L'édito de François Chaulet (Montségur Finance) : Le « Grexit » peut être évité, mais le temps presse...

Boursorama le 11/06/2012 à 06:00
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Alors que l'Espagne est au pied du mur, les Européens doivent toujours éviter une sortie de la Grèce de la zone euro aux conséquences néfastes. Possible mais à condition que la BCE intervienne à nouveau estime François Chaulet, directeur de Montségur Finance.

Les marchés retrouvent, après un court répit, des niveaux de stress élevés en raison des problématiques européennes. Actions et obligations réagissent proportionnellement aux difficultés rencontrées par les différents pays.

Depuis le début de l’année l’indice Euro Stoxx recule de 5%, le CAC de 4%, le MIB italien de 13% et l’IBEX espagnol de près de 25 %. Les marchés obligataires, à l’écoute des différentiels budgétaires, creusent également les écarts. L’Allemagne emprunte pratiquement à taux zéro jusqu’à trois ans et à 1,3% à 10 ans. Avec une inflation proche de l’objectif de 2 % assigné à la BCE, les capitaux s’orientant vers ces obligations ne recherchent que la sécurité. La France reste du côté des pays refuges et les marchés obligataires accueillent chaleureusement le nouveau gouvernement comme l’illustre le recul du taux de référence de 3% à 2,4%. Les tensions restent cependant fortes en Espagne (plus de 6%) et en Italie (5,6%).

L’impasse politique grecque appelle de nouvelles élections le 17 juin. Le néologisme « Grexit », contraction entre « Greece » et « Exit » apparue dans le Financial Times, rend palpable le risque de fragmentation de la zone euro.

L’estimation du coût d’une sortie grecque à 50 milliards par le ministre sortant François Baroin aurait pu rassurer. Mais les coûts indirects pour les économies européennes alourdissent l’addition.

Les Grecs annoncent 500 milliards d’euros pour faire pression sur leurs partenaires, la réalité des engagements publics et privés serait plus proche de 400 milliards (4 % du PIB de la zone euro). Ils voudront rester dans l’Union, mais probablement négocier les conditions du plan d’aide ou un moratoire sur la dette. L’austérité pourrait devenir insoutenable pour la population si l’économie ne se stabilise pas. Mais une sortie de la Grèce serait désastreuse. Selon le FMI, la dévaluation atteindrait 50% et la baisse du PIB annuel serait de 10% - et sans issue - avec un budget toujours en déficit primaire.

Sans le soutien de la BCE, le système financier ne tiendrait pas. L’Allemagne rappelle les Grecs à leurs engagements, avec la bénédiction de sondages nationaux hostiles au soutien de ce pays. La France refuse ce scenario et fait miroiter une aide économique. Un « Grexit » désordonné peut et doit toujours être évité. Avec des mesures de soutien, la Grèce pourrait terminer son chemin douloureux de dévaluation interne et stabiliser son économie.

L’Espagne en difficulté doit venir en aide à ses banques dont les bilans sont chargés d’actifs immobiliers à déprécier et de créances de plus en plus douteuses. La recapitalisation de Bankia, pour un total de 24 milliards d’euros, annonce des besoins en capital pour le secteur très importants, bien difficiles à lever sur les marchés même avec la signature de l’Etat. Le montage rend nerveux, et il semble que l’Espagne doive désormais faire appel à ses partenaires au travers du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) puis du Mécanisme Européen de Stabilité (MES).

Nous pensons que la BCE sera forcée d’intervenir à nouveau. Mais comme le rappelle son Gouverneur Mario Draghi : « la BCE ne peut combler le vide dû au manque d’action des gouvernements nationaux sur les questions structurelles ou sur la croissance ».

La baisse sensible de l’euro sous 1,25$ apporte un soutien réel à notre économie - une baisse de 10 % représente un apport de croissance de 0,5% à l’Europe. Le recul du pétrole vers les 80$ aide également à nos équilibres.

Ce contexte macro-économique pèse sur les marchés et conduit à des valorisations exagérément faibles pour les actifs européens. Contrairement aux entreprises mondiales de croissance, les valeurs cycliques, les thématiques de dividendes et les petites et moyennes entreprises, dont les échanges sont limités, ont rarement été aussi délaissées.

Alors que les obligations d’Etats allemand et français offrent de faibles rémunérations et que les signatures italiennes et espagnoles doivent être sélectionnées avec précaution, nous privilégions les obligations d’entreprises. L’allocation au risque actions est conservée dans les portefeuilles même si des turbulences pourraient encore affecter les marchés. Ces actifs risqués ont été désertés, et de nombreux fonds spéculatifs parient contre l’euro et ses marchés. Ils pourraient devoir racheter leurs positions rapidement si, face au mur des difficultés, la BCE repassait à l’action.

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  • M2889755 le lundi 11 juin 2012 à 13:49

    Il prône des mesures de soutien pour éviter un Grexit, qu'est-ce à dire ? Encore déverser des centaines de milliards dans un tonneau des Danaïdes ? La Grèce est ingouvernable et nos "experts" ne veulent pas reconnaître cette évidence !

  • PurJu.69 le lundi 11 juin 2012 à 06:48

    PARIS, le 23 Mai ( Reuters ) - * B. N. P. PARIBAS * ( BNPP.PA ) espère Augmenter son Taux de Distribution de DIVIDENDE au-delà de 25 % après l' exercice 2012, a déclaré mercredi le Président de la Banque, Baudouin PROT, la Banque Française avait décidé de ramener la part de ses Profits Distribuée sous forme de DIVIDENDES à 25 % au Titre de l' Exercice 2011, contre un Tiers précédemment.