L'édito d'Eric Bertrand (CPR AM) :

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La zone euro est à la croisée des chemins. L'absence de croissance prolongée pourrait provoquer à nouveau des tensions et un retour de la crise financière. Il reste néanmoins des raison d'espérer selon Eric Bertrand, directeur adjoint des investissements et directeur de la gestion de Taux et Crédit chez CPR AM.

La zone euro a traversé ces dernières années de très fortes turbulences financières qui ont failli conduire à son éclatement. Les différents gouvernements de la zone ont tenté d'apporter des réponses à la confiance perdue des investisseurs sur certains pays, mais c'est la Banque Centrale Européenne qui, in fine, a su endiguer le risque systémique qui s'était fait jour sur les marchés financiers. Avec son « Within our mandate, the ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro. And believe me, it will be enough.» (*) Monsieur Draghi a su, à point nommé, intervenir et rappeler aux marchés qu'il ne fallait jamais « lutter contre la Banque Centrale ». L'ensemble des mesures déployées par la BCE (Baisses de taux, injections de liquidités à long terme (LTRO), l'achat de dettes d'Etat directement sur les marchés (OMT) etc.) nous permet aujourd'hui de dire que la crise financière et son risque systémique sont plutôt derrière nous. Mais la BCE ne peut pas tout, et tel Ulysse risquant de tomber de Charybde en Scylla dans le détroit de Messine, la zone Euro a échappé à la crise financière pour se retrouver confronter à la crise économique. La balle est maintenant dans le camp des politiques pour profiter du temps que la BCE leur accorde pour mener à bien les reformes qui épargneront à la zone de tels tourments dans le futur.

Les données économiques sont en effet déprimantes et les programmes d'ajustement pour limiter, puis réduire, les déficits budgétaires ont fortement pesé sur la croissance. Celle-ci s'établit à -0,2% au premier trimestre 2013 et est attendue à -0,7% (**) sur l'année, avec des situations toutefois différenciées. Le risque que la crise économique perdure, voire redevienne financière existe et ne peut être écarté. En effet, quels que soient les pays, l'impact négatif sur la croissance des mesures d'austérité est à court terme alors que leurs effets bénéfiques sont à long terme. La soutenabilité politique des ajustements nécessaires devient de plus en plus faible à l'image des manifestations en Grèce ou de la fragilisation de la coalition au pouvoir au Portugal, où le président a demandé aux principaux partis de former un gouvernement d'union nationale. En Espagne et en Italie, les chiffres macroéconomiques n'incitent pas non plus à l'optimisme et les risques d'instabilité politique, particulièrement en Italie, sont forts, même si dans ce dernier cas le solde budgétaire est positif, c'est le stock de dette qui inquiète. Si la France ne connaît pas ce risque, ses perspectives de croissance ne sont pas reluisantes non plus (-0,2% (***) attendu sur l'année). Même l'Allemagne voit bien qu'elle ne peut rester un ilot de croissance isolé en Europe.

Cette situation économique déprimée, conjuguée aux risques d'instabilité politique, ont été vus par la Commission européenne qui sur les derniers mois a mis beaucoup de souplesse dans les cibles de déficits budgétaires et surtout, le plus important, dans les objectifs de durée pour y parvenir, le FMI a même fait un mea culpa sur la dureté de ses programmes d'austérité. Ceci dit, assouplissement ne veut pas dire inaction et il est curieux de constater que l'intensité des réformes structurelles (même étalées dans le temps) est souvent inversement proportionnelle à la pression financière des marchés sur le refinancement de la dette. Les différents gouvernements seraient bien inspirés de profiter de l'accalmie apportée par l'action de la BCE pour engager les réformes de structure nécessaires au risque de devoir le faire le pistolet sur la tempe. N'oublions pas non plus que les agences de notation sanctionneront également l'absence ou la faible ampleur des réformes nécessaires identifiées.

Il reste néanmoins des raisons d'espérer, certaines enquêtes et chiffres d'exportation dans les pays ayant engagé le plus tôt leurs réformes commencent à se redresser traduisant l'amélioration de la compétitivité. Au niveau européen, de gros progrès d'unification et d'harmonisation ont été engagés (union budgétaire, union bancaire etc.), la croissance américaine se redresse graduellement... Ces différents aspects devraient commencer à se voir dans les chiffres de croissance en... 2014. D'ici là, les écueils restent nombreux et si la BCE joue son rôle, voire même plus, la baisse du risque systémique conduira les marchés à regarder de nouveaux les fondamentaux économiques et ceux-ci, en dynamique au moins, devront pouvoir prendre le relais au risque de voir la crise redevenir financière.



(*) Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro, et croyez-moi, ce sera suffisant
(**) Prévisions CPR-AM
(***) Prévisions FMI

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  • UTPierre le mardi 23 juil 2013 à 14:43

    Marshaka, je vis aux USA et j'ai acces a pas mal de stats de par mon job. Il faut regarder les statistiques de l'immobilier et de la dette des menages. Oui il y a du travail precaire a temps partiel, mais il y a un optimisme que je cherche encore en France ou sur les forums... Et un boulot precaire a temps partiel vaut mieux qu'une indemnisation de chomage debilitante. Mais je sais que pour certains la France est a la pointe de l'humanite...

  • sprevos5 le mardi 23 juil 2013 à 13:15

    Toujours le même blabla pour endormir le péquin moyen et pouvoir continuez a ruiner l'économie avant de nous imposer l'Europe fédérale.

  • vlad16 le mardi 23 juil 2013 à 13:12

    @dams1976 tiens en regardant la photo je pensais à Frankenstein lol... ouais c'est sûr on est dans une crise monstrueuse

  • draby le mardi 23 juil 2013 à 12:14

    "Le risque que la crise économique perdure, voire redevienne financière existe et ne peut être écarté" belle façon de retourner l'escalope où comment se donner des excuses quand on est la cause du marasme.

  • dams1976 le mardi 23 juil 2013 à 09:09

    Vous n'aurez pas mon blé mon bon monsieur :P

  • marshaka le mardi 23 juil 2013 à 08:57

    Pour UTPierre, je pense que vous ne savez pas lire les stats américaines mais que vous vous contentez de lire les dépêches de boursorama, IL N'A PAS DE REPRISE AUX USA, le niveau d'heure travaillé est le plus faible de l'histoire, les embauches se font uniquement à temps partiel et à bas salaire mais les licenciements sont les "gros" salaires. Il faut se rappeler que ce pays de 350 M habitants compte 50 M de personne vivant avec des bons alimentaires !

  • LERINS le lundi 22 juil 2013 à 22:41

    Pour retrouver compétitivité, croissance et créations d'emplois, et ainsi éviter la faillite, il serait grand temps de stimuler au maximum l'investissement privé sainement autofinancé en adoptant sans tarder le principe fiscal décrit dans le blog intitulé : REMBOURSER LA DETTE PUBLIQUE SANS APPAUVRIR LES CITOYENS.

  • UTPierre le lundi 22 juil 2013 à 17:48

    Moi je trouve que c'est un bon article qui se resume a: la BCE a donne du temps aux politiques pour faire une Europe qui ne peut pas etre que financiere. Soit ils agissent (mais leur desir d'action baisse avec la pression des marches financiers) et on a une chance, soit ils procrastinent durant le delai et ca sera encore plus dur ensuite. Quand aux US, la reprise est la, les deficits baissent, mais la pilule (notamment des reductions de depenses publiques du "sequester") est rude.

  • Sonofa le lundi 22 juil 2013 à 16:14

    On dirait une dissertation d'étudiant de Sciences Po, tellement c'est convenu et dépourvu d'esprit critique! Mon Dieu!

  • Sonofa le lundi 22 juil 2013 à 16:14

    Blablabla....