L'édito de la semaine : « I love Trichet » (Nicolas Bouzou)

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En augmentant son principal taux directeur, la BCE a principalement voulu signifier au marché qu'elle ne laisserait pas s'installer une spirale prix/salaires, une inflation de second tour, rappelle Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

Evidemment, le relèvement d'un quart de point du principal taux directeur de la BCE a réveillé les commentaires les plus acerbes sur la BCE, et en particulier sur Jean-Claude Trichet (comme si l'ensemble du Conseil des gouverneurs, pourtant divers, pouvait voir sa pensée totalement assimilée à celle de notre compatriote). Ces critiques passionnées, qui émanent largement du monde financier, semblent oublier que les décisions qui sont prises par les banques centrales sont forcément sous-optimales car la politique monétaire navigue sans cesse sur ce que les économistes appellent la courbe de Phillips, c'est-à-dire sur un arbitrage entre lutte contre l'inflation et dynamisation de la croissance. En privilégiant l'un, on pénalise l'autre, en tous cas à l'horizon de quelques mois ou quelques trimestres.

On entend parfois dire que les actions de la BCE sont inutiles, car l'augmentation de l'inflation dans la zone euro vient exclusivement des tensions sur les prix des matières premières. Bien sûr, mais une telle assertion revient à prendre le Conseil des Gouverneurs pour une bande d'imbéciles, ce qu'il n'est pas. La BCE a bien compris que la montée des taux d'intérêt de court terme ne faisait pas baisser le prix du pétrole. Mais ce qu'elle veut éviter, et sans doute à juste titre, c'est la formation de la fameuse boucle prix / salaires des années 1970, enchaînement que seule une récession peut parvenir à briser quand il a démarré. Il s'agit bien pour la BCE d'envoyer un signal disant : nous ne laisserons pas les tensions sur les prix énergétiques et alimentaires contaminer les autres prix de biens et de services (les désormais célèbres effets de second tour).

Le véritable problème pour la BCE, et c'est un problème d'une effroyable complexité, est de concilier le respect de son mandat (la lutte contre l'inflation) avec la nécessité d'aider les banques à augmenter considérablement leurs fonds propres grâce à des marges d'intermédiation élevées. Car on sait bien que les défauts partiels prévisibles de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal vont entraîner une dépréciation des actifs bancaires, au moment où la réglementation en matière de structure des bilans bancaires est de plus en plus stricte. Cela mériterait pour le coup une réflexion intense, qui aille au-delà de la simple critique caricaturale.

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