L'écrevisse de Louisiane envahit la France

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L'ÉCREVISSE DE LOUISIANE ENVAHIT LA FRANCE
L'ÉCREVISSE DE LOUISIANE ENVAHIT LA FRANCE

par Guillaume Frouin

SAINT-PHILIBERT-DE-GRAND-LIEU, Loire-Atlantique (Reuters) - Importée en France au début des années 1970 par des éleveurs en raison de ses facilités de reproduction, l'écrevisse de Louisiane prolifère depuis dans nombre de marais et de cours d'eau, suscitant l'inquiétude des autorités locales pour ses dégâts sur l'environnement.

En Loire-Atlantique, les services de l'Etat ont ainsi récemment procédé à une opération de sensibilisation inédite de pêcheurs amateurs dans les marais de Goulaine, où l'espèce a été signalée pour la première fois en juillet, pour les inciter à prélever et châtrer un maximum de spécimens.

Végétaux, larves et petits poissons sont en effet la proie de ce crustacé très agressif, long de six à 12 cm, capable d'évoluer dans des milieux pollués ou soumis à la sécheresse. Ses puissantes pinces rouge vif déstabilisent aussi les berges, en creusant d'innombrables galeries souterraines.

L'écrevisse de Louisiane met aussi en péril la survie d'autres animaux comme la guifette moustac, un oiseau qui vit sur les nénuphars dont elle se nourrit.

Et ses prédateurs - des échassiers comme la grande aigrette ou la spatule blanche - ne suffisent pas à endiguer le développement de cette espèce prolifique, capable de pondre entre 100 et 500 ?ufs à chaque portée.

"Elle a tellement proliféré, qu'au début des années 2000 on en trouvait jusqu'à trois tonnes à l'hectare", se rappelle Marie-Andrée Goraguer, chargée du dossier à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM). "A présent, on ne pourra plus jamais l'éradiquer, tant l'espèce est inféodée dans le milieu. La pêche est devenue notre seul moyen de lutte".

UNE AUBAINE

Sur le lac de Grand-Lieu, autre zone humide de Loire-Atlantique colonisée par le crustacé, la prolifération de l'écrevisse s'est transformée en aubaine pour les sept derniers pêcheurs professionnels de la zone, touchés par les restrictions européennes de pêche à l'anguille.

Un arrêté préfectoral les autorise depuis 2008 à transporter des écrevisses vivantes sur le département, pour être transformées en soupe ou revendues à des restaurateurs locaux. Ils ne peuvent en revanche aller au-delà, pour éviter la colonisation d'autres départements épargnés.

"Avant, on nous demandait de détruire les écrevisses sans aucune contrepartie, alors qu'on pouvait en pêcher jusqu'à 300 kg certains jours", rappelle Dominique Robion, président de la société coopérative des pêcheurs du lac de Grand-Lieu, qui comptait 120 professionnels il y a un siècle.

"On peut aujourd'hui considérer cette ressource comme une aubaine pour nous : l'écrevisse permet à la pêche de Grand-Lieu de survivre. Sans elle, l'affaire serait déjà pliée", estime-t-il.

Edité par Patrick Vignal

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  • LeRaleur le lundi 24 sept 2012 à 16:54

    Y'a pas que les écrevisses qui envahissent la France.