L'édito de François Chaulet : « Onze séances consécutives de baisse ! »

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Bonne tenue des résultats des entreprises et reprise des opérations financières pourraient constituer autant de catalyseurs des marchés actions encore désertés par les investisseurs estime François Chaulet, directeur-associé de Montségur Finance.

Août 2011 restera parmi les pires mois boursiers avec un indice parisien qui enregistre le triste record de onze séances consécutives de baisse, pour un recul de plus de 1.150 points (-27 %) en deux mois avant de se stabiliser. Il faut remonter à la faillite de Lehman Brothers en octobre 2008 pour trouver autant de fébrilité de la part des investisseurs.

L'épargne n'est pas revenue sur les actifs risqués et principalement sur les actions européennes. En nombre, les actionnaires individuels ont fondu de plus de 2 millions entre 2007 et 2011. La correction enregistrée n'a donc pas été provoquée par des mouvements liés à l'épargne traditionnelle. En revanche, nous subissons les conséquences de la crise de 2007 qui ont amené les états à instaurer des plans de relance de leurs économies, aggravant leurs déficits.

Aux États-Unis comme en Europe, des atermoiements politiques perturbent les marchés et participent au tassement de la dynamique de croissance après la phase de reprise post-récession. Mais la multiplication de rumeurs néfastes visant l'Europe, la notation de la France ou la faillite de banques ont créé une perte brutale de confiance. L'Europe affronte les difficultés grecques qui se sont propagées à l'Italie et l'Espagne, dont le salut actuel est lié aux interventions de la BCE. Les Etats-Unis ont fortement révisé à la baisse leur croissance au premier trimestre avant de perdre la notation AAA de l'agence Standard & Poor's, créant un vent de panique planétaire. Cela n'a pourtant pas provoqué ni un accès de faiblesse du dollar, monnaie de réserve internationale, ni une remontée des taux car les émissions du Trésor américain n'ont aucune concurrence pour tout porteur de dollars.

Les marchés ont anticipé les effets de ces événements économiques. Les révisions à la baisse de la croissance économique entraîneront les entreprises et il n'est pas nécessaire d'être un fin stratège pour prévoir une détérioration des profits pour la fin 2011 et pour 2012. Néanmoins, même en anticipant un recul de 25 % des bénéfices (ce qui les ramène quasiment au niveau atteint en pleine récession de 2008), la valorisation des actions européennes ne représente que 8,5 années de bénéfices. Ces multiples ont été observés lors des excès de mars 2009. L'indice CAC 40 avait alors enfoncé 2.500 points avant de rebondir fortement. La décote actuelle du ratio cours/résultats est de quasiment 50 % sur la moyenne historique.

Nous avons retenu de ces périodes que la faiblesse des prix, même criante, ne suffisait pas à attirer les capitaux et à générer un rebond. Aujourd'hui apparaissent pourtant quelques catalyseurs qui pourraient aider les acteurs des marchés financiers à retrouver des repères. La bonne tenue des bilans et des résultats des entreprises depuis la sortie de crise est un élément positif majeur. La reprise des opérations financières, caractérisées par des primes élevées sur les cours de bourse, pourraient se multiplier. Google rachète Motorola Mobility pour 12,5 milliards de dollars avec une prime de 63%, HP reprend l'éditeur de logiciels britannique Autonomy pour 10,25 milliards de dollars avec une prime de 64 %. La capitalisation boursière est donc très éloignée de la valeur intrinsèque de l'entreprise.

Les sociétés ne trouvant pas d'investissement judicieux, ou plus frileuses, mettent en oeuvre des plans massifs de rachats d'actions. De nombreux dirigeants leur emboitent le pas et montent au capital de leurs propres structures. La micro-économie n'est pas parvenue à gagner la première bataille qui consiste à redonner confiance aux investisseurs et aux marchés. Les marges sur la croissance sont faibles et l'endettement souverain représente toujours une menace non maîtrisée même si la fin des plans de relance offrira un répit aux budgets des Etats.

La cotation d'une entreprise doit refléter la qualité de ses résultats et de son bilan, plutôt que la solvabilité du pays dans lequel son siège est installé. Nous pourrions progressivement retrouver des niveaux plus raisonnables. Rappelons que lorsque les marchés anticipent le pire, comme en 2003 ou en 2009, les rebonds ne sont pas exclus.

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