L'économie selon Hollande face au test du marché et de l'opinion

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LA STRATÉGIE ÉCONOMIQUE DE HOLLANDE FACE AU TEST DU MARCHÉ ET DE L'OPINION
LA STRATÉGIE ÉCONOMIQUE DE HOLLANDE FACE AU TEST DU MARCHÉ ET DE L'OPINION

par Jean-Baptiste Vey et Catherine Bremer

PARIS (Reuters) - François Hollande affrontera dans les prochaines semaines le double test des marchés financiers et de l'opinion publique, qui jaugeront à travers le budget 2013 la crédibilité de sa stratégie économique à un moment où la croissance se dérobe.

Le président français espère réduire les déficits tout en ménageant la croissance, une gageure alors que de nombreux partenaires commerciaux de la France mènent des politiques de rigueur. Un voeu pieu selon plusieurs économistes.

Cruciale pour la France, l'issue de ce test de crédibilité pourrait en outre conforter - ou faire dérailler - la détente observée sur les marchés vis-à-vis de l'Espagne et de l'Italie depuis que la Banque centrale européenne a promis son soutien.

Pour conserver la faveur des investisseurs et consolider sa relation avec Berlin, François Hollande a écarté les appels à desserrer l'étau budgétaire, et a répondu dimanche à une interrogation en abaissant la prévision de croissance économique du gouvernement pour 2013.

La prévision qui figurera dans le projet de budget 2013 présenté le 28 septembre sera "sans doute 0,8%", a-t-il dit. Un chiffre nettement inférieur à la précédente prévision (+1,2%), mais qui reste supérieur aux attentes des économistes.

Les consensus réalisés durant l'été font état de prévisions de croissance moyennes à 0,5% ou 0,6% pour 2013, mais plusieurs économistes interrogés depuis prévoient une croissance nulle l'an prochain.

Quant à l'optimisme de François Hollande, qui a laissé entendre qu'après deux ans de difficultés (2013 et 2014), la France connaîtra une embellie, il n'est guère partagé.

"C'est une plaisanterie !", a dit George Magnus, économiste chez UBS. "Si c'est le principal message (...), je crois que c'est vraiment illusoire, que c'est complètement irréaliste."

UN EFFORT DE 30 À 40 MILLIARDS D'EUROS

La nouvelle prévision de croissance à 0,8% "est toujours un peu optimiste", a-t-il ajouté. Quant à l'objectif de ramener le déficit public à 3% du PIB fin 2013 après 4,5% fin 2012, "même s'ils arrivent autour de 3,5% du PIB, ce n'est pas un désastre".

Pour Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank, "0,8% est trop ambitieux donc je ne m'attends pas à ce qu'ils parviennent à 3% de déficit l'an prochain. Mais nous pourrions ne pas être très loin de cet objectif."

Même si la France aura du mal à tenir son objectif de baisse du déficit, les efforts en ce sens menés l'an prochain devraient permettre d'atténuer l'impact de ce raté, ont dit des économistes la semaine dernière.

Pour atteindre 3% de déficit l'an prochain, François Hollande a précisé que le budget 2013 tenterait de trouver 30 milliards d'euros supplémentaires grâce à des hausses d'impôts et des économies.

Les ménages verront leurs impôts augmenter de 10 milliards d'euros et les entreprises de 10 milliards d'euros, une potion amère de plus, après la vingtaine de milliards d'euros de hausses d'impôts déjà prévues sur l'ensemble de 2012.

S'agissant des ménages, François Miquet-Marty, de l'institut de sondage Viavoice, estime que "les gens sont prêts à faire des efforts pour autant qu'il y ait des résultats" mais "s'ils ne sont pas au rendez-vous dans un ou deux ans, le retour de bâton serait violent pour l'exécutif".

Le ciblage des hausses d'impôts constitue un autre défi afin d'en réduire au maximum l'impact négatif sur l'activité. Le gouvernement a choisi de ponctionner en priorité les ménages les plus aisés et les grandes entreprises, dont il estime qu'ils sont les plus à mêmes de les supporter.

Doivent s'y ajouter 10 milliards d'euros d'économies sur les dépenses de l'Etat, pour atteindre un effort de 30 milliards d'euros, un chiffre proche des 33 milliards nécessaires, selon la Cour des comptes, pour atteindre 3% de déficit si la croissance est de 1% l'an prochain.

Interrogé dimanche sur la nécessité de faire plus avec une croissance à seulement 0,8%, le chef de l'Etat a répondu que "nous avons déjà fait quelques ajustements" dans le budget rectificatif pour 2012.

La hausse additionnelle de 4 à 5 milliards d'euros des recettes prévue l'an prochain grâce à ces mesures déjà votées viendrait donc s'ajouter aux 30 milliards annoncés par le chef de l'Etat.

"Ca fait 30 à 35 milliards d'euros" en 2013, a déclaré lundi le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, sur RMC et BFM-TV.

MOODY'S EN ATTENTE

Les autorités françaises opèrent sous l'oeil des investisseurs et des agences de notation, après plusieurs mois de situation d'emprunt confortables pour la France.

Les taux demandés par les investisseurs pour détenir de la dette française n'ont jamais été aussi bas depuis le début de la crise dans la zone euro, avec un rendement tombé à environ 2% en août pour la dette à 10 ans, avant de remonter à environ 2,2%.

L'écart de taux avec l'Allemagne (le "spread") a été divisé par deux par rapport à juin pour retomber en août à 60 points de base, soit son plus bas niveau depuis juillet 2011.

Il est depuis remonté pour osciller autour de 75 points de base mais, signe que l'écart avec l'Allemagne s'est installé, reste deux fois élevé plus que ses niveaux de 2010-2011.

Autre rendez-vous périlleux, l'agence de notation Moody's a dit qu'elle évaluerait la note Aaa de la France d'ici fin septembre.

Avec Yann Le Guernigou et Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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