L'édito de la semaine : "Copenhague ou l'Age de glace 4"

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Le point de vue pour le moins iconoclaste de Marc Touati, directeur général de Global Equities, sur le sommet de Copenhague consacré à la lutte contre le réchauffement climatique.

Si vous avez aimé le krach Internet, si vous vous êtes passionnés pour les guerres en Afghanistan et en Irak, si vous avez été subjugués par la faillite de Lehman Brothers et la crise financière qui en a découlé, alors vous allez adorer les ravages causés par le réchauffement climatique. A l'instar des Rocky, Rambo, Die Hard, Spiderman ou encore Harry Potter, les crises sont de tels succès commerciaux qu'elles appellent constamment à de nouveaux épisodes. Le créneau est toujours le même : si vous avez survécu aux crises précédentes, celle que vous allez subir à présent sera encore pire. Bigre ! Ca fait froid dans le dos. Et cela tombe bien, car la crise qui se prépare est justement celle du froid, ou plutôt de l'absence de froid. Ainsi, le réchauffement climatique serait tel que les glaciers vont fondre, que le trou de la couche d'ozone va encore s'élargir, que les terres vont être submergées, bref, les Mayas avec leur fin du monde en 2012 n'étaient finalement que des enfants de coeur...

A l'appui de cette théorie, les plus « éminents spécialistes » (d'on ne sait pas trop quoi d'ailleurs) se répandent à travers la planète pour nous dire que l'heure est très grave et qu'il est urgent de réagir. On croirait entendre d'autres « brillants spécialistes » qui nous annonçaient il y a peu que la crise économico-financière de 2009 serait pire que celle de 1929 et que la croissance mondiale ne repartirait pas avant 2011 dans le meilleur des cas. Dans la même veine, on croirait aussi entendre d'autres « illustres » professeurs qui nous annonçaient d'abord en 2003, puis en 2007, et encore en 2009 que le monde était sur le point de connaître une pandémie grippale pire que celle dite de la grippe espagnole du début du vingtième siècle.

Bien entendu, il ne faut pas prendre à la légère l'ensemble de ces risques. Dans la mesure où il n'y a jamais de fumée sans feu, il faut même admettre qu'il serait utile de s'informer un minimum pour se protéger au cas où. Mais c'est à ce moment là que les choses se gâtent. Car si nous savions déjà qu'en matière de prévision économique, la subjectivité est de taille et la fiabilité minimale, nous étions loin d'imaginer qu'il en était de même pour la climatologie et la médecine. Ainsi, en fonction des avis (et il y a en a beaucoup), le monde vivrait ses derniers moments de sérénité. En d'autres termes, si ce n'est pas la finance qui en viendra à bout, ce sera soit la grippe, soit le CO2. A l'inverse, selon une minorité (comme celle d'ailleurs dont nous faisions partie dès février dernier et qui annonçait que 2009 ne serait pas 1929), la grippe A est largement surmontable et le réchauffement n'est pas uniquement lié aux hommes. Il participe simplement à un mouvement pluriséculaire qui dépasse largement les spéculations alarmistes actuelles.

Ce qui reste étonnant néanmoins c'est qu'à l'instar de la crise financière, ce sont les scénarii du pire qui paraissent les plus crédibles. A croire que l'être humain adore se faire peur. C'est ce que l'on pourrait appeler en langage populaire l'appel du vide et en langage scientifique du malthusianisme. Ancêtre des partisans de la décroissance, Malthus soulignait effectivement que, compte tenu du fait de la raréfaction des ressources terrestres, l'Homme ne peut croître indéfiniment. Les guerres, les épidémies ou les catastrophes naturelles ne seraient alors finalement que des régulateurs du système. Evidemment, dans la mesure où nous sommes au 21ème siècle et où la barbarie est moins répandue qu'il y a encore 70 ans, cette vision extrême a été édulcorée et a priori humanisée. Ainsi, pour contrecarrer le réchauffement climatique sans faire appel à la réduction sauvage de la population, il suffirait de faire de la décroissance. Dans ce cadre, le sommet hautement médiatisé de Copenhague constituerait une chance historique pour retrouver un monde plus juste, plus écologique, plus beau, plus fraternel... Eh ! Oh ! Réveillons-nous ! Nous ne sommes pas au cinéma. N'oublions pas que la route de l'enfer est souvent pavée de bonnes intentions.

Ainsi, nous le disons haut et fort : la décroissance, c'est-à-dire la baisse du PIB, n'a aucun sens. Elle constituerait une véritable catastrophe sociale, car elle se traduirait forcément par une aggravation des inégalités, une augmentation du chômage et une exacerbation des tensions sociales. C'est d'ailleurs là que réside l'un des grands paradoxes de cette thèse soutenue notamment par les altermondialistes et les soi-disant partisans d'une économie sociale : comment peut-on à la fois dénoncer la pauvreté dans le monde et exiger la décroissance qui ne fera finalement qu'aggraver cette dernière ?

La solution est donc ailleurs. Car le seul moyen de réaliser une croissance durable dans un monde limité réside dans l'optimisation de l'existant au travers du progrès technologique. Il est plaisant de vouloir réduire les émissions de CO2, mais ceci ne peut se faire que si une alternative existe. Il ne faut donc surtout pas se contenter de décroître, ce qui ne reviendrait qu'à détruire des emplois. Il est au contraire indispensable de développer des Nouvelles technologies de l'énergie qui nous permettront non seulement de protéger la planète mais aussi d'augmenter la croissance structurelle de nos économies et sa richesse en emplois.

Plutôt que de se lamenter sur la fin du monde et d'inventer des théories non-vérifiables qui ne paraissent crédibles que parce qu'elles sont terrifiantes, il serait plus constructif d'adopter un comportement positif basé sur une amélioration de notre croissance. Car sans développement, il n'y a pas de « durable ». Espérons que les dirigeants de la planète ne l'oublieront pas la semaine prochaine. Sinon, Copenhague ne sera plus la ville de la « petite sirène », mais celle de la « grande alarme » sociale.

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