe, c'est le taux de croissance le plus probable qui, compte tenu d'une politique budgétaire restrictive, d'une politique monétaire stable et d'un taux de change surévalué, n'a aucune raison d'être supérieur à celui de 2010, c'est-à-dire environ 1,5%. Enfin, quand certains bons esprits expliquent que la crise des finances publiques va s'arrêter à l'Irlande (après avoir assuré qu'elle s'arrêterait à la Grèce), ils se rassurent sans convaincre. Car, si un pays comme la France ne court aucun risque de voir sa note dégradée à court terme, la question se posera à l'horizon de 2013. Un pays avec une dette implicite (hors bilan) aussi importante, des dépenses courantes mal maîtrisées, pas d'épisode passé de réduction sensible de la dette publique, un faible taux de croissance potentiel, un actif peu liquide... ne peut pas être complètement tranquille.

Dans une société transparente, les agents économiques attendent un diagnostic fiable et des mesures en conséquence. Pas un diagnostic lénifiant et donc une absence de réponse.


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